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Hong Kong: des manifestants entrent de force dans le siège du Parlement 

Les manifestations à Hong Kong

Les manifestations à Hong Kong - ANTHONY WALLACE / AFP

Les forces de l'ordre se trouvant à l'intérieur, qui avaient auparavant fait usage de gaz poivre pour les repousser, s'étaient apparemment repliés à l'intérieur du bâtiment.

En marge d'une grande manifestation organisée ce lundi à Hong Kong marquant le 22e anniversaire de la rétrocession de cette région peuplée de près de 7,5 millions de personnes à la Chine, des manifestants hostiles au gouvernement pro-Pékin sont entrés de force lundi soir dans le siège du Parlement en brisant des baies vitrées, selon des images de télévision.

Des dizaines de manifestants masqués, pour beaucoup brandissant des boucliers de fortune, ont pénétré dans le Conseil législatif (LegCo) dont ils tentaient de forcer l'entrée depuis des heures, selon les images de la chaîne i-Cable News. Les forces de l'ordre se trouvant à l'intérieur, qui avaient auparavant fait usage de gaz poivre pour les repousser, s'étaient apparemment repliés à l'intérieur du bâtiment.

Manifestation monstre

Dans l'après-midi, un vaste cortège de dizaines de milliers de manifestants s'est déployé dans le centre ville pour marquer la date anniversaire de la rétrocession de l'ancienne colonie britannique à la Chine en 1997.

La police a répliqué avec du gaz poivre aux assaillants qui ont essayé de briser une paroi vitrée du Conseil législatif (LegCo). Des forces anti-émeutes étaient présentes à l'intérieur de ce bâtiment au centre des manifestations ces dernières semaines, ont constaté des journalistes.

Ces derniers affrontements ont accentué la tension alors que le mouvement en réaction au projet de loi du gouvernement visant à autoriser les extraditions en Chine continentale a été jusque-là largement pacifique.

Le texte, désormais suspendu, a précipité des foules immenses dans les rues, jusqu'à deux millions le 16 juin selon les organisateurs, sur une population totale de 7 millions d'habitants. 

"Quand j'ai entendu qu'il y avait eu des affrontements à l'extérieur (du parlement) je me suis vraiment inquiétée", a indiqué Amy Siu, une comptable de 37 ans qui participait à la manifestation. "Je m'inquiète pour la sécurité de ces jeunes, j'espère qu'ils vont être rationnels", a-t-elle confié à l'AFP.
"Je n'accuse pas les jeunes, j'accuse le gouvernement", a souligné un manifestant de 80 ans qui n'a donné que son nom de famille, Yeung. 

Groupes de contestataires

Plus tôt dans la journée, de petits groupes de contestataires, majoritairement jeunes et masqués, s'étaient emparés de trois grandes artères du coeur de Hong Kong et ont entravé la circulation avec des barrières de plastique et de métal.

Dans les rues adjacentes, Sam Mu, un artiste, agitait des drapeaux noirs. "C'est le symbole de la chute de notre ville", dit-il à l'AFP. "Les libertés de notre ville se rétrécissent. Elle se dirige vers l'autoritarisme". 

Peu avant la traditionnelle cérémonie de lever des drapeaux chinois et hongkongais qui marque l'anniversaire de la rétrocession du 1er juillet 1997, des contestataires ont été chargés par les policiers. 

Les forces de l'ordre ont fait usage de leurs matraques et de gaz poivre. Une manifestante saignait de la tête, a rapporté un journaliste de l'AFP. 

Érosion des libertés

Aux termes de l'accord de rétrocession, Hong Kong bénéficie de libertés inconnues dans le reste de la Chine, en théorie jusqu'en 2047, en vertu du principe "un pays, deux systèmes".

Mais les Hongkongais s'inquiètent d'une érosion de leurs libertés par Pékin. Parti du rejet du texte sur les extraditions, le mouvement de protestation s'est élargi à une dénonciation généralisée de l'action d'un gouvernement auquel ils ne font plus confiance.

A chaque anniversaire du retour de Hong Kong dans le giron chinois, les démocrates organisent une manifestation pour mettre en avant leurs exigences démocratiques, dont l'élection du chef de l'exécutif au suffrage universel.

Ces dernières années, les foules ont été immenses. En 2014, l'élan pour la démocratie avait donné lieu à un vaste mouvement d'occupation connu sous le nom de "révolte des parapluies". Mais il n'avait pas arraché la moindre concession à Pékin.

Loi sur les extraditions 

Cette fois-ci, la manifestation se déroule dans le contexte de la fronde généralisée contre le projet de loi sur les extraditions, mais aussi de colère contre les violences policières.

Les manifestants exigent également la démission de la cheffe du gouvernement Carrie Lam ainsi que la fin des poursuites contre les protestataires arrêtés ces dernières semaines.

Mme Lam, qui bat des records d'impopularité, fait profil bas depuis qu'elle a dû suspendre son texte. "Ce qui s'est passé ces derniers mois a provoqué des conflits et des disputes entre le gouvernement et les habitants", a-t-elle reconnu, réitérant les mots d'apaisement dont elle use depuis des jours sans réussir à calmer les revendications. 

Désobéissance civile

Les militants, pour la plupart des jeunes étudiants, se sont juré de continuer leur campagne de désobéissance civile.

"Quoi qu'il arrive, on ne perdra pas courage, c'est pour cela qu'on sera toujours dans la rue", déclare Jason Chan, comptable de 22 ans. "La résistance, ce n'est pas la question d'un jour, c'est le long terme".

Parallèlement, des manifestants pro-Pékin doivent se rassembler au même lieu de départ, faisant craindre une confrontation. Dimanche, des dizaines de milliers de partisans du gouvernement avaient manifesté pour soutenir la police, illustration des profonds clivages qui traversent la société hongkongaise.

Hugo Septier avec AFP