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TOUT COMPRENDRE - Crise au Royaume-Uni: pourquoi la situation est devenue intenable pour Boris Johnson

Englué dans de nombreuses polémiques et scandales ces derniers mois, le Premier ministre britannique a graduellement perdu la confiance de son entourage, qui le lâche massivement depuis le début de la semaine.

Fin de règne pour Boris Johnson. Le Premier ministre britannique devrait ce jour, au cours d'une allocution à la population, présenter sa démission de la tête du Parti conservateur et acter son départ de cette fonction qu'il occupe depuis juillet 2019. La fin d'une lente agonie pour l'ancien maire de Londres, englué dans plusieurs scandales ces derniers mois et qui a perdu la confiance de ses collaborateurs.

• Quelle est l'origine de la crise?

Personnage clivant par essence, Boris Johnson s'est retrouvé au début de l'année 2022 au cœur du scandale du "Partygate". Dès janvier, plusieurs titres de presse révèlent que des fêtes ont été organisées au 10 Downing street alors que, Covid-19 oblige, le pays était soumis à un confinement strict et à des limitations de déplacements.

Le scandale prend rapidement de l'ampleur et, au fil des semaines, plusieurs preuves sont dévoilées: une invitation à l'une de ces soirées envoyée par mail ou encore une photographie de Boris Johnson en personne tenant un verre de vin. Ce dernier est forcé de présenter ses excuses après avoir reconnu sa participation à certaines de ces réceptions.

Conséquence directe, Boris Johnson a dû se soumettre en juin à un vote de défiance provoqué par une fronde de son Parti conservateur. Sur les 359 députés conservateurs ayant voté, 148 se sont prononcés contre l'ancien maire de Londres, un groupe considérable de frondeurs susceptibles de paralyser l'action du gouvernement. Il avait alors salué un "résultat convaincant" qui permet de "passer à autre chose".

Plusieurs affaires à caractère sexuel concernant des élus conservateurs ont également émaillé ces dernières semaines: un député soupçonné de viol a été arrêté puis libéré sous caution mi-mai, un autre a démissionné en avril pour avoir regardé des contenus pornographiques à la Chambre sur son téléphone portable en avril et un ancien député a été condamné en mai à 18 mois de prison pour l'agression sexuelle d'un adolescent de 15 ans.

Dernier clou dans le cercueil de Johnson, ce dernier a dû, ces derniers jours, présenter des excuses après un énième scandale, reconnaissant avoir fait une "erreur" en nommant en février dans son gouvernement Chris Pincher, "whip" en chef adjoint chargé de la discipline parlementaire des députés conservateurs. Ce dernier a démissionné la semaine dernière après avoir été accusé d'attouchements sur deux hommes.

Mardi, après avoir affirmé l'inverse, Downing Street a reconnu que le Premier ministre avait été informé dès 2019 d'anciennes accusations à l'encontre de Chris Pincher mais qu'il les avait "oubliées" en le nommant.

• Que s'est-il passé cette semaine?

À la lumière de ces nouveaux scandales, une vague de départs sans précédent a déferlé sur le gouvernement britannique. Lassés, les ministres de la Santé Sajid Javid et des Finances Rishi Sunak ont annoncé à quelques minutes d'intervalle leur démission mardi soir.

"Le public attend légitimement que le gouvernement soit conduit de manière compétente et sérieuse", a affirmé Rishi Sunak, dans sa lettre de démission publiée sur Twitter.

Il "est clair pour moi que la situation ne va pas changer sous votre leadership - et vous avez donc perdu ma confiance", a écrit Sajid Javid dans sa lettre de démission également publiée sur le réseau social.

L'hémorragie n'a cessé depuis. Le ministre britannique chargé de l'Irlande du Nord, Brandon Lewis, a aussi annoncé sa démission ce jeudi, tout comme le tout nouveau ministre des Finances, nommé mardi. Au total, 59 départs ont été annoncés au sein du gouvernement depuis mardi, dont cinq ministres, un exode d'une rapidité sans précédent dans l'histoire politique britannique.

• Que va-t-il se passer désormais?

Mercredi soir, plusieurs ministres s'étaient rendus à Downing Street pour essayer, en vain selon les médias britanniques, de convaincre Boris Johnson qu'ayant perdu la confiance du parti conservateur après trois années turbulentes au pouvoir, il devait démissionner, dans son intérêt et celui du pays.

Boris Johnson a finalement annoncé sa démission comme chef du parti conservateur ce jeudi à la mi-journée. "Le parti conservateur souhaite un nouveau chef de parti et un nouveau Premier ministre, et je suis tombé d'accord avec l'état-major du parti. Nous devrions commencer à procéder à des élections dès la semaine prochaine et je nommerai un remplaçant d'ici là", a-t-il dit.

En amont de cette annonce, le chef de l'opposition Keir Starmer avait qualifié de "bonne nouvelle" la perspective du départ de Boris Johnson. Mais "nous n'avons pas besoin d'un changement à la tête des Tories. Nous avons besoin d'un vrai changement de gouvernement", avait-il fait valoir.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV