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Kazakhstan: face aux émeutes, le président refuse de négocier et ordonne de "tirer pour tuer"

Des blindés et l'épave d'un chasse-neige incendié dans le centre d'Almaty, Kazakhstan, le 7 janvier 2022

Des blindés et l'épave d'un chasse-neige incendié dans le centre d'Almaty, Kazakhstan, le 7 janvier 2022 - Abduaziz MADYAROV © 2019 AFP

Depuis plusieurs jours, le pays d'Asie centrale est secoué par des émeutes sans précédent contre le pouvoir en place, qui a appelé la Russie en renfort.

Le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, a rejeté ce vendredi toute possibilité de négociation avec les manifestants et autorisé les forces de l'ordre à "tirer pour tuer" afin d'étouffer les émeutes qui secouent le pays.

Il a également remercié, lors d'une allocution télévisée, son allié Vladimir Poutine pour son aide après l'arrivée sur place d'un contingent de troupes russes et d'autres pays alliés de Moscou pour appuyer le pouvoir.

"J'ai donné l'ordre aux forces de l'ordre et à l'armée de tirer pour tuer sans sommations", a déclaré Kassym-Jomart Tokaïev, qualifiant d'"absurdes" les appels, notamment à l'étranger, à négocier avec les protestataires.

Contestations depuis dimanche

"Quel genre de négociations peut-on avoir avec des criminels, avec des meurtriers? Nous avons eu affaire à des bandits armés et entraînés (...) Il faut les détruire et cela sera fait d'ici peu", a-t-il lancé.

Le Kazakhstan, plus grand pays d'Asie centrale, est ébranlé par une contestation qui a éclaté dimanche en province après une hausse des prix du gaz avant de s'étendre à de grandes villes, surtout Almaty, la capitale économique, où les manifestations ont viré aux émeutes.

Pour Kassym-Jomart Tokaïev, Almaty a été attaquée par "20.000 bandits" avec un "plan clair, des actions bien coordonnées et un haut degré de préparation au combat". Il a estimé que "ce sont les médias libres et certaines personnes à l'étranger qui jouent le rôle d'instigateur" de cette crise.

Réactions internationales

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président français Emmanuel Macron ont pour leur part appelé à la "fin de la violence" et à la "retenue". Mais le président chinois Xi Jinping a salué les "mesures fortes" prises par le pouvoir kazakh contre les manifestants.

"Vous avez pris de manière décisive des mesures fortes à des moments critiques et avez rapidement calmé la situation, montrant ainsi votre responsabilité et votre sens du devoir en tant qu'homme politique (..)", a déclaré le président chinois, estimant que son homologue kazakh s'était montré "hautement responsable de son pays et de son peuple", selon l'agence officielle Chine nouvelle.

Dizaines de morts

Des carcasses de véhicules calcinés et flaques de sang étaient encore visibles à Almaty ce vendredi après-midi, mais la circulation reprenait timidement, tandis que des camions blindés de la police patrouillaient les rues. La façade de la mairie, incendiée ce mercredi avec la résidence présidentielle, apparaissait largement noircie et de la fumée s'échappait encore des fenêtres.

Moscou a indiqué que ses militaires avaient déjà commencé "à s'acquitter des tâches qui leur étaient assignées" au Kazakhstan et que l'aéroport d'Almaty avait été "entièrement repris sous contrôle".

Plus tôt vendredi, Kassym-Jomart Tokaïev avait assuré que "l'ordre constitutionnel a été largement rétabli dans toutes les régions" après des jours de violences, notamment des échanges de tirs qui ont fait des dizaines de morts et plus d'un millier de blessés, selon les autorités.

"Ceux qui ne se rendent pas seront éliminés"

Le ministère de l'Intérieur a annoncé que 26 "criminels armés" avaient été tués et affirmé que tous les bâtiments administratifs avaient été "libérés et placés sous protection accrue", avec 70 points de contrôle établis dans le pays.

Les forces de l'ordre ont rapporté avoir 18 tués et 748 blessés dans leurs rangs. Plus de 3800 personnes ont été arrêtées. Ces chiffres n'ont toutefois pas pu être vérifiés de manière indépendante et le gouvernement n'a fourni aucun bilan pour les civils hors manifestants.

"L'opération antiterroriste se poursuit, les militants n'ont pas déposé les armes. Ceux qui ne se rendent pas seront éliminés", a ajouté Kassym-Jomart Tokaïev vendredi.

Les autorités avaient dans un premier temps tenté de calmer les manifestations, sans succès, en concédant une baisse du prix du gaz, en limogeant le gouvernement et en instaurant un état d'urgence et un couvre-feu nocturne dans tout le pays.

Colère contre le gouvernement

Au-delà de la hausse des prix, la colère des manifestants est notamment dirigée contre l'ex-président autoritaire Noursoultan Nazarbaïev, qui n'a fait aucune apparition publique depuis le début des troubles. Âgé de 81 ans, celui-ci a régné sur le pays de 1989 à 2019 et conserve une grande influence. Il est considéré comme le mentor du président actuel.

L'opposant kazakh Moukhtar Abliazov, réfugié politique en France, a assuré ce vendredi qu'une "révolution" était en marche dans son pays et a dénoncé l'"occupation" du Kazakhstan par des forces de Moscou.

"Je considère que c'est la fin du régime, la question, c'est seulement combien de temps cela va prendre", a-t-il dit.
S.R. avec AFP