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En Syrie, l'offensive turque contre les Kurdes provoque la fuite de milliers de civils

Des familles kurdes et syriennes fuient les bombardements turcs au Nord-Est de la Syrie.

Des familles kurdes et syriennes fuient les bombardements turcs au Nord-Est de la Syrie. - DELIL SOULEIMAN / AFP

Après des bombardements en début de semaine, la Turquie a lancé une offensive terrestre mercredi soir et ses forces ont franchi la frontière.

L'offensive d'Ankara contre une milice kurde dans le nord-est de la Syrie a provoqué la fuite de milliers de civils face à l'avancée des forces turques et suscite un tollé international.

Depuis mercredi soir, la Turquie a lancé la phase terrestre de son offensive et ses forces ont franchi la frontière, concentrant leurs opérations dans les secteurs frontaliers de Ras al-Aïn et de Tal Abyad, contrôlés par les forces kurdes.

Les forces turques ont conquis onze villages près de ces deux villes, d'après une ONG, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui a rapporté aussi des raids aériens turcs.

Au moins 29 combattants des forces kurdes et 10 civils ont été tués par les frappes aériennes et les tirs d'artillerie de l'armée turque depuis mercredi, selon l'OSDH. 

Plus de 60.000 personnes ont fui le nord-est

Et d'après les autorités turques, six civils ont été tués et plusieurs dizaines blessés par des roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières en Turquie, comme Akçakale.

Dans cette ville turque, à un jet de pierre de Tal Abyad, les rues sont désertes et seule une poignée d'habitants brave le danger pour observer une épaisse fumée noire qui monte depuis la frontière.

Côté syrien, l'offensive turque a suscité la fuite depuis mercredi de plus de 60.000 personnes, quittant les secteurs frontaliers, d'après l'OSDH. De nombreux déplacés sont arrivés dans la ville de Tall Tamr, plus au sud, épargnée par les combats.

"Six ou sept obus sont tombés sur notre village, mais certaines personnes ne peuvent pas partir car elles n'ont pas de moyen de transport", témoigne une femme.

Un désastre humanitaire

D'après les médias turcs, la Turquie souhaite prendre le contrôle de la bande entre Ras al-Aïn et Tal Abyad, longue de 120 kilomètres et profonde d'une trentaine de kilomètres, afin d'éloigner ainsi de la frontière la principale milice kurde de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG).

Partenaires des Occidentaux dans la lutte contre l'organisation État islamique (EI), les YPG sont considérées comme une organisation "terroriste" par Ankara.

La Turquie espère via cette offensive créer une "zone de sécurité" où pourront être installés une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens vivant sur son territoire. Confronté à de vives critiques européennes, le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé d'ouvrir les portes de l'Europe à des millions de réfugiés.

Menée en coopération avec une coalition d'ex-rebelles financée et entraînée par Ankara, l'actuelle opération militaire est la troisième de la Turquie en Syrie depuis 2016. Elle ouvre un nouveau front dans un conflit qui a fait plus de 370.000 morts et des millions de réfugiés depuis 2011.

C.M. avec AFP