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Au Liban, une contestation populaire relancée par l'explosion à Beyrouth

La star du basketball au Liban Fadi al-Khatib transporte en courtant un manifestant blessé lors des manifestations à Beyrouth contre le pouvoir, le 8 août 2020

La star du basketball au Liban Fadi al-Khatib transporte en courtant un manifestant blessé lors des manifestations à Beyrouth contre le pouvoir, le 8 août 2020 - PATRICK BAZ © 2019 AFP

Le 4 août, l'explosion dévastatrice à Beyrouth a nourri une contestation populaire présente au Liban depuis longtemps, née de la défiance envers une classe dirigeante jugée corrompue et incompétente, et sur fond d'une grave crise économique.

Au lendemain d'une journée de mobilisation marquée par des assauts contre des ministères, lancés par des manifestants en colère contre une classe dirigeante accusée de négligence après l'explosion dévastatrice à Beyrouth, de nouvelles manifestations sont attendues ce dimanche au Liban.

L'ampleur du drame a relancé une contestation populaire qui s'était emparée du pays le 17 octobre 2019, au moment où le gouvernement annonçait une taxe sur les appels effectués via WhatsApp. Cet impôt de plus dans un pays à l'économie exsangue avait fait exploser la colère des Libanais.

Si le gouvernement avait finalement renoncé à la taxe, des milliers de personnes avaient continué à manifester tout au long du mois.

Une classe dirigeante jugée corrompue

Les protestataires réclamaient le renouvellement de toute la classe dirigeante, quasi inchangée depuis des décennies et jugée corrompue et incompétente. Le 29 octobre, Saad Hariri, le président du Conseil des ministres, et son gouvernement avaient démissionné.

Le 19 décembre, alors que la crise économique s'était aggravée avec des licenciements en masse, des restrictions bancaires drastiques et une forte dépréciation de la livre libanaise, Hassan Diab avait été désigné Premier ministre mais l'appui apporté à sa nomination par le Hezbollah et ses alliés avait attisé la colère d'une partie de la rue.

Dès le 11 janvier 2020, après une période d'essoufflement, les manifestations avaient repris. Le 21 janvier, le Liban s'était doté d'un gouvernement, formé par un seul camp, celui du Hezbollah pro-iranien et ses alliés.

Le 11 février, le Parlement accordait sa confiance au gouvernement, en dépit de l'opposition de centaines de manifestants. Des affrontements avaient alors fait plus de 370 blessés.

Défaut de paiement sur sa dette

Le 7 mars, le Liban, qui croule sous une dette de 92 milliards de dollars (170% du PIB), avait fait défaut sur une première tranche de sa dette, d'un montant de 1,2 milliard de dollars.

Le gouvernement avait ensuite annoncé en avril un plan de relance et demandé une aide du Fonds monétaire international, avant d'entamer des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) le 13 mai. Mais le processus est depuis au point mort.

Mi-juin, des manifestations avaient encore une fois éclaté au Liban après une nouvelle dégringolade de la livre. Les 23 et 24 juillet, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian s'était rendu au Liban et avait réclamé des réformes attendues "depuis trop longtemps".

Législatives anticipées

Le 4 août, l'énorme explosion qui a dévasté des quartiers entiers de Beyrouth et a fait plus de 150 morts et plus de 6000 blessés a nourri la colère des manifestants contre leurs dirigeants, accusés d'être responsables du drame.

Après la journée de contestation de samedi, la ministre de l'Information, Manal Abdel Samad, a annoncé sa démission ce dimanche. Le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, a quant à lui réclamé la démission du gouvernement et des législatives anticipées.

La France et l'Organisation des Nations Unies organisent ce dimanche une conférence d'aide internationale afin de préparer la reconstruction de la capitale, et plus largement du pays.

Clément Boutin avec AFP