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A qui accorder le statut de réfugié?

Face à l'afflux migratoire que connaît l'Europe, l'une des préconisations de Paris et Berlin consiste à créer des centres dans les pays de transit. Objectif: distinguer les réfugiés politiques des exilés économiques, qui seraient raccompagnés à la frontière.

Lundi, François Hollande a été clair: si la France accepte de prendre sa part dans l’accueil des réfugiés, "il y aura des raccompagnements à la frontière", a-t-il martelé. Mais à qui accorder le statut de réfugié? Comment décider de l’avenir de milliers de familles?

Pour cela, le chef de l’Etat a rappelé l’idée commune exprimée à la fin du mois d’août avec Angela Merkel: tous deux préconisent la création de centres d’accueil aux frontières des pays européens vers lesquels se dirigent les réfugiés, comme la Grèce, l'Italie, ou encore la Hongrie.

Accueillir, enregistrer et "trier" les réfugiés

Financés par l’Union européenne, ces centres seraient mis à disposition des pays où sont arrivés les migrants: le chef de l’Etat français et la chancelière allemande se réfèrent ainsi à l’accord de Dublin, qui prévoit que les demandeurs d’asiles soient enregistrés dans le pays par lequel ils entrent dans l’Union européenne. "Des centres de contrôle et d’enregistrement" qui permettraient "d’accueillir" les réfugiés, et de mieux préparer la suite de leur voyage. Ils s’inscriraient, déposeraient leur empreinte digitale et indiqueraient leur pays d’origine.

"Nous attendons d’une telle liste qu’elle nous permettre de prendre des décisions uniformes et plus rapides en matière d’asile", a expliqué le porte-parole d’Angela Merkel, Steffen Seibert vendredi 4 septembre. Mais surtout, ces centres offriraient la possibilité "d’établir la distinction entre ceux qui relèvent du droit d’asile et ceux qui doivent être raccompagnés de façon digne".

Appelés "hotspots" dans le jargon international, les centres de transit permettraient donc d’effectuer une sorte de tri entre les réfugiés et les migrants. Les premiers pourraient prétendre au statut de réfugié, pas les seconds. "C’est parce que nous aurons cette capacité à faire la distinction que nous pourrons maîtriser les flux", a justifié François Hollande, brandissant la menace d’une "crise humanitaire gigantesque" le cas échéant.

Un centre construit au Niger

Une distinction également réclamée par l’Agence des nations unies pour les réfugiés: "les réfugiés sont des personnes qui fuient les conflits armés ou la persécution", et cherchent "la sécurité dans les pays voisins", rappelle l’agence sur son site. Les migrants, eux, "choisissent de s’en aller non pas en raison d’une menace directe de persécution ou de mort, mais surtout afin d’améliorer leur vie en trouvant du travail (…)". Il y a quelques jours déjà, le Haut commissaire de l’ONU pour les réfugiés Antonio Guterres appelait à créer ces centres "d’urgence". A la fin du mois d’août, Bernard Cazeneuve a souhaité que l’un d’eux soit aussi construit au Niger, cette fois dans l’optique de contenir le flux migratoire.

Une initiative saluée par plusieurs personnalités de l’opposition: François Baroin, qui s’exprimait mardi en tant que président de l’Association des maires de France, a même affirmé que l’existence des hotspots "conditionnerait la réussite de cette opération humanitaire". Bruno Le Maire lui, a salué aussi cette idée: "ceux qui viennent pour des raisons économiques doivent être renvoyés chez eux", a-t-il martelé sur I24.

Du côté italien, on redoute les coûts de ces centres et leurs conséquences, notamment financières, d'autant que la question financière n'a pas encore été évoquée concrètement. Mais surtout, on appelle les pays européens à augmenter les quotas de réfugiés. Depuis le début de l’année, plus de 300.000 personnes ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. 2.500 sont mortes ou portées disparues.

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV