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Tensions en Iran: pourquoi Téhéran a arrêté l'ambassadeur britannique

Une veillée en mémoire des victimes du crash devant l'Université Amir Kabir de Téhéran, à laquelle l'ambassadeur britannique a participé

Une veillée en mémoire des victimes du crash devant l'Université Amir Kabir de Téhéran, à laquelle l'ambassadeur britannique a participé - AFP

Le ministère des Affaires étrangères iranien a confirmé avoir brièvement arrêté le diplomate, qui a déclaré avoir simplement assisté à un rassemblement en mémoire des victimes du crash de l'avion ukrainien, survenu mercredi près de Téhéran.

Le vice-ministre des Affaires étrangères iranien a confirmé ce dimanche que son pays avait brièvement arrêté l'ambassadeur britannique, Rob Macaire, en tant qu'étranger suspecté d'avoir participé "à un rassemblement illégal", ajoutant l'avoir relâché peu après avoir eu confirmation de son identité.

"Il n'a pas été détenu, mais arrêté en tant qu'étranger non identifié dans un rassemblement illégal", a écrit Abbas Araghchi sur Twitter, précisant que le diplomate avait été relâché au bout d'un quart d'heure, après qu'il eut été identifié.

"Je n'ai pris part à aucune manifestation"

L'ambassadeur, dont Londres a dénoncé l'interpellation à Téhéran, a nié avoir pris part à la moindre manifestation contre les autorités, comme l'ont rapporté certains médias iraniens.

"Je peux confirmer que je n'ai pris part à aucune manifestation, a écrit Rob Macaire sur son compte Twitter. Je suis allé à un événement annoncé comme une veillée pour les victimes de la tragédie (du vol) #PS752" d'Ukraine International Airlines, abattu mercredi près de Téhéran par un missile iranien. "Il est normal de vouloir rendre hommage, plusieurs victimes étaient britanniques."

"J'ai quitté les lieux après cinq minutes quand certains ont commencé à lancer des slogans" contre les autorités, a-t-il assuré dans des messages en anglais et en persan.

Une arrestation "sans fondement" dénoncée par la Grande-Bretagne

Samedi soir, le ministre des Affaires étrangères britannique, Dominic Raab, avait annoncé, sans plus de détails, que Rob Macaire avait été arrêté.

"L'arrestation de notre ambassadeur à Téhéran sans fondement ou explication est une violation flagrante de la législation internationale", avait-il déclaré.

Selon le Daily Mail, l'ambassadeur a été arrêté pour avoir prétendument "incité" des manifestants à Téhéran qui exprimaient leur colère à l'égard des autorités après la catastrophe dont nombre de victimes étaient iraniennes.

Contrairement au ministère des Affaires étrangères, l'agence iranienne Tasnim, proche des ultraconservateurs, a quant à elle rapporté que l'ambassadeur avait été détenu pendant plusieurs heures. Selon l'agence, il aurait été interrogé pour son implication dans des "actes suspects" lors d'un rassemblement devant l'Université Amir Kabir de Téhéran.

La police iranienne y a dispersé samedi soir des étudiants qui scandaient des slogans "destructeurs" et "radicaux" lors d'un rassemblement à la mémoire des victimes du crash, selon Fars, agence proche des ultraconservateurs. D'après des journalistes de l'Agence France-Presse (AFP) venus couvrir la veillée, le rassemblement s'est transformé en manifestation de colère.

Un contexte électrique

À la suite de l'arrestation de Rob Macaire et de sa participation à cette veillée en mémoire des victimes du crash, des manifestants iraniens ont brûlé ce dimanche un drapeau britannique devant l'ambassade du Royaume-Uni à Téhéran.

"Mort à la Grande-Bretagne", "Mort aux Etats-Unis", "Mort à Israël" ont scandé un peu moins de 200 manifestants, dont certains ont brûlé un drapeau du Royaume-Uni ainsi qu'un drapeau israélien.

L'arrestation de Rob Macaire intervient en effet dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre l'Iran et l'Occident. La République islamique a reconnu samedi sa responsabilité dans le crash de l'avion de la compagnie ukrainienne, qui a coûté la vie à 176 personnes, dont de nombreux Canadiens et Ukrainiens.

La catastrophe a provoqué une vague d'indignation en Iran, après les dénégations opposées jusque-là par les autorités à la thèse du missile avancée dès mercredi soir par Ottawa.

Les dirigeants de plusieurs pays, notamment le Premier ministre canadien Justin Trudeau, ont tout de même salué la reconnaissance de l'Iran de sa responsabilité, mais appelé à une enquête complète et transparente sur les circonstances du drame. Cette dernière est actuellement en cours.

Juliette Mitoyen avec AFP