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Et si le Brexit faisait finalement pschitt?

Londres (image d'illustration)

Londres (image d'illustration) - AFP- Odd Andersen

Et si le Royaume-Uni était parti pour rester? Quatre jours après le référendum qui a vu le camp du "Leave" l'emporter, la sortie de l'Union européenne semble toujours aussi incertaine. Entre déclarations contradictoires et volonté de prendre son temps, se dirige-t-on vers un Brexit a minima? Voire pas de Brexit du tout? Analyse.

Et si le Royaume-Uni ne quittait finalement pas l'UE? La question est posée, tant les leaders britanniques semblent peu pressés à demander le divorce. Pourtant, le Parlement européen réclame l'activation de la procédure de retrait "dès que possible". Alors que la date de sortie effective de Londres était en principe fixée à juin 2018 au plus tard, celle-ci semble s'éloigner.

Toujours pas de négociations

La date théorique du début des négociations de sortie du Royaume-Uni a été fixée au mois d'octobre. David Cameron, le Premier ministre démissionnaire, a en effet annoncé qu'il quitterait ses fonctions à cette échéance, laissant à son successeur le soin de négocier le Brexit. Il est pourtant à l'origine du référendum et avait assuré qu'il enclencherait la procédure dès les résultats connus. De son côté, le ministre des Finances, George Osborne, a déclaré que le pays n'engagerait le processus de sortie que lorsqu'il y aurait "une vision claire des nouveaux arrangements recherchés avec nos voisins européens".

Mais les 27 ne voient pas les choses ainsi et mettent la pression sur Londres. François Hollande a appelé à "ne pas perdre de temps" pour le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE). Jean-Marc Ayrault, le ministre des Affaires étrangères, a demandé à ce qu'un nouveau Premier ministre britannique soit désigné au plus vite.

Au lendemain des résultats - 51,9% des Britanniques ont voté pour une sortie de l'UE - les six Etats fondateurs ont souhaité que Londres lance "le plus vite possible" la procédure de sortie et engage les démarches prévues par l'article 50 du traité de Lisbonne. Ils assurent qu'aucune négociation ne sera engagée tant que la demande n'aura pas été transmise.

Marche arrière pour les leaders du "Leave"

Depuis vendredi, les meneurs du "Leave" sont étonnamment discrets et semblent bien moins pressés de sceller le divorce. Boris Johnson, l'ancien maire conservateur de Londres qui a dirigé la campagne pour la sortie de l'UE, fait profil bas. Celui qui semble favori pour devenir le prochain Premier ministre britannique a affirmé dans le quotidien le Daily Telegraph que "le Royaume-Uni fera(it) toujours partie de l'Europe". Et se garde bien de préciser le calendrier, déclarant qu'il n'y a aucune urgence à lancer la procédure de divorce avec Bruxelles.

Selon lui, le pays conservera son accès au marché unique européen. "Les Britanniques pourront toujours aller travailler dans l'UE, y vivre, voyager, étudier, acheter des maisons et s'y installer (…) Il y aura une coopération européenne intense et qui s'intensifiera dans de nombreux domaines: arts, sciences, universités, protection de l'environnement".

"Boris Johnson n'a pas vraiment mesuré la portée de sa campagne, il se trouve à présent dans une impasse", explique Sophie Loussouarn, professeur à l'université Sorbonne Nouvelle, jointe par BFMTV.com. "Il a soutenu le Brexit pour sa carrière politique personnelle afin de succéder à David Cameron. Mais il n'avait aucun plan en cas de victoire. Ses arguments - reprendre le contrôle des frontières, limiter l'immigration et regagner la souveraineté nationale - étaient trompeurs, il a manipulé les électeurs."

Une crise politique

Le Brexit a fait souffler un vent de panique sur les deux grands partis britanniques, plus occupés à gérer leurs divisions internes que la question européenne. "Personne ne s'attendait vraiment à la victoire du Brexit", indique Sophie Loussouarn, spécialiste de la Constitution britannique. "Le vote populaire a pris de court le gouvernement, créant un véritable malaise dans la classe politique et le chaos au sein du parti travailliste."

Une motion de censure à l'encontre de Jeremy Corbyn, le dirigeant du Labour, doit être examinée ce mardi lors d'une réunion de groupe. Il est accusé de ne s'être pas suffisamment impliqué dans la campagne pour le maintien. Et plus de la moitié du cabinet fantôme travailliste a démissionné pour marquer son désaccord avec leur leader.

  • Une pétition pour annuler le référendum ?

Une pétition en ligne, signée par près de 4 millions de personnes, réclame un second référendum. Même si 70.000 signatures jugées frauduleuses ont été supprimées, il est prévu que le parlement puisse en débattre à partir de 100.000, cap dépassé largement. Le comité des pétitions s'est de son côté engagé sur Twitter à "considérer la pétition lors de sa réunion de la semaine suivante et décider d’organiser ou non un débat à son sujet".

En janvier dernier, les députés britanniques avaient par exemple débattu pendant trois heures de la possibilité d'interdire de séjour Donald Trump, le candidat républicain à la présidentielle américaine, sur le territoire après qu'une pétition avait recueilli plus de 500.000 signatures.

Un vote du Parlement?

Le référendum n'a aucune valeur juridique. Au Royaume-Uni, il n'est pas contraignant.

"La souveraineté populaire n'est pas reconnue par la Constitution britannique. C'est la souveraineté parlementaire qui prime", analyse Fiona Simpkins, maître de conférences en études anglophones à l'université Lumière Lyon-2. "Si le Parlement votait et qu'il votait contre, le Brexit pourrait être écarté. Mais cela reste très hypothétique. Aucune date n'a encore été communiquée par le gouvernement. Tout est encore très flou".

  • David Lammy, un député britannique du Labour, est de ceux qui réclament que le Parlement se saisisse du dossier avant qu'il ne parte pour Bruxelles.

"Réveillez-vous. Nous n'avons pas à faire cela. Nous pouvons stopper cette folie par un vote du Parlement", a-t-il tweeté.

Au moins 479 députés sur les 650 que compte la Chambre des communes s'étaient prononcés en faveur du "Remain".

Le référendum annulé?

L'UE compte des antécédents en matière de référendums qui ont finalement été contournés. L'été dernier, les Grecs refusaient les réformes d'austérité, qui avaient pourtant dû être mises en œuvre afin de débloquer l'aide des créanciers internationaux. En 2005, la France et les Pays-Bas rejetaient à 55% et 61% le traité établissant une constitution pour l'Europe. Il avait pourtant été revoté par le Congrès à Versailles. En 2008, l'Irlande disait "non", un second référendum était organisé après l'obtention de quelques concessions pour que le "oui" l'emporte. 

L'épineuse question écossaise

La Première ministre écossaise a menacé de bloquer la sortie du Royaume-Uni, évoquant la possibilité d'un second référendum sur l'indépendance. Nicola Sturgeon s'est dite ce mardi "complètement déterminée" à défendre la place de l'Ecosse dans l'UE. Mais du point juridique, elle ne peut freiner le Brexit, précise Fiona Simpkins, spécialiste des politiques contemporaines britannique et écossaise.

"La Première ministre écossaise va demander aux députés de voter contre l'application du Brexit en Ecosse. Mais du point de vue de la Constitution et des affaires européennes, le Parlement de Westminster reste souverain. Elle ne peut empêcher le Royaume-Uni de quitter l'UE. Symboliquement, elle essaie de marquer le coup et d'assurer une place à l'Ecosse au sein de l'UE."

  • Et la seule manière pour l'Ecosse de s'assurer cette place, c'est l'indépendance.

Si les contours du Brexit n'ont pas encore été dessinés, des précisions étaient attendues ce mardi à Bruxelles, où David Cameron doit faire face au Conseil européen, et mercredi, lors de son intervention à la Chambre des Communes.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois Journaliste BFMTV