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Ces pays qui refusent de publier "Charlie Hebdo"

Les Unes des journaux exposées à Washington, le 14 janvier 2014.

Les Unes des journaux exposées à Washington, le 14 janvier 2014. - Brenda, Smialowski - AFP

Si le premier numéro de Charlie Hebdo publié après la série d'attentats a été imprimé à 5 millions d'exemplaires, il n'est pas pour autant présent dans tous les pays du monde, loin de là.

Le numéro de Charlie Hebdo sorti mercredi a beau être historique, tous les lecteurs n'y auront pas accès. Si une vingtaine de nouveaux pays ont demandé à publier Charlie Hebdo cette semaine, et que de nombreux journaux dans le monde ont reproduit sans attendre la une de ce titre exceptionnel, la caricature du prophète Mahomet a suscité la colère de plusieurs régimes musulmans. Certains médias anglo-saxons ont quant à eux fait le choix de ne pas montrer le numéro 1178, traduit en plusieurs langues dont l'arabe, et diffusé à 5 millions d'exemplaires à travers le monde.

A la une de ce premier numéro sorti après la tuerie qui a décimé sa rédaction, Charlie Hebdo a publié un dessin de Mahomet la larme à l'oeil et tenant une pancarte "Je suis Charlie", le slogan des manifestants qui ont défilé pour condamner les attaques jihadistes qui ont fait 17 morts en trois jours à Paris.

Un seul titre rebelle en Turquie

Le Premier ministre islamo-conservateur turc Ahmet Davutoglu a dénoncé jeudi une "grave provocation", quelques jours après avoir participé à la grande marche organisée pour défendre notamment la liberté de la presse. La justice turque a interdit la diffusion de la caricature sur Internet. Un seul quotidien d'opposition a bravé l'interdiction: Cumhuriyet a publié "par solidarité" cette caricature ainsi qu'un encart en turc reprenant l'essentiel des articles et des dessins de Charlie Hebdo. Il s'agit du seul quotidien d'un pays musulman à oser publier dans son édition papier de mercredi la caricature polémique.

Charlie et Libé interdits au Sénégal

Au Sénégal la diffusion de Charlie Hebdo et celle du quotidien Libération -qui reproduit en première page la une du journal satirique- ont purement et simplement été interdites "par tout moyen" et "sur tout le territoire national". Aucun journal sénégalais ni site d'information n'avait mercredi osé reproduire la une du journal non distribué en kiosque dans le pays, mais disponible dans certaines librairies. Là encore, le chef de l'Etat Macky Sall avait participé à la "marche républicaine" de dimanche.

Aucune caricature au Maghreb

Aucun des journaux qui ont reproduit les caricatures du prophète Mahomet n'est diffusé au royaume de Mohamed VI. Ni Charlie Hebdo, ni Libération, ni Marianne - interdit aussi en Algérie et en Tunisie, ni même Le Point ou Le Monde ne sont en vente au Maroc. Mustapha Khalfi, ministre marocain de la Communication, explique au Huffington Post Magreb que cette une est "une provocation et une diffamation inacceptables et condamnables". Dimanche, le ministre des Affaires étrangères marocain avait refusé de participer à la marche.

La Tunisie et l'Algérie n'ont pas non plus autorisé la diffusion du journal satirique sur leur sol. Le premier ministre tunisien sortant Mehdi Jomaa était bien présent à Paris dimanche, mais le ministère des Affaires religieuses a appelé les médias "à éviter de toucher aux religions, aux prescriptions religieuses et au sacré", cite Le Monde.

Les frileux médias anglo-saxons

Certains médias américains et anglais ont pris l'initiative de ne pas publier non plus la une de Charlie Hebdo, pour ne pas choquer les musulmans. Mais "en ne la publiant pas, il choquent tous les laïc, tous les athées", a réagit Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo sur LCI.

Dans son article expliquant le choix de couverture du numéro exceptionnel de Charlie Hebdo, le quotidien démocrate New York Times décrit la une polémique sans la montrer une seule fois et se fend d'un article pour justifier son choix. Le New York Daily news, CNN, les britanniques BBC, The Independant, et Daily Telegraph, les agences Reuters et Associated Press ont pris la même décision et décidé de ne pas publier, de flouter, ou de couper les images de la une.

SKY NEWS m'a coupé en direct pour avoir montré la couverture de Charlie Hebdo. Quelle offense... A l'intelligence. pic.twitter.com/BsVb1pGM6Y
— Caroline Fourest (@CarolineFourest) 14 Janvier 2015

Pour déjouer la censure de Sky News, la journaliste française Caroline Fourest a décidé de montrer la une en pleine interview mercredi soir. "Nous avons choisi de ne pas montrer cette caricature", l'a alors coupé la présentatrice, avant de s'excuser auprès de ceux qui auraient pu se sentir offensés.

Aurélie Delmas avec AFP