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Coronavirus: comment nos voisins européens jugent la situation sanitaire en France

Sur l'avenue des Champs Elysees à Paris, le 27 août 2020, à la veille de l'extension de l'obligation du port du masque à toute la capitale française (PHOTO D'ILLUSTRATION)

Sur l'avenue des Champs Elysees à Paris, le 27 août 2020, à la veille de l'extension de l'obligation du port du masque à toute la capitale française (PHOTO D'ILLUSTRATION) - Ludovic MARIN © 2019 AFP

Alors que le nombre de cas de Covid-19 connaît une hausse croissante depuis la fin de l'été, nos voisins européens s'inquiètent de l'aggravation de la situation épidémiologique en France.

Avec près de 25.000 nouveaux cas en trois jours, et des indicateurs qui continuent globalement de se détériorer en France, l'épidémie de Covid-19 continue de gagner du terrain. Avec l'Espagne, la France est l'un des pays européens où la recrudescende de l'épidémie est la plus marquée, à l'heure où les habitants reprennent le chemin de l'école, de l'université ou du travail après les vacances d'été.

Dimanche, le gouvernement français a placé sept nouveaux départements en "zone rouge". Malgré ce contexte préoccupant, les autorités envisagent d'assouplir une des mesures de lutte contre le coronavirus: la "quatorzaine", cette période de deux semaines d'isolement préconisée aux malades et aux fameux "cas contacts".

Une situation qui inquiète nos voisins européens, de la Belgique à l'Allemagne, en passant par l'Italie, alors que la plupart des frontières terrestres ont rouvert au début de l'été.

> Le Royaume-Uni blâme "l'insouciance" française

Au Royaume-Uni, où le gouvernement a réintroduit mi-août une mesure de quarantaine de deux semaines à tous les voyageurs revenant de France, on s'inquiète de la reprise de l'épidémie sur le sol français.

Le journal britannique The Times mettait en garde, au début du mois d'août dernier, contre l'insouciance des Français et leur non-respect des gestes barrières en cette période de vacances d'été

Et face à la hausse du nombre de cas, le ministre de la Santé britannique Matt Hancock a fait part de sa proccupation au Guardian ce lundi. Car pour certains, ce n'est qu'une question de temps avant que le Royaume-Uni ne se retrouve dans la même situation. "Nous avons six semaines de retard sur la France", confiait au quotidien une source gouvernementale britannique.

> La stratégie de dépistage critiquée par la Belgique

La Belgique a placé plusieurs départements français en zone à risque, parmi lesquelles la région parisienne ou encore la région PACA. Les ressortissants belges revenant d'une de ces zones classée rouge doivent désormais remplir un formulaire, se plier à un test et respecter une période de quarantaine de 14 jours.

"Proportionnellement à sa population, la France enregistre plus de trois fois plus de cas que la Belgique!", s'étonne ce lundi le journal belge Le Soir. Selon lui, la stratégie "tester, isoler, tracer" prônée par le gouvernement français "montre actuellement ses limites".

"Olivier Véran se félicite d'avoir dépassé le cap d'un million de tests par semaine. Mais c'est à se demander si ce record est un atout. De plus en plus de voix s'élèvent: trop de dépistage tue le dépistage", dénonce le quotidien belge, regrettant que le système de dépistage soit "si engorgé" qu'il se révèle "contre-productif".

> En Allemagne, la France est un "contre-modèle"

L'Allemagne, où le taux de mortalité est quatre fois moins important qu'en France, a un regard particulièrement critique sur la situation épidémiologique dans l'Hexagone. Fin août, les autorités plaçaient Paris et la côte d'Azur en zone à risque et déconseillaient à leurs ressortissants d'y voyager. Il n'est d'ailleurs pas exclu que ces recommandations soient élargies à l'ensemble de la France, prévient la presse allemande.

Le journal Der Taggespiegel souligne que la France enregistre un nombre de tests croissant depuis le début de l'épidémie, et les experts redoutent que le nombre de personnes infectées n'augmente encore. "Rien n'indique que la situation soit sur le point de se redresser rapidement", souligne le quotidien.

"Pourquoi, malgré un confinement strict et une épidémie dans un premier temps bien maîtrisée, les chiffres augmentent-ils à nouveau de manière significative?", s'interrogeait dimanche la Deutschlandfunk, la station de radio publique allemande.

Pour expliquer cette reprise de l'épidémie, les médias allemands pointent du doigt la responsabilité des jeunes et des personnes asymtomatiques, les voyageurs de retour de vacances, ainsi qu'une certaine négligeance envers les règles d'hygiène et de distanciation sociale. Les rassemblements illégaux, comme la rave-party qui a eu lieu en août un champ du sud de la France, sont également jugés susceptibles de participer à la propagation du virus.

L'épidémiologiste et élu social-démocrate Karl Lauterbach, qui considère la politique française comme un "contre-modèle", estime que "la France dépasse désormais le seuil critique" et que "la deuxième vague arrive massivement". "Les jeunes vont mécaniquement contaminer les plus âgés, et ce n'est qu'une question de temps avant que la mortalité augmente à nouveau", plaide-t-il, appelant le gouvernement allemand à tout faire pour éviter de se retrouver dans la même situation. Il recommande "une meilleure ventilation des écoles, une limitation des rassemblements privés, et que les cabinets médicaux et Ehpad soient équipés de masques plus protecteurs".

> Pour l'Italie, "la France fait face à une deuxième vague plus large"

En Italie, on considère que la deuxième vague est déjà arrivée en France. Le chef de la diplomatie italienne Luigi Di Maio a souligné vendredi que l'Italie était prête à aider la France si besoin, précisant toutefois qu'il n'envisageait pas pour le moment de tests sanitaires pour les Français à l'entrée du pays.

"La France fait face à une deuxième vague plus large mais moins grave que la première", titre ce lundi le quotidien Corriere della Sera, qui rappelle que le nombre de nouveaux cas de coronavirus quotidiens a dépassé le pic du mois de mars dernier. Le journal nuance cependant, et précise que le nombre de morts et d'hospitalisations demeure relativement faible par rapport au plus fort de la première vague.

"Le système français est maintenant mis à rude épreuve, alors que les Français sont de retour de vacances et que les écoles ont rouvert", précise le journal.

À la veille de la rentrée scolaire, le quotidien La Repubblica faisait part de ses doutes au sujet de la préparation des écoles françaises. Comme l'ont repéré nos confrères du Courrier International, la correspondante en France du quotidien romain décrivait "une situation où règne l'incertitude".

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV