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Exclue du G8 mais invitée partout, quelle position pour la Russie dans les relations internationales?

Le président russe Vladimir Poutine

Le président russe Vladimir Poutine - Kirill KUDRYAVTSEV / POOL / AFP

Malgré l'exclusion de la Russie du G7 en marge de la crise ukrainienne, Vladimir Poutine garde une place de choix dans les relations internationales.

L'année 2014 a été plutôt mouvementée pour la Russie et Vladimir Poutine. Alors que le monde entier s'indignait de la situation en Crimée, région ukrainienne reprise de force par l'armée russe, une réunion d'urgence avait été demandée par le président américain d'alors, Barack Obama, et avait abouti à la mise au ban de la Russie des relations internationales.

Hasard du calendrier, une réunion du G8 était prévue quelques semaines plus tard à Sotchi, ville-vitrine russe où s'étaient par exemple déroulés les Jeux Olympiques d'hiver cette même année.

Par la force des choses, le sommet est annulé et le G8 s'est subitement transformé en G7. Pourtant, le spectre russe semble toujours hanter les réunions internationales, en témoigne la visite ce lundi de Vladimir Poutine accueilli au Fort de Brégançon par Emmanuel Macron.

Relations ambiguës

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que l'homme fort du Kremlin parvient à s'entretenir avec Emmanuel Macron. En contact régulier au téléphone, les deux hommes se sont déjà vus plusieurs fois en tête-à-tête: Emmanuel Macron l'a reçu dans les fastes de Versailles en mai 2017, juste après son élection, puis s'est rendu à son invitation à Saint-Pétersbourg l'an dernier. Ils se sont également entretenus lors de chaque G20, tout dernièrement à Osaka en juin. Un contact constant et des relations moins dégradées que sous la présidence de François Hollande.

"Là, il le reçoit au fort de Brégançon, son lieu de villégiature, c'est un beau lieu de réception. Ça montre finalement que l’attention qu’il lui porte. Est-ce qu'il a raison sur le fond? On verra lorsqu'il y aura à la conférence de presse sur les dossiers, mais d’ores et déjà ça le met en position de leader. C’est une invitation du G7, il est le patron du G7, c’est la France qui invite et Poutine n’en fait pas partie. C’est une manière de dire 'je l’ai eu, j’ai discuté avec lui', et il peut ainsi se retourner vers Donald Trump, les responsables du G7", expliquait à notre antenne Armelle Charrier, éditorialiste politique internationale à France 24.

En désaccord sur de nombreux dossiers, leurs relations, à la fois franches et tendues, n'ont jamais été interrompues. A Versailles, devant un Vladimir Poutine impassible, Emmanuel Macron avait critiqué publiquement la répression des homosexuels en Tchétchénie et l'ingérence des médias russes, Russia Today et Sputnik, dans la campagne électorale française.

Encore en juin dernier, Vladimir Poutine n'a pas caché son mépris pour les démocraties libérales, qualifiées de "dépassées". Ce à quoi le président français s'est dit en "désaccord irréductible", déclarant que les démocraties libérales avaient "beaucoup à apporter" même si "les régimes illibéraux peuvent donner le sentiment d'être plus efficaces" parfois.

Vers un retour au G8?

Si le président américain Donald Trump a demandé à plusieurs reprises la réintégration de la Russie au G7, ce n'est absolument pas l'ambition d'autres pays tels que la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni qui en 2018, l'ont refusé, soulignait Les Echos.

Pourtant, il s'agit, toujours selon Armelle Charrier, d'un "moment qui est absolument capital parce que le monde est en train de changer. Certes l'Europe est affaiblie et c'est quelque chose qui compte pour Poutine car il aime bien les relations en bi-latéral. Il a été exclu du G7, il veut que son pays refasse partie du tout international, alors on va parler de l’Ukraine, mais ce n’est pas tant le point le plus important, il faut surtout parler de l’Iran et de la Syrie, il y a des frictions importantes et ça peut avoir des répercussions mondiales importantes."

Avant une potentielle réintégration au G7, plusieurs sujets devront être résolus. Premier dossier, visiblement enlisé, l'Ukraine, où Moscou continue à soutenir les mouvements séparatistes pro-russes. L'arrivée au pouvoir du président ukrainien Volodymyr Zelensky est perçue par Paris comme porteuse d'opportunités pour mettre fin aux conflits armés, comme le prévoit l'accord de Minsk.

Autre crise encore plus urgente, la Syrie, en particulier la région d'Idleb où le régime syrien poursuit son offensive, appuyé par l'aviation russe qui bombarde les positions rebelles. Paris dit prudemment vouloir demander à Vladimir Poutine d'"user de son influence" sur Damas pour cesser l'offensive.

La Russie, un poids lourd entre l'Europe et l'Asie

Enfin, concernant l'accord avec l'Iran sur le nucléaire, que la France s'efforce de maintenir en vie, Emmanuel Macron voudrait obtenir de son invité qu'il enjoigne à Téhéran de respecter ses obligations de ne pas enrichir d'uranium, afin de sauver cet accord torpillé par le retrait américain.

Emmanuel Macron se pose ainsi en troisième voie et espère entraîner toute l'UE derrière lui, pour mener une diplomatie européenne indépendante. "L'Europe doit dialoguer avec la Russie", laquelle doit "faire des efforts", avait-t-il résumé en juin.

"Malgré tout la Russie reste un poids lourd à cheval entre l’Europe et l'Asie et il ne faudrait pas l’envoyer vers la Chine et d'autres destinations", conclut Armelle Charrier.
Hugo Septier