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Échec des négociations autour des postes-clés de l'Union européenne: la revanche des pays de l'Est

Viktor Orban à Bruxelles mardi.

Viktor Orban à Bruxelles mardi. - GEOFFROY VAN DER HASSELT / POOL / AFP

Les discussions autour des postes-clés de l'Union européenne traînent en longueur à Bruxelles. Au centre des débats, l'opposition des pays de l'Europe centrale et de l'est au Néerlandais Frans Timmermans, le candidat à la présidence de la Commission européenne désormais endossé par la France et l'Allemagne.

Les pays de l'Est tiennent peut-être leur moment. Du moins, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque mais aussi la Slovaquie ne sont plus disposées à se laisser imposer les noms des postes de décision de l'Union européenne et ils le montrent.

Alors que la France et l'Allemagne s'étaient entendues sur un éventuel nouveau candidat de la Commission européenne, en l'occurrence le Néerlandais Frans Timmermans, après que l'option représentée par Manfred Weber a explosé en vol, ces quatre pays ont donné de la voix.

Et les négociations patinent tant et si bien qu'elles n'en finissent plus d'échouer depuis dimanche. Une nouvelle réunion a débuté entre les différents dirigeants européen ce mardi à compter de 11h. 

Un groupe uni

"C'est leur revanche", a glissé aux Echos une source européenne évoquant le fameux "groupe de Visegrad". Cette appellation, qui regroupe donc la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie, soude à l'origine, en 1991, ces quatre pays issus du bloc communiste autour de l'idée de faciliter leur intégration à l'Union européenne.

Elle revêt ces jours-ci un second sens. A Visegrad, en 1338, les rois de Bohème, de Pologne et de Hongrie se rencontraient pour conclure une alliance contre les puissants Habsbourg dominant alors l'Autriche et l'Empire romain-germanique en sous-main, cette fois-ci il s'agit de damer le pion au Berlin d'Angela Merkel. Une nouvelle donne car depuis son arrivée au sein des institutions européennes, succédant de peu à la réunification de l'Allemagne, cette partie du continent est régulièrement apparue comme une simple force d'appoint du géant d'outre-Rhin, utile pour faire le nombre mais quantité négligeable au moment de s'arrêter à une décision. 

Visegrad s'arme contre une "erreur historique" 

Le marché ne tient plus, et l'Allemagne a perdu de sa superbe. C'est tout d'abord le profil et le passé immédiat de Frans Timmermans, sorti des rangs de la social-démocratie, qui ont suscité l'ire de l'Europe orientale. Vice-président de la Commission lors de la dernière mandature, il a enclenché des procédures contre Bucarest et Varsovie pour ce qu'il estimait être des violations de l'Etat de droit.

Dès dimanche, Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, a rédigé une lettre à l'attention du Français Joseph Daul patron du parti populaire européen, le PPE fédérant les conservateurs du continent, qualifiant cette nomination potentielle d'"erreur historique". Le chef du gouvernement hongrois s'est aussi étonné que les conservateurs puissent "abandonner" aux sociaux-démocrates un poste pour lequel ils s'étaient battus.

Angela Merkel dans le viseur

Là encore, il s'agissait d'un acte d'opposition à Angela Merkel, accusée de mollesse dans ce dossier par une partie de sa famille politique qui lui reproche d'aller chercher son nouveau poulain du côté du centre-gauche plutôt que de continuer à appuyer la droite. 

Plus policé, le Premier ministre tchèque s'est cependant tenu sur la même ligne. Il a ainsi déclaré, comme l'a relayé Euronews:

"J'ai peur que cette personne (Frans Timmermans, NDLR) ne soit pas vraiment adéquate pour unir l'Europe au lieu de la diviser davantage. Dans le passé, nous avons eu le sentiment qu'il n'était pas très positif au sujet de notre région et je m'interroge: où sont les femmes?" 

Justement, Kristalina Georgieva, directrice générale bulgare de la Banque mondiale, pourrait désormais entrer dans les plans du sommet de Bruxelles et se voir offrir la fonction de présidente du Conseil européen, apaisant peut-être le courroux des pays de l'Est.

La question centrale des migrations

Mais leur offensive dépasse largement les seuls personnages de Frans Timmermans, de Kristalina Georgieva et même, à la rigueur, celui de la chancelière. "Visegrad" veut surtout s'émanciper de la doctrine des instances européennes notamment en matière migratoire, jugées trop libérales. 

"L’accueil forcé des migrants par Bruxelles reste, aujourd’hui encore, la question numéro un, même dans les plus petits bourgs. C’est devenu un vrai levier de la politique chez nous", a ainsi affirmé Pavel Fischer, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat tchèque, ce dimanche lors d'une conférence organisée en Normandie, cité par Le Figaro.

Les attitudes très différentes adoptées en 2015 au moment de la crise migratoire, entre une Angela Merkel encourageant un large accueil avant de se rétracter, et des pays d'Europe centrale et orientale porteurs d'une vision plus drastique a signifié une fracture qui n'a cessé de s'élargir. Et l'heure de solder les comptes est visiblement venue. 

Robin Verner