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Corées: pourquoi la rencontre entre Kim Jong Un et Moon Jae-in est historique

Kim Jong Un et Moon Jae-in, vendredi 27 décembre

Kim Jong Un et Moon Jae-in, vendredi 27 décembre - Korea Summit Press Pool - AFP

Les deux dirigeants se sont retrouvés ce vendredi pour une rencontre au sommet sans précédent, portée vers l'apaisement des tensions.

Un semblant d'espoir, après des mois d'escalade des tensions. Kim Jong Un et Moon Jae-in, dirigeants de la Corée du Nord et du Sud, se sont entretenus ce vendredi lors d'un sommet, après une rencontre sur la ligne de démarcation des deux parties de la péninsule. Une réunion destinée à resserrer les liens, dans un contexte de rupture inchangé, si ce n'est empiré, depuis 65 ans. 

Car peu de choses on bougé depuis 1953, date de l'armistice qui a suspendu la guerre de Corée. La paix reste à acter et les relations doivent être rétablies. Les déclarations des deux dirigeants de ce vendredi, portées vers l'apaisement, vont dans le bon sens. L'un des aspects historiques de cette rencontre. 

Une réunion rarissime

Ce sommet n'est que le troisième du genre depuis 1953. Les deux précédentes réunions intercoréennes ont eu lieu à Pyongyang, capitale du Nord, en 2000 et en 2007. Et cette nouvelle rencontre s'inscrit dans un contexte de tensions sans précédent, marqué par l'escalade des essais nucléaires et balistiques nord-coréens et sur la menace qu'ils font peser sur la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis

De même, les deux dirigeants se sont retrouvés sur la ligne de démarcation qui sépare les deux Corées, dans la zone démilitarisée. Ligne que Kim Jong Un a franchie, devenant le premier dirigeant nord-coréen à se rendre en Corée du Sud depuis 65 ans. Quelques instants plus tard, et sur l'invitation de son homologue, c'était Moon Jae-in qui franchissait la frontière. 

  • Jusqu'à la poignée de main des deux hommes était plus avenante que celles de leurs prédécesseurs. Les deux dirigeants sont restés main dans la main pendant près de 30 secondes. En l'an 2000, Kim Jong Il et Kim Dae-jung avait tenu cinq secondes. Et seulement trois pour Kim Jong Il et Roh Moo-hyun en 2007.

Une volonté d'unité claire

Les deux dirigeants ont multiplié les symboles durant cette rencontre, comme le souligne le chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des deux Corées Antoine Bondaz. Selon lui, "l'objectif est d'afficher les similitudes entre les deux peuples, d'afficher leur proximité et pas la division de la Corée": 

"Tous les symboles qui sont mis en avant visent en réalité à mettre en avant l’unité de la péninsule coréenne", explique-t-il sur BFMTV, citant "la garde royale de l'époque Joseon" et "l’alphabet coréen qui est présenté derrière les dirigeants lorsqu’ils discutent".

Rien n'a été laissé au hasard, jusqu'à la table autour de laquelle les deux dirigeants se sont assis pour discuter, entourés de leurs chefs des renseignements respectifs. Le meuble séparait le président et le leader d'exactement 2018 millimètres. Sur le mur, une fresque représentait l'une des plus grandes montagnes de la péninsule coréenne. Les vases de la pièce contenaient des pivoines, symboles de bienvenue, des marguerites, symboles de paix, et des fleurs sauvages, qui représentaient la zone démilitarisée.

Un débouché encourageant

De fait, les sujets les plus délicats ont été abordés. À l'issue de leur entretien, les deux dirigeants ont publié une déclaration commune, dans laquelle ils "confirment l'objectif commun d'obtenir, au moyen d'une dénucléarisation totale, une péninsule coréenne non nucléaire." Ils affirment également leur volonté d'"établir un régime de paix permanent et solide". De même, ils ont annoncé une nouvelle réunion des familles séparées le 15 août prochain. Enfin, une nouvelle rencontre entre les deux hommes, cette fois à Pyongyang, est prévue pour cet automne. 

Une paix "encore très loin"

Malgré tout, cette déclaration encourageante reste un essai à transformer. L'accord de paix, qui correspondrait à une révolution, reste encore loin. De même, ce n'est pas la première fois que le régime nord-coréen parle de dénucléarisation: Le père et le grand père de Kim Jong Un s'y étaient déjà dis prêts, mais il y attachaient des conditions, telles que le retrait définitif des États-Unis de la péninsule. 

De même, Antoine Bondaz juge "extrêmement peu probable" la dénucléarisation à court terme de la Corée du Nord:

"La Corée du Nord a annoncé un gel des essais nucléaires et balistiques à portée intermédiaire et intercontinentale. L'objectif, aujourd'hui, de la communauté internationale et surtout des États-Unis, c'est de transformer ce gel des essais en gel des programmes."

  • Ainsi, il faudra attendre les prochains mois pour voir si ces premiers échanges ont porté leurs fruits. La rencontre entre Donald Trump et Kim Jong Un, dont la date reste à déterminer, marquera un nouveau pas dans l'apaisement des tensions. 
Benjamin Pierret avec Sébastien Falletti et AFP