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Charlie Hebdo: un numéro 1178 exceptionnel dans les kiosques

Le nouveau numéro de Charlie Hebdo, réalisé par une rédaction décimée après l'atroce attentat perpétré il y a une semaine jour pour jour dans leurs locaux, est désormais disponible à la vente en kiosque.

Le nouveau numéro de Charlie Hebdo, réalisé par une rédaction décimée après l'atroce attentat perpétré il y a une semaine jour pour jour dans leurs locaux, est désormais disponible à la vente en kiosque. - Bertrand Guay - AFP

Le nouveau numéro de Charlie Hebdo, tiré à trois millions d'exemplaires, est en vente dans les kiosques de France et dans plusieurs autres pays. Une sortie retentissante, une semaine jour pour jour après l'attentat sanglant perpétré contre sa rédaction, durant lequel douze personnes ont perdu la vie.

Une semaine pile après l’horreur, Charlie Hebdo est bel et bien dans les kiosques. L’exceptionnel numéro des survivants, réalisé par une équipe décimée après l’attentat sanglant perpétré contre sa rédaction, est en vente depuis ce mercredi matin dans la quasi-totalité des kiosques de France. D’habitude tiré à 60.000 exemplaires, l’hebdomadaire satirique, bouclé lundi soir sur les coups de 21h30, a été imprimé au tirage tout bonnement extraordinaire de trois millions d’exemplaires. Un chiffre record qui pourrait toutefois laisser quelques acheteurs sur leur faim puisque l'exemplaire de Charlie Hebdo du jour s'arrachait déjà à l'aube, avec des ruptures de stocks dès 7h.

En très grande difficulté financière au moment de l'attaque terroriste, Charlie Hebdo a déjà reçu près d'un million d'euros de dons, en plus des aides qui ont été promises ici et là. Plus qu'un hommage à leurs collègues assassinés, la sortie de ce nouveau numéro est un véritable pied de nez aux terroristes qui ont tenté de tuer le titre. Au-delà même du symbole, c'est une nouvelle ère qui débute.

Une nouveau dessin de Mahomet qui fait déjà polémique

Cible des islamistes pour avoir caricaturé le prophète à plusieurs reprises dans le passé, Charlie Hebdo a de nouveau dessiné en Une un Mahomet en pleurs, qui proclame "Je suis Charlie", le slogan des manifestants de dimanche pour la liberté d'expression.

Au-dessus de ce croquis de Luz sur fond vert, la couleur de l'islam, le titre: "Tout est pardonné". Des mots qui tranchent avec la veine souvent féroce du journal, après les attentats qui ont fait 17 morts, dont les dessinateurs Cabu, Charb, Wolinski, Tignous et Honoré. Une Une qui, de l'aveu même de ses créateurs, a été extrêmement dure à sortir. Ils l'expliquent dans cette vidéo de Libération, journal qui a hébergé l'équipe rescapée de Charlie Hebdo pour leur permettre de reprendre le travail:

Des mises en garde des autorités musulmanes en Egypte

Cette une, reproduite mardi par des médias du monde entier, a déclenché une mise en garde des autorités musulmanes en Egypte ainsi qu'un appel au calme des responsables musulmans en France. Interrogé sur les possibles réactions hostiles, le dessinateur Luz a dit mardi n'avoir "aucune inquiétude" "car je pense que les gens sont intelligents". "Ceux qui ont commis cet attentat manquent d'humour et de second degré", selon lui. 

"On a souvent écrit, Charlie Hebdo, quelque part ils l'ont bien mérité. Or la liberté d'expression, ce n'est pas avec un 'mais'.", a-t-il lancé. La une de Charlie Hebdo n'a pas été montrée par les grands médias des pays musulmans, ni par certains médias d'Afrique ou d'Asie, en raison de l'interdit de l'islam de représenter Mahomet. 

En Grande-Bretagne, The Independent est le seul des grands journaux à la publier dans sa version papier. La prudence était encore plus grande aux Etats-Unis, où les télévisons ont évité de la montrer. Le site du New York Times s'est contenté d'un lien vers le site de Libération, qui publie le dessin.

En France, anticipant des réactions hostiles à cette nouvelle caricature du prophète, les responsables de l'islam de France ont appelé mardi au calme une opinion musulmane sous tension. Il faut "garder son calme en évitant les réactions émotives ou incongrues incompatibles" avec la "dignité" et la "réserve", tout "en respectant la liberté d'opinion", ont souligné le Conseil français du culte musulman (CFCM) et l'Union des organisations islamiques de France (UOIF).

A l'étranger, cette couverture a déclenché la colère de l'autorité musulmane égyptienne qui a "mis en garde" contre ce dessin, y voyant "une provocation injustifiée pour les sentiments d'1,5 milliard de musulmans à travers le monde". L'avocat du journal, Richard Malka, avait rappelé lundi que les dessins de Mahomet et autres autorités religieuses étaient habituels dans le journal depuis des années. "On ne cédera rien, sinon tout ça n'aura pas eu de sens. L'état d'esprit 'Je suis Charlie'" cela veut dire aussi le "droit au blasphème", avait averti Me Malka, qui a réfuté avec virulence toute accusation d'islamophobie.

Un record pour la presse française

Ce numéro sera tiré à 3 millions d'exemplaires - un record pour la presse française -contre 60.000 habituellement- dont 300.000 vendus dans une vingtaine de pays, sans oublier des versions numériques en espagnol, arabe et anglais. Il comprend 16 pages avec un éditorial en faveur de la laïcité et de nombreux dessins, notamment ceux de trois des caricaturistes assassinés Wolinski, Cabu et Charb.

Il sera aussi publié en version papier en italien et en turc et a fait l'objet d'accords de distribution en Italie avec le journal Il Fatto Quotidiano et en Turquie avec le quotidien Cumhuriyet, selon le rédacteur en chef de l'hebdomadaire satirique, Gérard Biard. 

Jé. M. avec AFP