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De Macron à Cazeneuve, écologistes et sociaux-démocrates au cœur de toutes les convoitises

Yannick Jadot dimanche soir.

Yannick Jadot dimanche soir. - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

La macronie cherche à s'attirer les bonnes grâces d'un courant écologiste regonflé par les résultats des Européennes de dimanche. Cependant, Bernard Cazeneuve entend fédérer les sociaux-démocrates et les écologistes pour constituer une nouvelle force.

On se doutait qu'Europe Ecologie-Les Verts, à l'occasion d'un scrutin qui lui est historiquement favorable, réaliserait un bon score lors des Européennes de dimanche. Mais avec 13,47% des suffrages exprimés, la liste pilotée par Yannick Jadot a, en l'espace d'un soir, pris le leadership d'une gauche sonnée et concurrencé le succès du Rassemblement national tout en éclipsant les résultats corrects de la majorité. Au point désormais de soulever l'intérêt de cette dernière et de l'exécutif.

Lundi sur notre antenne, la porte-parole du gouvernement, Sibeth N'Diaye, rêvait d'une coalition de La République en marche et des écolos au Parlement européen:

"Le groupe dans lequel nous allons nous retrouver va être un groupe charnière qui va pouvoir en quelque sorte être un moteur dans la création d’une alliance progressiste et pourquoi pas avec les Verts". 

La crainte et l'envie 

Mais les écologistes se font désirer autant qu'ils se font craindre. Comme l'a remarqué L'Opinion lundi, 20% des électeurs d'Emmanuel Macron au premier tour de la dernière présidentielle ont choisi cette fois-ci un bulletin estampillé Yannick Jadot. L'hémorragie n'a certes pas été bien douloureuse ce week-end mais, confirmée, cette tendance pourrait bien gonfler la poche de l'électorat de gauche qui échappe encore à Emmanuel Macron.

Le camp de ce dernier souffre d'un évident déficit au chapitre environnemental. Anne-Christine Lang, députée LaREM élue à Paris, a ainsi expliqué au quotidien libéral les problèmes rencontrés par le positionnement écologiste de la majorité: "Les gens n’y ont pas cru et ont préféré l’original à la copie. Sur les marchés, quand je parlais d’écologie, on me riait au nez. Pour la suite, il faudra qu’on acquière une crédibilité écolo."

Ces derniers temps, le gouvernement a toutefois tenté d'adopter une veine plus verte, tenant notamment un premier "conseil de défense écologique". Mais un conseiller du pouvoir, interrogé par L'Opinion, a estimé qu'il s'agissait d'aller plus loin... et vite: "Si l’on veut réussir à nouer des alliances à gauche aux prochaines municipales, il faut dès à présent construire un réseau social-démocrate écologiste". 

Double espace 

Car l'espace à occuper pour les ambitieux est double. En plus des écologistes, les sociaux-démocrates se sont rappelés au bon souvenir des acteurs de la scène publique. Bien sûr, eux dont nombre d'observateurs ont annoncé la mort après la déroute de Benoît Hamon à la présidentielle (à nouveau défait dimanche) vivotent encore. Si le score de la liste de Raphaël Glucksmann a réalisé un pourcentage similaire à celui du candidat socialiste en 2017, les sociaux-démocrates avoisinent tout de même les 10% si on y ajoute les 3,27% de la liste de Génération.s.

Une poignée de jours avant les Européennes, la volonté du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et du ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, de constituer un mouvement de gauche satellite de la macronie, sur le modèle représenté par "Agir" à droite, a filtré dans la presse.

Cazeneuve sort du bois 

Mais un rival inattendu s'avance déjà face à eux: l'ex-premier ministre, l'ex-ministre de l'Intérieur, l'ex-ministre du Budget, Bernard Cazeneuve. Agé de 55 ans, et désormais avocat, il a dégainé dès dimanche soir sur Twitter:

"Nous ne pouvons plus faire courir à la République et à la démocratie le danger d'un face-à-face entre LaREM et le RN. Nous devons reconstituer une force de gauche sociale et écologique qui offre à la France une espérance. C'est le seul chemin possible. J'invite celles et ceux qui croient en la gauche humaniste à y œuvrer dès maintenant". 

Cette manière de se resituer dans le débat national ne surgit pas ex nihilo. Le Parisien signale en effet ce mardi que Bernard Cazeneuve réunit de plusieurs mois ses proches, ainsi que des élus et des experts pour plancher sur un programme. Son objectif immédiat: fédérer la gauche et organiser, peut-être en octobre, une convention unitaire. 

Un homme prudent 

Parmi les figures de gauche qui conservent leur sympathie à Bernard Cazeneuve, on compte Christiane Taubira et Anne Hidalgo. Et le lien n'est pas rompu avec François Hollande avec lequel il converse toujours.

"Il est allé chercher des compétences, des économistes, des syndicalistes. Et il voit tous ceux qui lâchent Hollande. Il bosse", a pourtant expliqué au journal francilien un ancien ministre. 

Signe sans doute de son envie de ne pas insulter l'avenir national, Bernard Cazeneuve, comme on l'apprenait en février, a refusé le siège au Conseil constitutionnel que l'exécutif lui offrait. C'est finalement Alain Juppé qui s'y est assis. 

Robin Verner