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Coronavirus: la fermeture des frontières empêche les parents d'enfants nés de GPA de les récupérer

A cause de la fermeture des frontières, des centaines de bébés sont bloqués dans des pays autorisant la gestation pour autrui. Séparés de leurs parents biologiques, ces nouveaux-nés restent souvent avec leur mère porteuse en attendant que la situation se débloque.

Les conséquences du coronavirus se font ressentir sur tous les secteurs d’activité, y compris celui de la gestation pour autrui. Ce commerce, autorisé par la loi dans certains pays, pâtit de la fermeture des frontières mise en place pour éviter la propagation du Covid-19. Résultat, des mères porteuses accouchent sans que les parents biologiques de l’enfant puissent venir le chercher et le ramener avec eux dans leur pays.

C’est le cas de Sierra Martin, dans l’Etat de Washington sur la côte ouest des Etats-Unis. Comme le rapporte The Guardian, cette jeune Américaine de 22 ans a donné naissance au petit Steven le 23 février dernier, mais ses parents biologiques habitant en Chine, ils n’ont pu faire le déplacement pour récupérer leur bébé. Quelques jours avant l’accouchement, Sierre Martin - qui effectuait pour la première fois une gestation pour autrui - a reçu un mail du couple lui demandant si elle acceptait de s’occuper de Steven le temps qu’ils aient à nouveau le droit de voyager vers les Etats-Unis.

Situation "sans précédent"

"J’ai attendu une journée avant de répondre car je ne savais pas quoi faire", explique Sierra Martin au quotidien. Mais après ce temps de réflexion, elle a finalement accepté de prendre soin de Steven et de l’élever aux côtés de ses deux enfants, une tâche qu’elle juge ardue: "C’est très dur de s’occuper d’un bébé qui n’est pas le mien. Je l’aime, mais je sais qu’il va devoir partir avec ses vrais parents au bout d’un moment."

"Qu’une gestatrice doive s’occuper d’un enfant auquel elle a donné naissance, c’est sans précédent", souligne au Guardian Rich Geisler, avocat spécialisé dans la gestation pour autrui. "On cherche à éviter à tout prix que la mère porteuse crée des liens avec le nouveau-né", explique-t-il. Les agences ne veulent pas prendre le risque qu'elle refuse finalement de donner le bébé à ses parents biologiques. Sierra Martin assure de son côté que, malgré la situation exceptionnelle, elle a conscience que "ce n’est pas (son) enfant".

Pour éviter cette situation émotionnelle compliquée, certaines agences proposent de récupérer les bébés, de les confier à ses employés et que ces derniers s’en occupent, chez eux, jusqu’à ce qu’ils puissent retrouver leur foyer. Katie Faust, 26 ans, a accepté de prendre à sa charge un enfant qui a été conçu par le biais de l’agence dans laquelle elle travaille. 

Plus de 100 bébés bloqués en Ukraine

"Nous essayons de trouver un moyen pour que cette petite fille puisse retrouver le plus rapidement possible ses parents", eux aussi vivant en Chine. Mais cette solution coûte cher à ces parents qui ont déjà dépensé plusieurs milliers d’euros pour la gestation.

Cette situation pose également problème en Ukraine, où "plus de 100 bébés attendent leurs parents dans plusieurs centres médicaux", a indiqué ce jeudi à l'AFP Lioudmyla Denysova, chargée des droits humains auprès du Parlement. A Kiev, une clinique spécialisée dans la GPA héberge actuellement dans un hôtel qui lui appartient 51 bébés de parents étrangers nés depuis la fermeture en mars de la frontière ukrainienne. Seuls 15 d'entre eux se trouvent avec leurs parents, qui ont pu entrer en Ukraine avant la fermeture.

Séparés par plusieurs milliers de kilomètres de leurs enfants, les nouveaux parents vivent difficilement cette situation sans précédent. "Tout me rend triste concernant la naissance de mon fils", confie au Guardian un Shanghaïen de 41, dont le fils est né aux Etats-Unis le 24 février. Près de trois mois plus tard, lui et son compagnon n’ont toujours pas pu voir leur fils. 

Ambre Lepoivre