BFMTV

L'offensive militaire turque contre une milice kurde a commencé en Syrie

Des véhicules d'artillerie turcs postés à la frontière avec la Syrie, le 8 octobre, la veille de l'offensive lancée contre la milice kurde du YPG

Des véhicules d'artillerie turcs postés à la frontière avec la Syrie, le 8 octobre, la veille de l'offensive lancée contre la milice kurde du YPG - Bulent Kilic / AFP

La Turquie a annoncé le début d'une offensive militaire contre une milice kurde à sa frontière avec la Syrie, dans le nord-est du pays. Des ONG et l'Agence France Presse ont rapidement rapporté des frappes aériennes et des tirs d'artillerie entendus dans cette zone.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé ce mercredi le début d'une nouvelle opération militaire contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), soutenue par les pays occidentaux mais bête noire d'Ankara.

"Les Forces armées turques et l'Armée nationale syrienne (des rebelles syriens soutenus par Ankara) ont débuté l'opération 'Source de paix' dans le nord de la Syrie", a annoncé Recep Tayyip Erdogan sur Twitter. Puis le ministère turc de la Défense a fait savoir que la phase terrestre de l'opération avait commencée.

Une offensive "repoussée" par les Kurdes

Cette opération vise, selon lui, "les terroristes des YPG et de Daesh (acronyme arabe du groupe Etat islamique)" et a pour objectif de mettre en place une "zone de sécurité" dans le nord-est de la Syrie. "La zone de sécurité que nous allons créer va permettre le retour des réfugiés syriens dans leur pays", a-t-il ajouté.

Des ONG dont l'Observatoire syrien des droits de l'homme ont rapporté de nombreuses "frappes aériennes", des raids aériens et des tirs d'artillerie, visant principalement la ville de Ras al-Aïn et ses environs. Selon les Forces démocratiques syriennes, une coalition de combattants kurdes et arabes, il y aurait au moins deux civils tués et deux autres blessés après des "bombardements intensifs".

Dans la soirée ce mercredi, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), ont affirmé avoir "repoussé" cette offensive.

L'offensive rapidement condamnée à l'international

La France a condamné "très fermement" l'offensive turque, et saisit le Conseil de sécurité des Nations Unies, selon l'AFP. Le gouvernement allemand a aussi réagi en signalant que l'offensive turque risquait de "provoquer une résurgence" de Daesh en Syrie et l'a condamnée "avec la plus grande fermeté", en exhortant la Turquie à y mettre fin.

Le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker, quant à lui, a exigé l'arrêt de l'offensive lancée et a averti qu'aucun financement européen ne serait accordé "pour une zone de sécurité".

"La Turquie doit cesser l'opération militaire en cours. Elle ne donnera pas de résultat. Et si le plan de la Turquie est la création d'une zone de sécurité, n'attendez pas de financement de l'Union européenne", a-t-il affirmé devant le Parlement européen réuni à Bruxelles. "J'appelle la Turquie, ainsi que d'autres acteurs, à agir avec retenue. Une incursion exacerbera les souffrances des civils, ce qui est déjà au-delà de ce que les mots peuvent décrire", a-t-il rajouté.

Du côté des Etats-Unis, l'influent sénateur républicain Lindsey Graham a annonce que le Congrès américain ferait payer "très cher" au président turc Recep Tayyip Erdogan son offensive contre des forces kurdes alliées de Washington. Il a invité sur Twitter à prier "pour nos alliés kurdes qui ont été honteusement abandonnés par l'administration Trump".

L'attaque fait suite au retrait de troupes américaines 

Cette offensive, que la Turquie menaçait depuis plusieurs mois de lancer, est la troisième que mène Ankara en Syrie depuis 2016. Le président américain Donald Trump a semblé donner son feu vert dimanche à une telle opération avant de revenir sur ses propos et d'assurer que les Etats-Unis n'avaient "pas abandonné les Kurdes", qui ont joué un rôle crucial dans la défaite militaire de Daesh.

Si les Occidentaux louent le rôle des YPG dans la bataille contre l'organisation terroriste, Ankara considère ces combattants kurdes comme un groupe "terroriste" et une menace à sa sécurité en raison de ses liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui livre une guérilla sur le sol turc.

J. G. avec AFP