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GB: Ed Miliband donne sa démission après sa "défaite cuisante"

Ce vendredi matin, Ed Miliband s'est dit "profondément désolé".

Ce vendredi matin, Ed Miliband s'est dit "profondément désolé". - AFP

Pour les travaillistes, le choc est d'autant plus violent que les instituts de sondages avaient prédit jusqu'au bout des résultats très serrés. La déception n'en a été que plus forte, provoquant la démission du chef du Parti travailliste.

La lourde défaite des travaillistes aux législatives britanniques est aussi un échec personnel pour son dirigeant Ed Miliband, qui a démissionné ce vendredi de la direction du Parti travailliste. 

Bien que confortablement réélu dans sa circonscription de Doncaster, dans le nord de l'Angleterre, Ed Miliband, 45 ans, a senti le vent du boulet alors que son parti devrait se contenter de quelque 230 sièges, loin derrière les conservateurs crédités de la majorité absolue de 326 sièges.

"Cela a été clairement une nuit très décevante et difficile pour le Labour", a-t-il dit vendredi matin, se déclarant "profondément désolé".

"'Bain de sang' politique"

Le choc est d'autant plus violent que les instituts de sondages avaient prédit jusqu'au bout des résultats très serrés et que jusque tard jeudi, les travaillistes ont cru à leur chance de pouvoir revenir aux commandes du Royaume-Uni après cinq ans de gouvernement conservateur.

Nombre d'analystes avaient prédit "un bain de sang" politique, et ils avaient raison sur ce point. Nigel Farage, le chef de file du parti europhobe Ukip, battu à South Thanet, a été le premier à démissionner, mettant à exécution sa promesse de "tirer le rideau" en cas d'échec.

Son départ porte un coup extrêmement sévère à son parti pourtant crédité d'un score flatteur de près de 13% en voix. L'homme-orchestre de l'Ukip n'a toutefois pas exclu un "come back". Peu après, le leader libéral-démocrate Nick Clegg, 48 ans, a jeté l'éponge au sortir d'une nuit "dévastatrice", selon sa propre expression.

Appels à la démission non déguisés

Ed Miliband, réputé pour sa maladresse et violemment décrié dans les médias, avait réussi à éviter de gaffer et s'était même taillé un costume de premier ministrable aux yeux de l'opinion, selon les enquêtes. Même s'il partait de loin.

La déception n'en a été que plus forte, provoquant immédiatement des appels à la démission non déguisées. L'ancien ministre des Sport Gerry Sutcliffe a ainsi estimé que "le moment est venu (pour Miliband) de passer le relais". Jack Straw, ancien ministre travailliste de l'intérieur, a aussi jugé que Miliband devait réfléchir à son avenir tandis que le quotidien The Guardian, qui lui avait apporté son soutien, jugeait qu'il était très probable qu'il démissionne. Toutefois, "il y a un débat en interne sur l'opportunité qu'il reste jusqu'à ce qu'un nouveau leader soit désigné", ajoute le journal de gauche.

"Humilié par une défaite cuisante"

Son autre rare soutien au sein de la presse britannique, le tabloïd Daily Mirror, ne lui laissait le choix qu'entre deux possibilités: "démissionner dans la journée ou demain". Il ne voyait pas d'autre alternative pour celui qui a été "humilié par une défaite cuisante".

Déjà les noms circulent sur qui pourrait lui succéder: la ministre de l'Intérieur du cabinet fantôme Yvette Cooper, celui de la Santé Andy Burnham, celui de la Justice Dan Jarvis ou du Commerce Chuka Umunna. Le premier à critiquer ouvertement Ed Miliband a été le député John Mann qui a laissé entendre, dans un tweet, qu'il n'avait pas écouté sa base. "Ce n'est pas faute d'avoir lancé des mises en garde", a-t-il ajouté.

Déjà en novembre, des rumeurs de complot pour le déloger de son poste avaient couru face à son échec à décoller dans les sondages de personnalités. Mais "Ed le rouge", surnom que lui a été accolé parce qu'il a été élu en 2010 à la tête du Labour avec le soutien des syndicats et pour sa volonté de rompre avec la tendance trop libérale à ses yeux du New Labour de Tony Blair, avait ramené le calme dans les rangs.

Menace écossaise

Cette fois, cela semble plus difficile même si "c'est toujours possible car le Labour contrairement aux Tories n'aime pas de débarrasser de manière impitoyable de ses dirigeants", note Tony Travers, directeur de recherche à London School of Economics (LSE).

Pour l'ex-ministre travailliste David Blunkett, le parti a échoué car il n'est pas parvenu à faire taire les critiques contre les dépenses jugées excessives du gouvernement de Gordon Brown, qui ont laissé le pays sur la paille en 2010.

La montée des nationalistes écossais du SNP et la menace qu'Ed Miliband ne s'allient avec eux agitée par les conservateurs, a pu aussi faire basculer les votes en faveur du parti de David Cameron.

Les marchés étaient eux contents, saluant la large victoire des conservateurs qui signifie la poursuite d'une politique d'austérité honnie par les travaillistes.

C. P. avec AFP