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Comment l'Iran a abattu un avion ukrainien: le récit d'un général 

Les débris de l'avion

Les débris de l'avion - AFP

"Malheureusement, à cause d'une décision prise à la hâte par une personne, cette grande catastrophe a eu lieu", a souligné Amirali Hajizadeh, qui a présenté ses excuses.

Trois jours après le crash d'un avion de ligne ukrainien abattu après son décollage de Téhéran par un missile iranien tiré "par erreur", les autorités iraniennes, via Amirali Hajizadeh, commandant de la branche aérospatiale des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont, dans une déclaration d'une dizaine de minutes, présenté la chronologie du drame. 

La responsabilité de l'accident, qui a fait 176 morts, essentiellement des Iraniens et des Canadiens, mais également des Afghans, des Britanniques, des Suédois et des Ukrainiens, a été endossée ce jour par l'Iran.

"J'endosse la responsabilité totale"

Dans un premier temps, ce dernier a assuré n'avoir été mis au courant alors qu'il était dans l'ouest du pays, après que l'Iran a tiré des missiles contre des bases américaines, ndlr)."

"J'endosse la responsabilité totale (de cette catastrophe) et je me plierai à toute décision qui sera prise. J'aurais préféré mourir plutôt que d'assister à un tel accident", poursuit-il. 

Puis, dans la suite de son allocution, ce dernier n'hésite pas à pointer du doigt les autorités américaines. 

"La nuit de l'accident (...) l'état d'alerte était au niveau guerre. Cette nuit-là, nous étions prêts pour un conflit total", à cause des menaces américaines, dit-il.

A ce moment-là, "je considère (la guerre) probable (...) en raison de la présence de nombreux avions dans le ciel (du Moyen-Orient), des avions de guerre et quelques bombardiers" envoyés en renfort.

"C'est la conséquence de la malfaisance de l'Amérique, des tensions qu'elle crée dans la région et de ses actions."

"Nous sommes attristés, nous sommes désolés."

En ce qui concerne le drame en lui-même, Amirali Hajizadeh précise. "Etant donné les informations qui lui ont été données sur le fait que c'est une situation de guerre et que des missiles de croisière ont été tirés, l'opérateur (du système de missile ayant abattu l'avion) identifie (l'avion) comme un missile de croisière."

"Il était obligé de contacter (un échelon supérieur) et d'obtenir vérification (de la cible)."

C'est à ce moment précis que l'erreur aurait été commise. "Son son système de communication a apparemment été perturbé. Il y a peut-être eu un brouillage du système, ou le réseau était occupé. Quoi qu'il en soit, la conséquence est qu'il n'a pu contacter personne".

"Il avait dix secondes pour décider. Il pouvait décider de tirer ou de ne pas tirer. Malheureusement, étant donné les circonstances, il a pris la mauvaise décision: le missile est tiré et l'avion est touché", complète-t-il. 

Pour lui, "l'un de nos (hommes) a commis une erreur et comme il est sous notre commandement (...) la responsabilité doit nous incomber. Nous sommes attristés (...) nous sommes désolés."

"Malheureusement, à cause d'une décision prise à la hâte par une personne, cette grande catastrophe a eu lieu."

Pourquoi ne pas admettre plus tôt? 

Sur ce point, le général laisse entendre que l'état-major a commencé à soupçonner une erreur des forces armées dès mercredi et a formé en conséquence une commission d'enquête.

"La raison pour laquelle il a fallu attendre plusieurs jours pour que cela soit annoncé n'est pas que certains voulaient cacher la vérité" mais que la "procédure" en pareille situation est que "nous ne sommes pas autorisés à dire quoi que ce soit à qui que ce soit."

L'enquête est menée rapidement, dit le général, et "vendredi, presque toutes les informations sont rassemblées et la nature de l'accident apparaît alors clairement".

"Nos collègues de l'aviation civile (...) n'ont commis aucune faute. Nous sommes les seuls fautifs."

Vols commerciaux maintenus: "erreur" 

Pourquoi les vols commerciaux n'ont pas été annulés cette nuit là ? La question a été posée au général par la télévision.

"Je ne veux accuser personne", a-t-il répondu. "Naturellement cette question fera l'objet d'une enquête (...)." 

"De mon point de vue, quand la situation tourne à la guerre", la décision d'annuler le trafic aérien civil doit être prise "par les autorités compétentes, mais (...) cela n'a pas eu lieu."

"L'organisation de l'aviation civile n'est pas fautive. On ne leur a pas demandé" d'annuler les vols.

"C'est une erreur et un problème des forces armées" seules.