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Candidature de Zemmour: l'annonce du polémiste vue par la presse américaine

Eric Zemmour lors de la promotion de son livre "La France n’a pas dit son dernier mot", le 16 octobre 2021 à Béziers

Eric Zemmour lors de la promotion de son livre "La France n’a pas dit son dernier mot", le 16 octobre 2021 à Béziers - Christophe SIMON © 2019 AFP

L'officialisation des ambitions présidentielles d'Éric Zemmour agit comme une piqûre de rappel aux États-Unis qui dresse un parallèle entre lui et Donald Trump.

Un certain art de la provocation qu'elle redécouvre. La presse américaine se fait aussi l'écho ce mardi de l'annonce de la candidature d'Éric Zemmour, personnalité médiatique qui lui rappelle à bien des égards l'ancien président Donald Trump.

Les frasques du "commentateur d'extrême droite" sont notamment relevées par le New York Times et le Washington Post, jusqu'ici peu observateurs de la campagne présidentielle en France. Les prestigieux journaux, maintes fois critiqués par Donald Trump au cours de sa présidence, évoquent les dérapages de l'essayiste qui alimentent la scène médiatique et le débat politique en France.

Mesures choc et déclinisme

Interdiction des prénoms à consonnance étrangère, discours prévenant d'une "invasion migratoire" en France, accusations portées quant à une éventuelle colonisation religieuse orchestrée par l'islam, multplication d'appels lancés pour que la France retrouve sa gloire passée... Les propositions chocs du désormais candidat se rapprochent de celles de celui qui prônait le "Make America Great Again" en construisant un mur le long de la frontière mexicaine et en instaurant un travel ban pour les ressortissants de pays du Moyen-Orient.

"Le style provocateur de Zemmour, y compris ses récentes demandes d'interdiction des prénoms à consonance étrangère, se rapproche des stratégies et des opinions qui ont aidé Donald Trump à remporter la présidence américaine", écrit Rick Noack dans le Washington Post.

Pour le New York Times, le polémiste "s'est fait passer pour un provocateur à la Donald Trump en lançant des bombes politiquement incorrectes sur l'élite française [...] et en réécrivant certains des pires épisodes du passé de la France".

Les points communs sont légion, d'autant qu'Éric Zemmour s'est aussi inspiré de la couverture de Great Again, l'un des livres du milliardaire, pour La France n'a pas dit son dernier mot. Combo chemise-costume-cravate, drapeau de son pays, ciel bleu et titre écrite en blanc et en grand... L'inspiration est omniprésente sur la couverture de cet ouvrage qui connaît un succès notable en librairies.

Des personnalités médiatiques controversées

Tandis que Donald Trump, autrefois connaisseur des plateaux et émissions télévisés, est toujours adoré par la chaîne conservatrice Fox News, Éric Zemmour a pu animer pendant près de deux ans une émission sur CNews, une chaîne "avec un style proche de Fox News qui a pu lui servir de canal pour véhiculer ses idées à des milliers de téléspectateurs", relèvent Aurelien Breeden et Constant Méheut dans le New York Times.

Des interventions au ton dramatique qui, rapporte la presse américaine, ont façonné la vulgarisation d'un discours haineux pour lequel il a déjà été poursuivi.

En outre, Éric Zemmour s'en est pris dans la vidéo de ce mardi aux "élites", "journalistes", aux "bien-pensants", aux "islamogauchistes", mais également aux défenseurs de "la théorie du genre". Des attaques similaires à celles lancées par Donald Trump au cours de sa campagne, et de sa présidence.

Reste que si le polémiste fait de l'ancien président américain une source d'inspiration, il ne bénéficie pas du soutien d'un grand parti, à la différence de Donald Trump.

"C'est vrai que les ressemblances entre les deux sont frappantes, c'est d'abord cette présence médiatique", évoquait en septembre dernier sur BFMTV Melissa Bell, correspondante de CNN à Paris. "Trump, c'était un cirque médiatique presque dès le départ dont il a pu se servir jusqu'au bout, Éric Zemmour sera plus limité dans cet aspect-là."
Hugues Garnier Journaliste BFMTV