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Attaque à Vienne: pourquoi l'Autriche a-t-elle été frappée?

Des policiers déployés dans le centre de Vienne après une fusillade près d'une synagogue, le 2 novembre 2020 en Autriche

Des policiers déployés dans le centre de Vienne après une fusillade près d'une synagogue, le 2 novembre 2020 en Autriche - GEORG HOCHMUTH © 2019 AFP

L'attaque terroriste survient après deux attentats islamistes commis en France.

Au moins quatre personnes sont mortes après l'attentat terroriste islamiste perpétré lundi soir à Vienne. Un assaillant a été tué par les forces de l'ordre, et au moins un autre est en fuite. D'après le gouvernement, le terroriste tué était "un sympathisant" de Daesh, selon les indices recueillis dans son logement.

Les fusillades ont éclaté en début de soirée au coeur de la capitale autrichienne, non loin d'une importante synagogue et de l'Opéra, à quelques heures de l'entrée en vigueur d'un reconfinement afin de lutter contre la pandémie de coronavirus.

"Je ne pense pas que l'Autriche a été ciblée directement. Nous avons vu des actes terroristes dans plusieurs pays ces derniers temps, surtout en France, et nous avons toujours dit que c'est un terrorisme qui ne vise pas de pays, qui n'a pas visé la France en soi, a estimé sur notre antenne l'ambassadeur d'Autriche en France, Michael Linhart, lundi soir. Il vise notre civilisation ouverte et nos valeurs républicaines et européennes", a ajouté le diplomate.

L'attaque à Vienne survient peu après des attentats islamistes commis en France, à Nice (Alpes-Maritimes), où trois personnes ont été assassinées dans une église, et Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), où un professeur d'histoire-géographie a été décapité.

L'Europe touchée au coeur

Dans la lignée des déclarations de l'ambassadeur autrichien Michael Linhart, plusieurs spécialistes s'accordent à dire qu'à travers l'Autriche, c'est avant tout l'Europe qui a été prise pour cible par les terroristes lundi soir.

"C'est assez surprenant aujourd'hui que ce soit l'Autriche qui est visée car l'Autriche est un pays plutôt modeste, petit, elle ne joue pas un très grand rôle sur le plan diplomatique et international", souligne ce mardi sur BFMTV Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences-Po.

"Mais à travers l'Autriche en réalité, ce qui est véritablement atteint, touché, ce sont les valeurs européennes: l'Europe, la tolérance, la démocratie, les droits de l'Homme, je crois que c'est cela qu'il faut voir. Ce n'est pas tant l'Autriche", ajoute le spécialiste des questions européennes et internationales.

"Pas forcément un hasard"

"L'Autriche n'est pas le pays le plus visé a priori mais précisément il y a une stratégie de la surprise, de la part de Daesh donc ce n'est pas forcément surprenant. L'Autriche est un pays membre de l'Union européenne et tous les pays sont exposés, on l'a vu ces dernières années. Aucun pays n'est épargné", abonde David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique.

Ce dernier souligne que le pays avait déjoué un attentat fin décembre 2019, et qu'en 2017, un Albanais avait été arrêté "juste avant de passer à l'acte".

"On peut rappeler que (le chancelier autrichien Sebastian Kurz) a été un des premiers à soutenir Emmanuel Macron dans ses déclarations sur l'islam politique récemment, donc ce n'est pas forcément un hasard, avance David Rigoulet-Roze. De ce point de vue-là, l'Autriche n'est plus le havre sanctuarisé qu'elle pensait être jusque-là", poursuit-il.

"Après la France, c’est un pays ami qui est attaqué. C’est notre Europe. Nos ennemis doivent savoir à qui ils ont affaire. Nous ne céderons rien", a réagi Emmanuel Macron lundi soir sur Twitter après l'attaque de Vienne.

Expulsions et fermetures de mosquées

Pour notre éditorialiste spécialiste des questions de politique étrangère et de défense Patrick Sauce, "il y avait une menace mais pas forcément venue du terrorisme islamiste. C'est vrai que le chancelier fédéral autrichien Sebastian Kurz est sur une espèce de ligne de crête parce qu'il essaye de tenir ses coalitions, c'est vrai que pendant deux ans notamment, entre 2017 et 2019, il a dû composer avec le FPO, c'est à dire l'extrême droite, et il a dû avoir un discours assez dur notamment sur l'islam politique. En 2018, il a fermé sept mosquées qui étaient jugées islamistes et salafistes, il a aussi expulsé une quarantaine d'imams".

"Nous ne nous laisserons jamais intimider par le terrorisme et nous combattrons ces attaques avec tous nos moyens", a écrit sur Twitter le chancelier autrichien au soir de l'attaque, dirigeant ses pensées vers "les victimes, les blessés et leurs proches".

Clarisse Martin Journaliste BFMTV