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Du recrutement à la gestion de l'emploi du temps: le réseau sexuel d'Epstein aux États-Unis

Une manifestation contre les agissements de Jeffrey Epstein.

Une manifestation contre les agissements de Jeffrey Epstein. - STEPHANIE KEITH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Ce vendredi, l'organisation présumée du trafic sexuel mis au service de l'homme d'affaires Jeffrey Epstein, retrouvé mort dans sa cellule de Manhattan le 10 août, est dévoilée dans une enquête du New York Times.

Une demi-douzaine de femmes se trouvent ce vendredi au centre de la longue enquête publiée par le New York Times au sujet du réseau sexuel sur lequel s'appuyait le multimillionnaire Jeffrey Epstein, avant peut-être d'être inquiétées directement par la justice. Dans sa dernière édition, le quotidien new-yorkais, qui a pu consulter la volumineuse littérature judiciaire produite par les multiples procédures lancées contre le financier depuis une dizaine d'années, les dépositions de victimes présumées, et qui a pu contacter certains acteurs de ces dossiers, décrit par le détail l'organisation pyramidale mise en place pour satisfaire l'homme d'affaires. La connaissance de cette structure, élément en soi crucial à l'enquête, importe encore davantage depuis que Jeffrey Epstein a été découvert mort dans sa cellule de Manhattan le 10 août dernier.

On relève trois axes dans la coterie présumée: certaines petites amies, salariées ou associées du business-man repéraient et recrutaient les victimes, quand d'autres leur enseignaient ses préférences sexuelles tandis que les dernières se préoccupaient du transport ou du logement de jeunes filles qui n'étaient souvent que des adolescentes.

Au sommet de la pyramide 

Pilotant cette chaîne infernale aux côtés de Jeffrey Epstein, on note tout d'abord la présence de Ghislaine Maxwell, qui fut un temps sa compagne. Son nom est désormais bien connu des médias et des spécialistes de l'affaire. Surnommée la "Boss" par Alfredo Rodriguez, ex-majordome de Jeffrey Epstein, elle a été portraiturée dans de nombreuses dépositions opérées lors de procédures au civil comme la gestionnaire du réseau en ce qui concerne le recrutement des jeunes filles et comme responsable des consignes édictées pour amener les victimes au multimillionnaire. Ghislaine Maxwell, qui nie les faits qui lui sont reprochés, est soupçonnée d'avoir expressément demandé de se tourner vers de jeunes femmes aux abois financièrement et de leur faire miroiter une aide substantielle pour continuer leurs études ou construire leur carrière.

Immédiatement sous sa férule évoluait Sarah Kellen, une cadre de l'entourage de Jeffrey Epstein. Elle est soupçonnée d'avoir eu la charge, pour la demeure de celui-ci à Palm Beach, du planning de ces rapports sexuels souvent déguisés initialement en séances de massage. Concrètement, elle disposait des noms et coordonnées téléphoniques des "masseuses". Lorsque Jeffrey Epstein débarquait en Floride, elle se chargeait, ont expliqué les plaignantes, de décrocher son portable pour savoir qui pouvait "venir travailler". Certaines victimes ont par ailleurs assuré que Sarah Kellen et Ghislaine Maxwell leur avaient donné des conseils sexuels pour plaire à leur patron.

Deux autres femmes sont accusées par certaines victimes ou membres de l'entourage de Jeffrey Epstein d'avoir joué un rôle tout aussi essentiel bien que plus éloigné de ces rapports sexuels: Lesley Groff, suspectée de s'occuper du transport des jeunes filles et des diverses questions d'intendance, ce que son avocat a nié formellement, et Adriana Ross, accusée d'avoir ordonné l'évacuation de trois ordinateurs, au moment de l'année 2005 où la police enquêtait sur son patron.

De victimes à complices? 

Les deux derniers échelons de cette pyramide présentent une dimension plus complexe encore. Il semble que les femmes visées aient été des victimes avant de s'investir dans l'organisation. Nadia Marcikova, ancienne top-model, aurait prêté son concours à des jeux sexuels impliquant Jeffrey Epstein et certaines jeunes filles piégées. Enfin, les enquêteurs s'intéressent à Haley Robson, aujourd'hui âgée de 33 ans, et qui n'avait que 16 ans la première fois qu'elle a été en contact avec Jeffrey Epstein. Alors lycéenne en Floride, elle avait elle-même été poussée par une connaissance à se rendre à Palm Beach pour y masser "un milliardaire". Sur place, et selon ses déclarations devant la justice en 2009, elle avait alors repoussé ses avances, tout en devenant son ambassadrice dans son lycée. Elle percevait, d'après les documents, 200 dollars par jeune fille (dont l'une n'avait que 14 ans au moment des faits) amenée au satyre.

La justice avait par le passé envisagé de poursuivre quatre de ces femmes (Sarah Kellen, Lesley Groff, Adriana Ross, Nadia Marcinkova) comme complices des charges de trafic sexuel et de conspiration en vue d'un trafic sexuel mais elles y avaient échappé, obtenant même l'immunité, grâce à un accord passé en 2008 par Jeffrey Epstein avec la justice, ce même marchandage qui lui avait alors permis de ne passer que treize mois en prison. Cependant, le bureau du procureur des États-Unis de Manhattan, qui conduit désormais les investigations, se réserve le droit de les poursuivre tout de même, assurant ne pas être lié par ce deal, contracté en Floride.

Robin Verner