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En Egypte, la construction d'un immense pont autoroutier en plein quartier résidentiel suscite la colère

Un pont autoroutier de 12 km rase les immeubles à Gizeh, près du Caire.

Un pont autoroutier de 12 km rase les immeubles à Gizeh, près du Caire. - Capture Twitter

Les images d'un gigantesque pont autoroutier en construction, jouxtant des immeubles résidentiels près du Caire, ont suscité de nombreuses critiques.

"Je ne comprends pas pourquoi ces images circulent maintenant, ça fait un an qu'on travaille sur ce pont." La réaction du major général Mahmoud Nasser, en charge du génie civil égyptien, en dit long sur la confusion qui règne autour du pont autoroutier actuellement en construction à Gizeh.

Située près du Caire, la ville qui jouxte les grandes pyramides est le théâtre d'un chantier dont d'impressionnantes photos circulent sur les réseaux sociaux depuis mercredi.

Ces images ont, très vite, suscité à la fois l'indignation et les moqueries des Egyptiens. La raison? L'immense pont traverse un quartier résidentiel de Gizeh en frôlant de très près ses immeubles, donnant l'impression d'un empilement digne d'une dystopie futuriste. 

Dédommagement éventuel

Selon beaucoup d'internautes, ce genre d'aberration urbanistique est le symbole de la corruption qui règne en Egypte et de l'absence de saines régulations qui en découlerait. Comme le relate le site d'information britannique Middle East Eye, qui couvre l'actualité moyen-orientale, ce pont a pour objectif de désengorger cette zone de la grande périphérie du Caire. 

Le chantier, qui s'étend sur 12 kilomètres, doit s'achever d'ici la fin de l'année et coûter environ 5 milliards de livres égyptiennes au gouvernement, soit 317 millions de dollars. À mesure que la pression s'est accentuée sur ce dernier, certains officiels ont tenté de pacifier les choses.

Interrogé par Al-Jazeera, le conseiller en communication du Premier ministre Moustafa Kemal Madbouli a affirmé qu'un "quart de milliard de livres" avait été alloué pour permettre de rembourser ceux dont le domicile a été irrémédiablement endommagé par le chantier. 

Mahmoud Nasser, quant à lui, a tenté d'expliquer sur la chaîne régionale MBC les raisons de cet étrange déploiement:

"Si je prenais le temps de démolir tous ces immeubles puis d'en reloger tous les résidents, ça me prendrait environ 20 ans pour achever ce projet. Si quiconque s'en trouve affecté, nous enverrons sur place un comité qui décidera du dédommagement le plus juste pour chaque appartement et le paiera, afin que chacun puisse se reloger."

Danger potentiel

Ce dédommagement, qui relève de l'hypothèse, comportera quoi qu'il en soit des conditions, a précisé Mahmoud Nasser: 

"Si (les habitants) décident d'y rester, ils ne seront pas dédommagés car ce sera leur choix. Quiconque n'a pas l'autorisation d'y vivre ne sera pas, non plus dédommagé."

Très densément peuplée, la zone et les travaux qui s'y déroulent génèrent des risques pour les riverains. D'où certains commentaires virulents vis-à-vis du pouvoir égyptien, dirigé depuis 2013 par le général Abdel Fattah al-Sissi.

"Ceci est leur pays, pas le nôtre, si vous voulez savoir ce que ça signifie d'être dirigés par des militaires, cette photo vous l'expliquera", écrit un internaute dans le tweet ci-dessus. 

D'autres manient l'ironie: "Vous devriez juste chercher un appartement au cinquième ou au sixième étage puis y ouvrir une station-essence."

Véritable défi pour l'Egypte, le surpeuplement est illustré de façon cruelle par ces images. Sur les 100 millions d'Egyptiens, près de 10 millions vivent au Caire et près de 9 millions vivent à Gizeh, selon un recensement datant d'octobre 2018.

Jules Pecnard