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Grèce: Varoufakis, mascotte de la gauche radicale européenne

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Invité d'Arnaud Montebourg à la fête de la rose en août, Yanis Varoufakis est devenu la coqueluche des médias et des partis de gauche en Europe. Jusqu'à quel point?

Le 23 août prochain, les caméras n'auront d'yeux que pour lui. Yanis Varoufakis est l'invité d'Arnaud Montebourg à la fête de la rose à Frangy-en-Bresse, en Bourgogne. L'ancien ministre de l'Economie grec a démissionné avec fracas du gouvernement Tsipras le 6 juillet dernier, au lendemain de la victoire du non au référendum grec. Un départ surprise, qu'il a ensuite expliqué par un désaccord stratégique avec son Premier ministre.

Désormais hors du gouvernement, Yanis Varoufakis semble fasciner davantage. Sa liberté de ton, son aisance dans la communication, ses analyses intéressent. Les médias guettent ses interventions, les réseaux sociaux en font leur coqueluche. Et en Europe, les partis de gauche observent avec attention son ascension. En France, outre l'invitation d'Arnaud Montebourg et les messages de solidarité de Jean-Luc Mélenchon, l'écologiste Cécile Duflot a elle aussi salué sur Twitter ce qu'elle qualifie de "forte et respectueuse explication" du vote de l'ex-ministre grec contre le plan d'Alexis Tsipras.

Moto et blouson de cuir

Décidément, Yanis Varoufakis séduit. "Il incarne le renouvellement d'un personnel politique et donc d'un certain logiciel politique", analyse Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche. "Il incarne le refus de l'austérité, et a mené son propre chemin intellectuel pour en arriver là. Il a travaillé, et mené une vie intellectuelle autonome qui lui apporte une expertise aujourd'hui", ajoute-t-il.

Sur la forme aussi, l'homme tranche. Il a pris l'habitude de se rendre aux rendez-vous en moto, blouson de cuir sur le dos et sans cravate. "Il en joue, c'est vrai, mais ça compte. C'est aussi une façon de montrer qu'il est issu de la vie civile et qu'il ne rentre pas dans le formatage des autres", poursuit Alexis Corbière: "Regardez les ministres des finances de la zone euro: ils se ressemblent tous!"

"Il n'est pas le seul à ne pas respecter les codes", tempère Patrick Moreau, historien et politologue au CNRS. "Mais apparaître sur sa moto, sans cravate, correspondait à la stratégie de Syriza: montrer que le peuple grec est un peuple jeune face à une Europe vieillissante. Une façon de dire: 'nous sommes la graine d'une rénovation de l'Union européenne'".

Après le départ très médiatique de son ministre, Alexis Tsipras a finalement signé un accord pour que la Grèce reste dans la zone euro. Un accord signé pour éviter la catastrophe, comme l'a avoué lui-même le Premier ministre à la télévision grecque. "C'est dommage que la stratégie de Varoufakis n'ait pas été suivie", regrette Alexis Corbière, qui se refuse toutefois à condamner Alexis Tsipras.

Le bras droit de Jean-Luc Mélenchon se prend maintenant à rêver d'une suite aux aventures de l'ancien ministre grec. "Il peut être un référent, et je souhaite qu'il joue un rôle au niveau européen. Il a peut-être moins d'expérience politique qu'Alexis Tsipras, mais il a montré qu'il a ce qu'il faut pour mener la bagarre politique".

Quel avenir pour Varoufakis?

Verra-t-on un jour Yanis Varoufakis prendre la tête d'un mouvement européen, de Podemos (Espagne) à Syriza en passant par die Linke (Allemagne) et le Front de gauche? Le défi semble énorme. "Il n'est pas en mesure d'unifier les différents partis de la gauche", estime Patrick Moreau. "Déjà parce qu'il est moins efficace dans sa critique du capitalisme que ne l'a été un économiste comme Thomas Piketty, qui a provoqué un immense retentissement. Varoufakis n'est pas un grand théoricien de l'économie".

Mais surtout, le politologue souligne l'importance des problématiques nationales que doivent affronter tous les partis de gauche en Europe. "Podemos n'a pas exactement les mêmes problèmes que Syriza. Et Syriza n'a pas non plus exactement les mêmes problèmes que die Linke, etc". Sans même évoquer la dimension très composite de Syriza, un parti traversé par au moins sept tendances différentes.

Cela n'empêche pas les partis de gauche en Europe d'en attendre beaucoup. "Varoufakis peut leur être utile comme animateur médiatique de leur cause", admet Patrick Moreau. "La médiatisation leur sera forcément utile". Jean-Luc Mélenchon n'a d'ailleurs pas caché son envie d'en profiter pour relancer un Parti de gauche en difficulté. "J'ai connu Tsipras en 2006-2007: à l'époque, il faisait 3%", rappelle Alexis Corbière. Et de répéter, comme pour s'en convaincre: "ça peut aller très vite".

Y compris dans le sens inverse? "Lorsque la situation va se stabiliser, Syriza va régler ses comptes. On verra alors qui pèsera et comment dans le parti", avertit Patrick Moreau. En attendant, Yanis Varoufakis vit sur son gros capital sympathie. Mais pour combien de temps?"

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV