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Charlie Hebdo: comment le numéro des "survivants" a été réalisé

Le numéro de Charlie Hebdo vient tout juste d'être imprimé, le 13 janvier 2015.

Le numéro de Charlie Hebdo vient tout juste d'être imprimé, le 13 janvier 2015. - Martin Bureau - AFP

Malgré les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles il a été conçu, le numéro exceptionnel de Charlie Hebdo devrait respecter l'esprit du titre.

Ils ne savaient pas s'ils pourraient le faire. Les membres de l'équipe de Charlie Hebdo, décimée par un attentat qui a fait 12 morts il y a une semaine, s'est remise au travail dès vendredi. Hébergés dans les locaux du quotidien Libération, ils sont parvenus à boucler lundi vers 21h30 un numéro exceptionnel, qui sera publié ce mercredi, traduit en cinq langues, tiré à trois millions d'exemplaires - contre 60.000 habituellement, et vendu dans 25 pays.

A l'issue d'une première réunion de plus de trois heures, le journal satirique a décidé de ne pas renoncer à la provocation, sa marque de fabrique. De faire "un numéro normal" et "drôle", selon les mots de Gérard Biard, son rédacteur en Chef. Charlie Hebdo publiera donc à nouveau le prophète Mahomet en une. Dessiné par Luz - qui a été sauvé par son retard le 7 janvier - , Mahomet, habillé de blanc, pleure. Il tient entre ses mains une pancarte "Je suis Charlie", le slogan mondial des millions de manifestants. Au-dessus du dessin, le journal titre "Tout est pardonné". Récit d'une semaine sans précédent dans une rédaction.

"C'est quoi l'actu?"

L'humoriste Mathieu Madenian, qui n'avait pas pu se rendre à la conférence de rédaction du 7 janvier, était présent au premier comité de rédaction. "C'était très émouvant de se retrouver", raconte-t-il à BFMTV. "Il y a eu cette vanne extraordinaire de Pelloux qui a dit 'bon, c'est quoi l'actu cette semaine?', c'est fou, et tout le monde a rigolé", estimant que "c'est la vanne qui aurait fait mourir de rire Charb, Cabu et tous ces mecs-là". 

25 personnes ont participé à l'élaboration du journal, proches ou collaborateurs occasionnels, selon Libération. L'idée avait été évoquée de laisser des espaces blancs, mais, finalement, l'équipe a annoncé que des dessins des caricaturistes disparus, Cabu, Charb, Honoré, Tignous, et Wolinski, seraient publiés, de même qu'une chronique de Bernard Maris. Le correcteur, Mustapha Ourrad, et le policier chargé de la protection de Charb, Frank, tués dans l'attaque, seront représentés dans ce numéro 1178, d'après RTL. Les blessés aussi ont participé à ce numéro qui fera 16 pages, contre les 8 annoncées vendredi. "Riss (blessé à l'épaule droite, NDLR) dessine", se félicite Luz dans une vidéo mise en ligne sur le site de Libération. "On tient tous, même ceux qui sont à l'hosto", explique le dessinateur qui admet que "ça a été très compliqué c'est pour ça qu'on a viré tous les journalistes parce qu'on avait besoin de se retrouver". La chronique de Philippe Lançon aura elle aussi sa place dans les pages de ce numéro.

Une chose à laquelle les "survivants" tiennent: il ne s'agit pas d'un numéro hommage. "Dans ce numéro ils ne sont pas morts", se contente d'expliquer Gérard Biard. 

Dans cette vidéo tournée lors du bouclage, Gérard Biard, qui était à Londres au moment de l'attaque, s'inquiète: "on est très en retard" "il y a tellement d'autres choses à gérer" que le bouclage explique-t-il. Mais "le journal sera fait ce soir" promet-il toutefois, "tout le monde a envie de le faire c'est indispensable, de toute évidence le monde entier l'attend et c'est indispensable pour nous aussi".

"Un numéro sans jouer les victimes"

Interrogé sur la une, Luz sourit, "on essaie de coller au plus près de l'actualité".

"On a essayé de faire un numéro sans jouer les victimes, on s'est moqués de nous-mêmes", tient-il a préciser afin que "les prochains lecteurs nous suivent pour de bonnes raisons"

L'avocat et porte-parole du journal, Richard Malka, avait rappelé lundi après-midi que les dessins de Mahomet et autres autorités de toutes les religions étaient habituels dans le journal depuis des années. "Dans chaque numéro de Charlie Hebdo depuis 22 ans, il n'y en a pas un où il n'y ait pas de caricatures du Pape, de Jésus, de curés, ou de rabbins, d'imams et de Mahomet" et "l'étonnant serait qu'il n'y ait pas" de dessins de Mahomet dans ce numéro, a déclaré Richard Malka.

Le réseau de distribution a accepté de travailler gratuitement pour le premier million d'exemplaire, dont toute la recette ira au journal. Le numéro restera en vente pendant huit semaines. 

Aurélie Delmas