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"Partygate" au Royaume-Uni: qui est Sue Gray, la haute fonctionnaire qui fait trembler Boris Johnson?

Sue Gray

Sue Gray - GOV.UK

Longtemps inconnue du grand public, Sue Gray a pourtant déjà fait tomber plusieurs membres du gouvernement.

En 2015, la BBC la qualifiait de "personne la plus puissante dont vous n’avez jamais entendu parler". Aujourd'hui, son nom est sur toutes les lèvres du Royaume-Uni. Sue Gray est la haute fonctionnaire chargée de rédiger l'enquête interne sur le "partygate". L'avenir politique de Boris Johnson tient ainsi entre ses mains.

A Sue Gray donc de déterminer si les événements organisés au 10 Downing Street pendant le confinement relèvent du statut de réunions de travail ou s'ils constituent des fautes graves. Et surtout, si Boris Johnson a menti lorsqu'il a nié certaines accusations. En fonction de ses conclusions, le Premier ministre pourrait bien prendre la porte, par une démission ou un vote de défiance de sa propre majorité.

Responsable des questions d'éthique

"Sue Gray est l’une des rares personnes que Boris Johnson craint", note The Guardian. Et pour cause. La haute fonctionnaire a longtemps été responsable des questions d'éthique au Bureau du cabinet du Premier ministre et n'a rien laissé passer.

Un conflit d'intérêt, des vidéos pornographiques sur un ordinateur de fonction, des propos insultants envers des policiers... La liste des motifs qui ont entraîné les démissions de ministres et de secrétaires d'Etat après une enquête de Sue Gray est longue.

Au départ, l'enquête du "partygate" n'aurait pas dû être confiée à Sue Gray, mais à son supérieur, Simon Case. Néanmoins, celui-ci aurait lui-même organisé une soirée durant le confinement. Depuis, les Britanniques attendent de pied ferme ses conclusions et la haute fonctionnaire est même devenue virale sur les réseaux sociaux, à l'instar de nombreux tweets ou même de cette chanson sur Youtube intitulée "We'll Have to Wait for Sue Gray's Inquiry" (Il faut attendre l'enquête de Sue Gray).

Gérante d'un pub nord-irlandais

Pourtant, Sue Gray s'est toujours démarquée par sa discrétion, à tel point que l'on ignore même son âge exact: 63, 64 ou 65 ans. Celle qui est aujourd'hui la numéro deux du "Cabinet Office" n'est pas, comme la vaste majorité de ses collègues, passée par Oxford ou Cambridge. Elle entre dans la fonction publique dans les années 1970 puis grimpe les échelons depuis le bas de l'échelle.

Seule petite pause dans sa carrière de fonctionnaire: en 1980, elle part en Irlande du Nord pour tenir un bar avec son mari, Bill Conlon, chanteur de country réputé. “Si Boris Johnson avait besoin d’une preuve que son inquisitrice en chef n’est pas du genre à se laisser mener à la baguette, le fait qu’elle ait tenu un pub près de la frontière avec la République d’Irlande à cette époque devrait suffire à montrer qu’elle est tout sauf malléable”, écrit ainsi The Daily Telegraph.

"Elle veillait fermement à ce qu’il n’y ait jamais de problème dans son établissement", se souvient un client de l'époque dans des propos rapportés par Courrier International.

"Dieu par intérim"

La réputation de Sue Gray lui a valu de nombreux surnoms, dont celui de "Dieu par intérim". En effet, son poste lui permet de tout connaître du monde de la politique britannique et de pouvoir mettre son nez dans toutes les petites affaires des membres du gouvernement, tout en maintenant "le flou quant à ses propres convictions politiques". De quoi faire trembler l'actuel locataire du 10 Downing Street.

A elle désormais d'éplucher photos, échanges et déclarations concernant le "partygate". Ses conclusions devraient paraître prochainement, même si la discrète et secrète haute fonctionnaire n'a pas annoncé de date précise. Pour autant, “son pouvoir ne doit pas être surestimé”, tempère The New Statesman. Sue Gray se contente, en effet, d'établir les faits, qui pourront avoir des conséquences politiques. Une enquête judiciaire a néanmoins été ouverte en parallèle sur les mêmes événements, par Scotland Yard.

Salomé Robles