BFMTV

Ukraine: chez Russia Today la guerre médiatique est une chose vulgaire

Des pro-Russes manifestent le 8 mars à Sebastopol, en Crimée.

Des pro-Russes manifestent le 8 mars à Sebastopol, en Crimée. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

En plein froid entre Russie et Occident sur la question ukrainienne, la chaîne de télévision russe Russia Today est particulièrement virulente contre les médias occidentaux.

La Guerre froide était une époque parfaite pour une guerre médiatique permanente entre les deux "blocs" d'autrefois. Malheureusement, cela est en train de se produire de nouveau, et c'est du côté russe que cela revient le plus vite.

Campagne médiatique

Russia Today (RT), chaîne publique russe, est l'exemple parfait de cette campagne médiatique, d'autant plus importante que cette chaîne prend une allure américaine pour parler au monde anglophone, cible numéro 1 de toute tentative d'influence qui se respecte.

Certes, les chaînes de l'audiovisuel extérieur public, que ce soit RFI/France 24, Aljazeera, la BBC, ont une tendance à lisser quelque peu les aspérités de la politique étrangère de leur nation mère. Mais il y a des limites, et des dégrés. Il y a aussi des a priori, des intentions, de la propagande et en fin de compte de la désinformation.

RFI/France 24 font rarement du "bashing", cette pratique qui consiste à faire du dénigrement primaire. Certes, on n'y goûte guère al-Qaïda, et l'invasion de l'Irak (ici une affaire purement RFI car France 24 n'existait pas encore) a permis de multiplier les flots d'invectives et de reproches envers le pouvoir fédéral américain. Pourtant, au pire de cette époque 2002-2005, l'on s'est très peu traité de menteur entre journalistes.

On a certes dénoncé l'idéologie de Fox News, et en retour Fox News et ses émules dans les talk-shows et les magazines de droite et les éditoriaux dépeignaient la politique étrangère française comme une affaire de cyniques et de couards. Mais on n'a jamais de part et d'autre vu l'autre comme un déformateur, agent gouvernemental, propagandiste à l'âme de sbire. Un fanatique, peut-être, mais par idéal.

Agent gouvernemental de guerre médiatique

Or Russia Today, en parfaite harmonie avec la diplomatie russe, traite la presse occidentale de ce que RT est elle-même: un agent gouvernemental de guerre médiatique. Cette chaîne fait du battage depuis trois jours sur "la grande occultation des médias occidentaux". En effet, l'histoire est cocasse: le ministre des affaires étrangères estonien, Urmas Paet, est allé le 26 février à Maidan à Kiev. Il a ensuite téléphoné à Catherin Ashton, directrice du Service européen d'action extérieur (c'est-à-dire le ministre des affaires étrangères de l'UE), pour rapporter ce que les gens des comités du Maidan lui ont dit, à savoir: que les tireurs d'élite, les snipers, ont tiré sur policiers et manifestants, et étaient payés par un politicien d'opposition haut placé.

Ashton était perturbée, Paet aussi. Leur conversation avait été enregistrée à leur insu, et mise sur Youtube. Pour Russia Today, extirper des phrases isolées dans l'enregistrement était irrésistible: le ministre Paet estime que c'est l'opposition elle-même qui a embauché des snipers. Peu importe à RT que Monsieur Paet ait reconnu sur son site Web officiel que la conversation était authentique, mais qu'il rapportait l'avis de ses interlocuteurs et n'en avait pas un lui-même!

Désinformations infantiles

C'est dommage, au fond, que toutes ces désinformations infantiles. Car RT fait des reportages qui vont à contre-courant: le sort des Chrétiens syriens au contact des forces de l'opposition anti-Assad; le sort des anti-Maidans d'Ukraine, interceptés sur les routes de campagne, et battus grièvement par les nationalistes ukrainiens; les Criméens authentiquement pro-russes; les récits des policiers anti-émeute ukrainiens, racontant comment ils ont souvent fait face, sans armes à feu, à des nervis nationalistes à Maidan.

Or après tout ce battage propagandistique sur les omissions coupables de l'Occident, et sur notre désinformation délibérée, RT la chaîne phare nous aura préalablement dégoûté par leur tentative de nous rabaisser à ce qui est finalement leur niveau à eux. Quelle perte de temps intellectuel, et quelle perte pour le journalisme.

Harold Hyman et journaliste et spécialiste de géopolitique