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Russie: un rappeur critique des autorités condamné à 12 jours de prison

"Il est évident qu'il s'agit d'une violation grossière de la souveraineté de la Syrie", a affirmé le ministère russe des Affaires étrangères.

"Il est évident qu'il s'agit d'une violation grossière de la souveraineté de la Syrie", a affirmé le ministère russe des Affaires étrangères. - AFP

Jeudi en Russie, un rappeur critique du pouvoir a été condamné à 12 jours de prison pour s'être produit dans la rue.

Le rappeur russe Husky, aux textes parfois critiques du pouvoir et de la religion, a été condamné jeudi à 12 jours de prison pour s'être produit dans la rue après l'annulation de plusieurs de ses concerts, selon lui sous la pression des autorités, a indiqué son avocat.

Le tribunal Pervomaïski de Krasnodar (sud) a condamné le rappeur de 25 ans à 12 jours de prison pour "hooliganisme", a indiqué à l'agence de presse Interfax son avocat, Alexeï Avanessian.

A l'issue d'une seconde audience, le tribunal a en revanche acquitté le chanteur originaire de Sibérie des faits d'"organisation d'un rassemblement non-autorisé" dont il était aussi accusé.

"Trois procès-verbaux ont été dressés contre lui"

Très connu en Russie depuis deux ans, Husky, de son vrai nom Dmitri Kouznetsov, a été emmené par la police alors qu'il chantait sur le toit d'une voiture devant des dizaines de personnes à Krasnodar, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux.

"Trois procès-verbaux ont été dressés contre lui (...) Il risque au maximum 15 jours de prison pour chacune des charges", avait affirmé Alekseï Avanessian, cité par Interfax, avant le procès.

Selon le site Médiazona, qui suit de près l'actualité judiciaire concernant des activistes et opposants, une troisième audience pour "refus de se soumettre à un examen médical" doit avoir lieu dans un autre tribunal.

Plusieurs millions de vues sur Youtube

Husky dépeint dans ses morceaux très écrits, dont les clips totalisent plusieurs millions de vues sur Youtube, une Russie sombre et anxiogène, entre consommation de drogue, violence et pauvreté.

Passé par la faculté de journalisme de la prestigieuse Université de Moscou, il a également joué dans des pièces du metteur en scène Kirill Serebrennikov, actuellement jugé pour une affaire de détournement de fonds qu'il rejette.

Le milieu de la culture subit une pression croissante ces dernières années sous l'influence des milieux conservateurs ou orthodoxes, certains spectacles étant attaqués par des activistes voire interdits par les autorités.

Référence explicite à Lénine

Husky devait se produire mercredi dans une salle de Krasnodar mais ses gérants ont annulé l'événement après avoir reçu des avertissements officiels pour "extrémisme", selon l'agence Ria Novosti, citant les autorités locales.

Face à ce refus, le rappeur aurait voulu organiser un autre concert dans un club de la ville. Selon son manager, interrogé par le site d'information Meduza, la salle a été privée d'électricité pendant le réglage des instruments. Le rappeur aurait alors décidé de se produire dans la rue.

Fin octobre, l'artiste originaire d'Oulan-Oudé, en Sibérie orientale, avait rapporté sur le réseau social russe VK que plusieurs de ses concerts avaient été annulés sous pression des autorités, notamment au prétexte d'"appel au cannibalisme".

Dans le texte "Poème à la patrie", Husky évoque la consommation d'une "viande qui sentait comme une vieille momie oubliée dans un mausolée", une référence explicite à Lénine. Le clip d'un titre évoquant la religion et la drogue, "Judas" a été bloqué sur Youtube, selon lui, à la demande des autorités.

B.L. avec AFP