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Italie: les populistes aux portes du pouvoir à Rome

Luigi di Maio (gauche) et Matteo Salvini (droite) le 7 mai 2018 à Rome.

Luigi di Maio (gauche) et Matteo Salvini (droite) le 7 mai 2018 à Rome. - Tiziana FABI / AFP

Les discussions se poursuivent entre Luigi Di Maio et Matteo Salvini pour la formation d'un gouvernement, deux mois et demi après les législatives. Dans leur programme commun, encore en élaboration, les deux leaders sont revenus sur la sortie de la zone euro. Celle-ci figurait noir sur blanc dans une version publiée en début de semaine par la presse.

Les populistes italiens sont entrés jeudi dans la dernière ligne droite avant la probable formation du premier gouvernement antisystème dans un pays fondateur de l'Union européenne. Les chefs de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite), Luigi Di Maio et Matteo Salvini, se sont à nouveau réunis dans la matinée pour tenter de s'accorder sur les derniers arbitrages de leur programme commun et sur le profil et le nom du futur chef de gouvernement.

D'après les médias transalpins, leur réunion s'est terminée en début d'après-midi. Les discussions vont se prolonger dans la journée mais les deux politiques ne devraient pas se rencontrer à nouveau. Le Mouvement 5 étoiles a affirmé que des "pas en avant" avaient été faits pendant cette rencontre, notamment sur le nom du futur premier ministre, même si un "travail" reste à accomplir sur leur contrat de gouvernement, qui pourrait être réglé d'ici à ce jeudi soir. 

Exit la sortie de l'euro

Deux mois et demi après les législatives du 4 mars, qui n'ont pas débouché sur une majorité claire, les deux partis avaient annoncé mercredi soir avoir rédigé un "contrat pour le gouvernement du changement" en 22 points et 40 pages, qui a été soumis aux deux chefs de file. Six points, qui n'ont pas été précisés, restent encore en balance, selon des responsables des deux partis.

Plusieurs ébauches de leur programme commun ont fuité ces derniers jours dans la presse mais ces responsables ont systématiquement assuré que celles publiées étaient "dépassées".

La version la plus ancienne, qui datait de lundi matin et évoquait une sortie de l'euro, a déclenché une vague d'inquiétude qui n'est pas retombée: après avoir plongé de 2,3% mercredi, la Bourse de Milan était encore en baisse jeudi midi. Les banques étaient en berne à la Bourse, au premier rang desquels la BMPS dont le principal actionnaire est l'Etat italien. La Ligue et le M5S ont indiqué envisager de "redéfinir sa mission". Ce texte a suscité une avalanche de réactions, journalistes et experts critiquant en particulier sa "naïveté".

"Mieux vaut les barbares que les larbins"

Matteo Salvini a réagi en dénonçant les "insultes" de la presse, et en particulier un titre du Financial Times affirmant que l'éventuel accord M5S-Ligue ouvrait "les portes de Rome aux barbares modernes".

"Mieux vaut les barbares que les larbins qui bradent la dignité, l'avenir, les entreprises et même les frontières de l'Italie. Les Italiens d'abord!", a-t-il martelé.

L'éventualité d'un "Italexit" n'apparaît néanmoins plus noir sur blanc dans les dernières versions du programme de gouvernement publiées jeudi par les médias italiens. Exit aussi la demande d'effacer quelque 250 milliards d'euros de dette publique italienne détenus par la Banque centrale européenne. En revanche, une "flat tax", un impôt sur le revenu ramené à 15 et 20%, un revenu de citoyenneté, promesse du M5S qui a contribué à son succès dans le sud du pays, et une réforme des retraites assouplissant les conditions actuelles, sont toujours à l'ordre du jour.

Pas encore de Premier ministre

L'âge de départ à la retraite est actuellement fixé à 66 ans et sept mois et doit passer à 67 ans en 2019. Le programme commun devrait introduire "le barème 100", à savoir la possibilité de prendre sa retraite lorsque la somme de l'âge et des années de cotisation atteint 100 (par exemple 64 ans et 36 ans de cotisations). L'ensemble de ces mesures pourrait coûter plusieurs dizaines de milliards d'euros, sans que l'on sache encore avec précision comment leur financement pourra être assuré.

Luigi Di Maio et Matteo Salvini ont promis que le programme commun serait soumis au vote des militants des deux formations, sur Internet pour le M5S et sur des stands samedi et dimanche pour la Ligue.

Quant au futur président du Conseil, qui dirigera le gouvernement, les deux chefs de file restent très discrets. Luigi Di Maio a seulement évoqué "une personnalité politique qui sera choisie par les deux forces et aura un mandat bien défini". Chaque camp refuse que le patron de l'autre obtienne le poste. Pour la composition du gouvernement, Ligue et M5S doivent aussi s'entendre sur leurs poids relatifs: le M5S se fait fort de ses plus de 32% obtenus aux législatives face aux 17% de la Ligue, mais Matteo Salvini assure s'appuyer sur les 37% de la coalition de droite, même si ses partenaires de campagne ne le suivent pas.

Charlie Vandekerkhove avec AFP