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Coronavirus: comment l'Italie parvient à contenir la deuxième vague épidémique

Des touristes portant un masque devant la fontaine de Trevi à Rome, le 25 septembre 2020.

Des touristes portant un masque devant la fontaine de Trevi à Rome, le 25 septembre 2020. - VINCENZO PINTO / AFP

Durement touchée au printemps, l'Italie semble relativement épargnée par la reprise de l'épidémie de Covid-19.

La deuxième vague redoutée n'a pas encore déferlé sur la Botte. Durement éprouvée par la première vague épidémique, l'Italie semble avoir changé sa stratégie de lutte contre la diffusion du virus. Une gestion saluée, la semaine passée, par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS):

"L'Italie a été le premier pays occidental à être fortement touché par le Covid-19. Le gouvernement et la société, à tous les niveaux, ont été à la hauteur et ont inversé la trajectoire de l'épidémie avec une série de mesures basées sur des données scientifiques", a écrit l'agence onusienne sur Twitter.

Obligation renforcée du port du masque

Ainsi, depuis le 16 août, le port du masque est obligatoire sur tout le sol italien de 18 heures à 6 heures du matin, dans tous les lieux publics où la "formation de groupes" peut survenir. La décision de fermer les discothèques a été prise par ce même décret.

Des mesures qui semblent avoir porté leurs fruits. Depuis le début du mois de septembre, quelque 10.000 nouveaux cas de contamination sont recensés chaque jour en France, contre une moyenne de 1500 en Italie. Dans l'Hexagone, ce bilan quotidien a culminé à 16.096 nouveaux cas dépistés en 24 heures jeudi 24 septembre.

Certaines régions ont depuis renforcé l'obligation du port du masque. Le 24 septembre, la Campanie a rendu obligatoire le port du masque sur tout son territoire, au lendemain d'une décision similaire dans le centre historique de Gênes.

"Nous sommes passés du pays le plus affecté à l'un de ceux qui s'en sortait le mieux dans la gestion de la pandémie grâce à des règles claires dès le début et la volonté de chacun de les respecter", estime le directeur du service des soins intensifs de l'hôpital de Bergame Fernandino Luca Lorini, dans les colonnes du Financial Times.

Adhésion de la population italienne

"L'Italie a contenu l'épidémie, la France jamais", déplore auprès de BFMTV.com l'épidémiologiste et biostatisticienne Catherine Hill. "La clé, c'est les tests, la distanciation sociale ne suffit pas", estime-t-elle.

Port du masque, renforcement de la politique de tests, de nombreux pays, dont la France, ont pris des mesures analogues, sans parvenir toutefois à un résultat comparable au schéma italien. Pour le médecin et universitaire italien Walter Ricciardi, ancien représentant à l'OMS, cette réussite tient essentiellement à une chose: la résilience des Italiens.

"L’alignement immédiat et rigoureux, voire disciplinaire, de la très grande majorité des citoyens, qui ont adhéré à la campagne, qu’ils se soient 'alignés' comme disent certains, ou qu’ils aient 'eu peur' − peur des amendes, essentiellement − comme soutiennent certains autres. Mais je résumerais avec une formule: 'l’esprit de sérieux'. Je sais que l’Italie n’a pas une image de pays rigoureux. Mais cette idée reçue sous-estime un élément essentiel: dans les situations d’urgence nos concitoyens ont prouvé qu’ils savaient affronter les problèmes avec fermeté et un certain sens du sacrifice", a estimé le médecin au cours d'un entretien accordé à L'Obs.

"Les Italiens ont été traumatisés"

Pour Martin Blachier, épidémiologiste et médecin spécialiste de santé publique, la situation actuelle découle des comportements observés pendant l'été. Selon lui, la France paye "l'absence de masque cet été, avant le 1er septembre". "L'Italie est le pays européen où le masque a le plus de pénétration dans la société", ajoute-t-il auprès de BFMTV.com, estimant que la différence de comportements observés entre la France et l'Italie s'explique par le traumatisme de la première vague.

"Les Italiens ont été traumatisés (...), ça n'a pas été le même impact psychologique", analyse Martin Blachier, pour expliquer la forte adhésion aux gestes barrières.

À date du lundi 28 septembre, 31.808 personnes sont mortes du Covid-19 en France pour 542.639 cas confirmés, selon Santé publique France, contre 35.835 pour 309.870 cas en Italie, d'après les données du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.

Lundi, 16 décès étaient à déplorer en Italie au cours des 24 heures écoulées, contre 81 en France.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV