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GRAND ANGLE - En Allemagne, la fièvre néonazie ravivée

Saluts hitlériens, slogans racistes, agressions xénophobes: plusieurs rassemblements anti-migrants se sont tenus ces dernières semaines dans deux villes allemandes. La parole des militants néo-nazis y est débridée.

"National-socialisme! Maintenant! Maintenant! Maintenant!" Ce slogan ne provient pas d'un rassemblement des années 1930 mais bien d'une manifestation qui s'est tenue à Köthen en Allemagne, dimanche dernier.

Dans cette petite ville de 25.000 habitants, 2500 personnes sont venues rendre hommage à un jeune Allemand de 22 ans lors de ce qu'ils nomment une "marche funèbre". Markus Bahn est mort ici la veille lors d'une bagarre dans laquelle seraient impliqués deux Afghans de 18 et 20 ans, interpellés par la suite.

L'un est soupçonné de "coups et blessures volontaires graves", l'autre de "blessures volontaires graves ayant entraîné la mort", même si les autorités ont précisé, après autopsie, que la victime est morte d'un arrêt cardiaque qui n'aurait pas été directement causé par les coups. Le quotidien local Mitteldeutsche Zeitung rapporte que la victime souffrait déjà de problèmes cardiaques.

Ce qui devait d'abord être un rassemblement silencieux à Köthen a vite pris des allures de meeting politique néonazi. Au milieu de la foule, David Köckert, figure du milieu extrémiste régional, appelle à s'en prendre aux étrangers, "oeil pour oeil, dent pour dent".

Des slogans sans équivoque

"C'est une guerre, c'est une guerre des races contre le peuple allemand! Voulons-nous continuer à rester des moutons, des idiots, ou voulons-nous enfin devenir les loups, et les déchiqueter? Merci!", peut-on l'entendre dire.

Un appel à la violence passible de poursuites, mais ces paroles ne semblent choquer personne autour. Puis dans un dernier baroud d’honneur, des slogans sans équivoque, qui rappellent les pires heures de l'histoire allemande.

Ce discours anti-migrants décomplexé donne parfois lieu à des passages à l'acte violents. Sur une vidéo qui a choqué tout le pays, on peut voir des militants d'extrême droite poursuivre à Chemnitz deux personnes de couleur, en criant "casse-toi", "sale métèque", "t'es pas le bienvenu".

"J'ai vu 30-40 personnes courir vers moi"

BFMTV a retrouvé l'une des victimes visibles sur ces images. Il s'appelle Aziz, est un étudiant en droit de 22 ans et est arrivé en juillet 2017 en Allemagne après avoir fui l'Afghanistan. Ce jour là, raconte-il, il se promenait dans la rue. Une manifestation anti-migrants venait de se tenir non loin de là.

"Un homme est arrivé et m'a mis une claque avec la main gauche, j'ai vu 30-40 personnes courir vers moi pour me frapper, alors avec mon ami on est partis en courant", se souvient-il.

Après avoir hésité, Aziz est allé porter plainte, cinq jours plus tard. D'après lui, l'ambiance a changé à Chemnitz depuis qu'un Allemand y a été tué le 25 août dernier dans une rixe impliquant notamment deux réfugiés.

Une association vient en aide aux étrangers touchés par des violences ou des intimidations et documente tous les actes répréhensibles. Ces trois dernières semaines, la structure a recensé 20 agressions xénophobes, soit autant que pour toute l'année dernière.

Des porte-clés à l'effigie d'Hitler

Certains néonazis, galvanisés par le succès de leurs derniers rassemblements, acceptent même désormais de parler à la presse. C'est le cas de Tommy Frenck, un aubergiste de 31 ans qui a ouvert les portes de son QG, où il fait commerce d'articles à la gloire du IIIe Reich. Ceux-ci sont à la limite de la légalité. Il vend par exemple un porte-clé à l'effigie d'Hitler simplifiée, où lui ne voit qu'"un visage aimable et gentil".

En Allemagne, la diffusion de matériel et de propagande à la gloire d'Hitler et du nazisme sont passibles de trois ans de prison, alors il joue sans vergogne avec les mots. Sur un t-shirt, on peut lire "I ♥ HTLR", au-dessus des mots Heimat, Treue, Loyalität, Respekt (Patrie, Fidélité, Loyauté, Respect).

"On l'a écrit en dessous pour qu'il n'y ait pas de confusion possible. Ça pourrait arriver sinon", dit-il. Un hasard si cela correspond à Hitler sans voyelles? "Il n'y a que très peu de lettres dans l'alphabet. Si ça perturbe, j'y peux rien", affirme Tommy Frenck avec aplomb devant la caméra.

Il vend aussi des t-shirts anti-immigration, comme un où il est écrit "Un peuple, une nation, stop à l'immigration"; un best-seller selon lui.

Une nouvelle manifestation à Chemnitz vendredi

L'extrême droite allemande appelle de nouveau à manifester ce vendredi à Chemnitz. Une marche contre l'immigration qui sera le cinquième rassemblement depuis le 25 août.

Cette mobilisation, marquée par des violences, a ébranlé le pays, relancé le débat sur l'immigration et provoqué une nouvelle crise gouvernementale. Elle oppose notamment la chancelière de centre-droit à son ministre de l'intérieur, Horst Seehofer, président du parti bavarois conservateur CSU, qui a soutenu les manifestants d'extrême droite de Chemnitz, alors qu'Angela Merkel a dénoncé la "haine" qu'ils véhiculaient.

Le patron du Renseignement intérieur allemand, Hans-Georg Maassen, hiérarchiquement sous les ordres de Horst Seehofer, s'est immiscé dans la joute cette semaine en contestant la réalité des "chasses" aux étrangers à Chemnitz, pourtant condamnées par Angela Merkel et décrites dans un rapport interne de la police auquel a eu accès la chaîne allemande ZDF.

Ce jeudi, un Allemand a été condamné à huit mois de prison avec sursis et 2000 euros d'amende pour avoir fait un salut hitlérien lors d'une manifestation à Chemnitz le 1er septembre. Un autre homme de 34 ans doit être jugé vendredi pour avoir également fait le salut hitlérien lors d'une manifestation le 27 août, durant laquelle 20 personnes avaient été blessées. 

L.A., avec Quentin Baulier, Fanny Morel et AFP