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Allemagne: à 102 ans, elle obtient sa thèse, rejetée en 1938 pour "raisons raciales"

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Image d'illustration. - Sam - Flickr - CC

Elle n’avait pas pu passer sa thèse sous le nazisme. A 102 ans, Ingeborg Rapoport a passé son oral et obtenu le précieux diplôme... 77 ans plus tard.

Elle n’avait pas pu passer sa thèse "pour raisons raciales" sous le IIIe Reich, elle vient de le faire... 77 ans plus tard. Ingeborg Rapoport, une néonatalogiste retraitée âgée de 102 ans, a passé l’oral de sa thèse mercredi devant un comité académique chez elle à Berlin (est de l’Allemagne), et devrait devenir la personne la plus âgée au monde à obternir son doctorat, rapporte le Wall Street Journal.

Ingeborg Rapoport soumet pour la première fois sa thèse à l’université d’Hambourg en 1938, soit cinq ans après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, rapporte le quotidien américain. Elle a alors 25 ans et s’appelle Ingeborg Syllm. Elle se souvient que son professeur, ayant un temps appartenu au parti nazi, avait salué son travail sur la diphtérie, une maladie infectieuse causant alors la mort de nombreux enfants aux Etats-Unis et en Europe.

Née d’une mère juive, son cursus stoppé pour "raisons raciales"

Mais elle ne peut pas aller au bout et obtenir son doctorat. "On m’a dit que je n’étais pas autorisée à passer l’examen oral", raconte-t-elle. Les autorités académiques citent des "raison raciales". Née d’une mère juive, ses copies d’examens sont barrées d’une bande jaune et elle est déclarée inapte tout avancement académique. "Mon avenir médical a été réduit à néant. C’était une honte pour la science et une honte pour l’Allemagne", commente-t-elle. Son cas n'est pas isolé, rappelle le Wall Street Journal. Dans le IIIe Reich d’Hitler, des milliers d’étudiants "non-aryens" sont également jetés hors des universités, et beaucoup meurent dans les camps de concentration.

Ingeborg Rapoport décide donc de fuir aux Etats-Unis, où elle arrive en 1938 seule et sans le sous. Après des stages dans plusieurs hôpitaux, elle postule dans 48 écoles médicales. Une seule l’accepte. Mais c’est assez pour commencer sa carrière médicale. Elle obtient un premier travail docteur en médecine dans un hôpital de Cincinatti, se marie. Puis elle prend rapidement la tête de la polyclinique pédiatrique.

Elle est de retour en Europe quelques années plus tard. Attirant de plus en plus l’attention du gouvernement américain de par ses liens avec le parti communiste, son mari préfère rester à Zurich après une conférence sur place en 1950. Enceinte de son quatrième enfant, elle le rejoint avec leurs enfants et ils s’installent en Allemagne de l’Est. Elle y poursuit sa carrière, et fonde une clinique de néonatalogie à Berlin.

"Brillante" lors de son oral

Cependant, Ingeborg Rapoport se sent tout de même lésée. Un jour, un collègue hambourgeois de son fils Tom, devenu professeur à l’école de médecine d’Harvard, raconte son histoire au doyen de la faculté de médecine d’Hambourg, qui s’empare de sa cause.

Malgré plusieurs obstacles - sa copie originale ne pouvait notamment pas être retrouvée - Ingeborg Rapoport a ainsi pu passer son oral mercredi devant le doyen et deux professeurs, dans son salon. Si elle dit en savoir "beaucoup plus aujourd’hui sur la diphtérie qu’à l’époque", la centenaire n’est pas certaine d’avoir réussi haut la main. "J’avais l’habitude de fournir mon meilleur travail pendant les examens, j’ai bien peur que ce ne soit plus le cas", dit-elle. Le doyen n’est pas de cet avis: "particulièrement au vu de son âge, elle a été brillante", salue-t-il.

Une cérémonie est prévue le 9 juin. Ingeborg Rapoport devrait ainsi devenir la personne la plus âgée à obtenir son doctorat. le précédent record enregistré par le Guiness des records étant de 97 ans. Même si justice ne lui est rendue que près de huit décennies après, elle assure n’avoir "jamais ressenti d’amertume": "j’ai été très chanceuse dans tout ça. Pour moi tout a bien marché: j’ai eu mes meilleurs professeurs aux Etats-Unis, j’ai trouvé mon mari, j’ai eu mes enfants."

V.R.