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Coronavirus: la Chine a-t-elle minimisé le nombre de morts?

Alors que l'épidémie en Chine est pour l'instant retombée, les restrictions sont petit à petit levées, et les premières questions émergent sur la fiabilité des bilans concernant le nombre de morts du coronavirus.

Depuis plusieurs jours maintenant, la Chine recense peu, ou pas de nouveaux cas de Covid-19 sur son territoire, où la pandémie a débuté fin décembre. Mais cette sortie de crise s'accompagne de la diffusion de photos qui éveillent les soupçons quant à la véracité des chiffres communiqués par le pays ces dernières semaines.

Pour rappel, la Chine a dénombré au total 81.470 cas du nouveau coronavirus (31 nouveaux entre dimanche et lundi), dont 3304 morts et 75.448 guérisons. C'est la ville de Wuhan, épicentre de la pandémie, qui paye le plus lourd tribut pour cette maladie, avec plus de 50.000 personnes contaminées et 2538 morts, soit plus de décès que toute autre ville en Chine.

Des photos qui sèment le doute

Alors que les mesures restrictives à Wuhan sont petit à petit levées, les habitants de la ville ont été autorisés ces derniers jours à aller récupérer les cendres de leurs proches morts au cours de l'épidémie. Le média chinois Caixin a publié des photos des très longues files d'attente de jeudi dernier, avec des témoignages de personnes ayant fait la queue, parfois pendant plusieurs heures.

Ces photos ont été censurées par la Chine, mais elles continuent de circuler sur les réseaux sociaux, tout comme les témoignages qui les accompagnent. Certaines personnes racontent avoir dû attendre 5 heures avant de pouvoir récupérer les urnes funéraires de leurs proches. Une personne rapporte par exemple à Caixin avoir attendu six heures avant de récupérer les cendres de son père.

Ces images et témoignages associés à la censure dont ils ont été l'objet laissent évidemment planer le doute sur le véritable nombre de morts du nouveau coronavirus dans la ville.

Beaucoup d'urnes par rapport au nombre de morts

D'après les informations de Caixin, relayées par l'agence de presse Asia News, l'une des salles funéraires de Wuhan a prévu de distribuer 500 urnes par jour du 23 mars au 4 avril, soit 6500 urnes en tout. Une photo de Caixin montre, réunies dans une pièce, 3500 urnes. Six des huit salons funéraires de Wuhan ont déclaré ne pas avoir de données sur le nombre d'urnes qui seraient collectées, ou ont dit ne pas pouvoir répondre, rapporte le média américain Bloomberg. Deux des centres ont d'ailleurs gardé le silence à ce titre.

Le nombre d'urnes reçues semble toutefois dépasser largement le nombre de morts du coronavirus annoncé dans la ville par le gouvernement chinois (2538 morts). L'une des explications avancées est que la Chine n'a pas comptabilisé toutes les personnes qui sont décédées du coronavirus, par exemple ceux qui sont morts à leur domicile, comme c'est le cas en France actuellement. De plus le pays n'a commencé à dénombrer les victimes qu'à partir de la mi-janvier, or le Covid-19 est apparu dès le mois de décembre sur son sol.

Enfin, comme le souligne un témoignage à Caixin, des personnes sont mortes d'autres maladies pendant cette période. Un habitant de Wuhan raconte au journal que son père, hospitalisé pour un cancer du cerveau, a dû libérer la place pour des malades du coronavirus. Quand sa condition s'est de nouveau détériorée il a été de nouveau admis, mais est mort en quelques jours.

Une mortalité différente d'un pays à un autre

Ces soupçons sur le décompte de la Chine avaient déjà émergés sous la forme d'une autre question: pourquoi le nombre de malades et de morts varie tant d'un pays à un autre? Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ces différences impressionnantes d'une zone du monde à une autre, comme les conditions médico-sociales du pays, la rapidité de l'apparition de mesures strictes ou encore l'avancée de l'épidémie. Mais des inconnues persistent.

"Il y avait une mortalité annoncée par les Chinois qui, a mon avis, a été certainement sous-estimée. On a beaucoup de mal à croire qu'un pays, même avec des mesures de confinement, ait si peu de morts", expliquait dimanche au micro d'Europe 1, Patrick Berche, professeur émérite de microbiologie et ancien directeur de l'institut Pasteur.

L'Italie est actuellement le pays le plus touché en nombre de morts avec 10.779 décès pour 97.689 cas (chiffres de lundi matin), soit plus de trois fois le nombre de morts de la Chine (3304). L'Espagne en est elle à 7340 morts pour 85.195 cas, et l'Iran, la France et les Etats-Unis ont dépassé les 2500 morts.

Salomé Vincendon avec Angélique Forget