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Le Bangladesh, 2ème fournisseur de textile d'Europe, craint une fuite des industriels

Depuis l'effondrement de l'immeuble Rana Plaza, les ouvriers bangladais ne cachent pas leur colère et n'hésitent pas à manifester pour de meilleures conditions de travail.

Depuis l'effondrement de l'immeuble Rana Plaza, les ouvriers bangladais ne cachent pas leur colère et n'hésitent pas à manifester pour de meilleures conditions de travail. - -

L’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh le 24 avril dernier a attiré l’attention des médias sur les conditions de travail dans le pays, véritable usine de l’industrie textile mondiale. Retour en trois points sur la situation au Bangladesh, petite-main des grands groupes textiles mondiaux.

Depuis le drame du Rana Plaza, qui a fait 1.127 morts le 24 avril près de Dacca, au Bangladesh, le monde a les yeux rivés sur le pays, ses fragilités et sa position centrale sur le marché de l’industrie textile mondiale.

Les fabricants de textile au Bangladesh ont salué mercredi un accord pris par plusieurs grandes marques occidentales d'habillement pour améliorer la sécurité des usines du pays. Les groupes français n’ont toujours rien signé, malgré les étiquettes Auchan et Camaïeu retrouvées dans les ruines mercredi 15 mai, preuve de leur présence dans la région.

BFMTV.com fait un tour d’horizon, en trois questions, de la situation.

> Pourquoi le Bangladesh est-t-il devenu un vivier de l'industrie textile?

Une main d’œuvre nombreuse et pas chère - Le pays possède deux aspects essentiels dans le choix des industries étrangères de s'y installer: des coûts faibles, une main d’œuvre peu chère (29 euros par mois en moyenne) et une grande capacité de production, due en partie au grand nombre de travailleurs (entre 3 et 4 millions).

La Chine s’éloigne du marché - C’est en partie grâce à la Chine que le Bangladesh c’est imposé petit à petit sur le marché mondiale de l’industrie textile. En 2013, le pays est même devenu le 2ème fournisseur de textile pour l’Europe.

Le poids de la Chine dans l’industrie textile a diminué depuis quelques années. Les salaires des ouvriers augmentent, les travailleurs chinois se désintéressent du secteur et la priorité économique va aux industries plus modernes. Peu à peu, les industries textiles se sont tournées vers le Bangladesh qui est devenu une de leur destination privilégiée.

> Quelle est la place des marques françaises au Bangladesh?

Les groupes Français refusent d’être impliqués - Des étiquettes des enseignes Auchan et Camaieu ont été retrouvées mercredi 15 mai dans les décombres du Rana Plaza. Un indice gênant indiquant que les trois groupes faisaient sans doute produire une partie du textile dans l’immeuble effondré. Gênant, car ils nient catégoriquement avoir un lien avec les anciens ateliers.

En ce qui concerne l’accord sécurité proposé par leux confédérations syndicales internationales, IndustriAll et UNI Global Union, la France est à la traine par rapport aux autres pays occidentaux: le groupe italien Benneton a rejoint mardi 14 mai le britannique Marks and Spencer ainsi que les espagnol Inditex (Zara) et Mango, le suédois H&M (Hennes et Mauritz) et le groupe américain C&A.

L'UNI a confirmé également les signatures de l’américain PVH (Tommy Hilfiger, Calvin Klein), de l’allemand Tchibo.sq et des britanniques Tesco et Primark.

L’UNI force la main à Carrefour - L’accord sécurité prévoit qu’un "inspecteur chef", indépendant des entreprises et des syndicats, conçoive un programme d’inspection "crédible et efficace" de la sécurité incendie. Les syndicats réclament également la présence d’experts pour mener "un examen complet des normes et réglements actuels dans le bâtiment pour les entreprises de prêt-à-porter".

Le secrétaire-général de l’UNI, Philip Jennings a averti mardi le groupe français Carrefour et l’américain Gap que "le compte à rebours [était] lancé ", "afin qu’ils démontrent leur préoccupation à l’égard de la main d’œuvre qu’ils emploient au Bangladesh ".

Les syndicats ont fixé au mercredi 15 mai à minuit, la date-limite pour ses signataires.

> Quelles sont les conséquences de la catastrophe pour le pays?

Economique - Depuis l’effondrement de l'immeuble; l’inquiétude est grande de voir les investisseurs quitter le pays.

L’activité économique du pays est bloquée chaque semaine par des grèves générales qui inquiètent les agences de notation. La semaine dernière, Moody’s a placé sous perspective négative la note du Bangladesh à cause "des grèves et catastrophes industrielles" récentes.

Social – La tragédie du Rana Plaza a relancé les critiques sur "les ateliers de la misère". Depuis des années des ONG dénoncent les conditions de travail désastreuses et les normes de sécurité non respectées dans l’industrie textile. Des voix s’élèvent pour réclamer une hausse du salaire minimum mensuel des ouvriers qui est de 38 dollars (29 euros).

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Alizée Golfier