BFMTV

Démission du frère de Boris Johnson du gouvernement: un Premier ministre isolé au sein de sa famille

Jo Johnson, frère du Premier ministre Boris Johnson, a annoncé ce jeudi qu'il quittait le gouvernement britannique. Ce départ vient rappeler qu'au sein d'une famille hautement politique, Boris Johnson est le seul à défendre l'idée d'une sortie de l'Union européenne du Royaume-Uni.

Abel et Caïn n'ont qu'à bien se tenir. Ce jeudi, en pleine tourmente autour du Brexit, et tandis que Boris Johnson a essuyé trois défaites de rang au Parlement, son frère Jo, jusqu'alors membre de son gouvernement, a décidé de démissionner. Il abandonne non seulement ses fonctions de ministre d'Etat aux Affaires, à l'Energie et aux Stratégies mais aussi son siège de député conservateur: 

"C'était un honneur de représenter Orpington ces neuf dernières années et de servir comme ministre sous trois Premiers ministres. Ces dernières semaines, j'ai été déchiré entre la loyauté familiale et l'intérêt national - C'est une tension irréductible et il est temps pour d'autres de reprendre mes rôles de député et ministre", a-t-il écrit sur Twitter.

"Bo'Jo'", apparemment beau joueur, n'a toutefois pas voulu qu'une quelconque amertume transpire des murs du 10 Downing Street. "Le Premier ministre aimerait remercier Jo Johnson pour ses services. Il a été un brillant et talentueux ministre et un député fantastique. Le Premier ministre, comme homme politique et comme frère, se rend compte que ça n'a pas dû être facile pour Jo", a déclaré ce jeudi le porte-parole du chef du gouvernement. 

Une fratrie et un solo 

Il faut dire que Jo Johnson, 47 ans, était pour le moins à contre-emploi dans le cabinet dirigé par son frère. Figure du "Remain", c'est-à-dire partisan du maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne lors du référendum de 2016, ses convictions cadraient mal avec la ligne du Brexit à tout prix dont Boris Johnson est le plus ardent leader depuis des années. 

Chez les Johnson, du père, Stanley, à la fratrie constituée par Boris, Jo et Rachel, et Leo, on a peut-être tous les mêmes cheveux blonds (sauf peut-être Leo qui, en plus de cultiver un certain anonymat, porte une toison plus sombre), mais on n'est pas tous de mèche. En effet, Boris Johnson, mis en minorité ces jours-ci par un Parlement qui refuse toute sortie de l'Union européenne sans accord, est depuis toujours isolé au sein d'une famille où l'enthousiasme pour les institutions européennes actuelles est la règle. 

Quelques traits d'union 

Pourtant, tous ont eu un parcours très similaire. Ils ont tous accompli un cursus les ayant amenés à séjourner dans les écoles les plus prestigieuses du pays, dont Eton (à l'exception de Rachel car ce dernier établissement est réservé aux garçons).

Tous sont devenus journalistes. Boris Johnson, dont le nom complet est Alexander Boris de Pfeffel Johnson, s'est fait connaître comme chroniqueur du Daily Telegraph et du Spectator à Bruxelles. Jo Johnson, marié à Amelia Gentleman, elle-même reporter au Guardian, a gravi les échelons au sein du Financial Times. Leo Johnson, pourtant associé à un cabinet de consulting, dans lequel il exerce une fonction de spécialiste des questions environnementales, a son émission de radio, a noté le magazine du Monde dans le grand panorama qu'il a dressé de la famille à la fin de ce mois d'août.

Mais c'est peut-être Rachel Johnson qui a fait la carrière médiatique la plus riche et la plus longue. D'abord journaliste au Financial Times, au Daily Telegraph, et à l'Evening Standard, elle a commencé à officier à la télévision (la BBC hier, Sky News aujourd'hui), est devenue pigiste de luxe et a publié plusieurs romans. Sur un registre tout aussi audiovisuel mais fort peu journalistique, elle a aussi participé à l'émission de téléréalité Big Brother, dans une édition dédiée aux célébrités. 

Les Johnson ont aussi en commun d'être tous très bien introduits dans la société mondaine de Londres dont Boris a été maire entre 2008 et 2016. "En gros, on est comme les rats. A Londres, vous n’êtes jamais à plus de quelques mètres d’au moins deux Johnson", écrivait Rachel Johnson, dans un article, là aussi repéré par M le magazine

Bifurcations européennes 

Mais les points communs unissant les frères et la sœur ne les ont pas suivis hors des salles de rédaction. Jo Johnson n'a jamais fait mystère de ses opinions pro-Union européenne. Il milite depuis 2016 pour un second référendum sur la position du Royaume-Uni vis-à-vis de celle-ci, espérant que cette consultation revienne sur la volonté d'en sortir pourtant exprimée le 23 juin 2016 par le peuple britannique. En 2018, il avait démissionné du gouvernement de Theresa May, plus modérée que son frère dans son approche du Brexit, car il était mécontent de l'accord qu'elle ramenait de Bruxelles. 

Rachel Johnson est allée plus loin encore. Dans la foulée du référendum, elle a rejoint les libéraux-démocrates, puis Change UK, un mouvement qui se présente comme pro-Union européenne et pour lequel elle a fait campagne lors des européennes sans parvenir à se faire élire. 

L'héritage du père 

Si la mère de Boris, Leo, Rachel et Jo Johnson, l'artiste Charlotte Fawcett n'a jamais touché à la politique et se tient désormais éloignée de la saga familiale, leur père, Stanley, est une figure de la scène publique. Haut dirigeant de la Banque mondiale à Washington dans les années 1960, Stanley Johnson a été l'un des premiers fonctionnaires britanniques européens avant même d'être eurodéputé lors de la première session parlementaire, ouverte en 1979.

The Guardian a même rappelé que cet homme de près de 80 ans avait pris position contre le Brexit en 2016 arguant: "La politique européenne est trop importante pour qu'on la laisse aux seuls locaux ou à une nation. Vous devez en fait adopter une approche mondiale ou internationale devant certains problèmes". C'est peut-être cet amour de la nature qui l'a poussé lui aussi à rallier lui aussi le casting d'une émission de téléréalité, tournée dans la jungle: Je suis une célébrité sortez-moi de là. A moins que qu'il ne faille plutôt chercher du côté de son amour de la notoriété. 

Le tableau coloré de la famille Johnson livre en tout cas un enseignement cardinal: Boris Johnson a dû batailler autour de la table familiale bien avant d'affronter la chambre des Communes.

Robin Verner