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Pourquoi la Suède s'embrase

A Stockholm, secouée par des émeutes depuis cinq jours, un pompier maîtrise un incendie, mercredi soir.

A Stockholm, secouée par des émeutes depuis cinq jours, un pompier maîtrise un incendie, mercredi soir. - -

Les émeutes se poursuivent en Suède, où depuis cinq jours des jeunes des quartiers défavorisés manifestent leur colère en brûlant des voitures. Décryptage des événements.

La banlieue de Stockholm a connu une cinquième nuit d'incidents, marquée par des départs d'incendies dans trois écoles et un commissariat. Des voitures ont de nouveau été brûlées. Si de telles explosions sont rares en Suède, citée en modèle pour son ouverture, ce n'est pas la première fois que le pays est confronté à sa jeunesse défavorisée. Explications.

> Qui sont les manifestants?

Tout a commencé dimanche, dans le quartier de Husby, une banlieue défavorisée de Stockholm, où vit une population importante d'immigrés. La mort d'un homme de 69 ans, abattu par la police alors qu'il menaçait des policiers d'une machette a contribué à déclencher les incidents.

Si les manifestants sont des centaines, une poignée de personnes cherche vraiment à en découdre et à casser, pavés à la main, explique pour BFMTV.com le correspondant du Monde en Suède, Olivier Truc. "Il ne faut pas confondre les casseurs et les gens qui expriment leur ras-le-bol de la situation", précise-t-il.

> Que réclament-ils?

"Un avenir, tout simplement" analyse Olivier Truc. Les habitants des quartiers défavorisés sont confrontés à un problème d'échec scolaire, dont découle un chômage des jeunes extrêmement élevé.

S'ajoute à cela un problème de promiscuité dans les logements. "Ils ont un véritable sentiment d'avoir été abandonnés par les autorités, laissés pour compte."

> Quelles sont les limites de l'intégration en Suède?

"L'immigration en Suède est un phénomène assez récent", indique André Grjebine, directeur de recherche au Centre d'études et de recherches internationales. Le pays a connu différentes vagues d'immigration depuis les années 60. "Il y a eu une immigration un peu plus massive au début des années 90, avec l'ex Yougoslavie et l'Irak", précise Olivier Truc.

En raison de sa politique d'immigration libérale, la Suède est devenue ces dernières décennies l'une des premières destinations des immigrants en Europe, dont des ressortissants d'Irak, d'Afghanistan, de Somalie, des Balkans et récemment de Syrie.

Pour André Grjébine, la Suède est avant tout un pays qui privilégie la "cohésion sociale et la concertation" et où le multiculturalisme est accepté. "Mais on compte sur les immigrés pour s'intégrer".

"Le problème c'est que le chômage de masse frappe les jeunes, et notamment les jeunes immigrés. Aujourd'hui, l'immigration arrive à un moment où la Suède traverse elle-même une grosse crise économique et financière", décrit Olivier Truc. Ainsi, le taux de chômage atteint-il 8,2% de la population active, selon l'institut statistique national

"Il y a une extrême droite qui monte en Suède, mais qui est moins importante qu'en France, poursuit-il. Elle n'est entrée au parlement qu'en 2010, dans un pays où la population immigrée représente 15% de la population. Mais la Suède est un pays où, paradoxalement, la tolérance gagne aussi du terrain."

> Quelles sont les solutions au problème suédois?

"La discussion redémarre, car elle n'est pas nouvelle. On tente de réintégrer dans le système éducatif les jeunes exclus du système scolaire", indique Olivier Truc.

On essaie d'offrir des stages et des formations, tremplins pour un premier emploi pour les jeunes. "À Husby, le quartier où tout a démarré, 50% des jeunes n'ont pas les notes suffisantes pour aller au lycée. C'est d'autant plus problématique qu'en Suède, il n'y a quasiment pas d'emplois non qualifiés."

Magali Rangin