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L'Otan frappe Tripoli, Moscou et Pékin négocient

Les avions de l'Otan ont frappé mardi par vagues régulières des cibles à Tripoli. La capitale libyenne n'avait jamais subi de bombardements d'une telle intensité depuis le début des raids occidentaux contre le régime du colonel Kadhafi, en mars. /Photo pr

Les avions de l'Otan ont frappé mardi par vagues régulières des cibles à Tripoli. La capitale libyenne n'avait jamais subi de bombardements d'une telle intensité depuis le début des raids occidentaux contre le régime du colonel Kadhafi, en mars. /Photo pr - -

par Peter Graff TRIPOLI (Reuters) - Les avions de l'Otan ont frappé mardi par vagues régulières des cibles à Tripoli, qui n'avait jamais subi de...

par Peter Graff

TRIPOLI (Reuters) - Les avions de l'Otan ont frappé mardi par vagues régulières des cibles à Tripoli, qui n'avait jamais subi de bombardements d'une telle intensité depuis le début des raids occidentaux contre le régime du colonel Kadhafi, en mars.

Dans l'après-midi, les avions frappaient régulièrement, toutes les heures, des cibles dans diverses parties de la capitale, faisant voler en éclats les vitres des fenêtres et provoquant des colonnes de fumée grise dans le ciel.

Ces bombardements intenses en plein jour ont commencé lundi et se poursuivaient mardi plus de cinq heures après avoir été déclenchés vers 11h00 locales (09h00 GMT).

Jusque-là, les frappes aériennes sur la capitale étaient sporadiques et généralement menées de nuit.

Des bombes sont tombées sur les environs de l'immense caserne de Bab al Azizia, où réside normalement Mouammar Kadhafi, qui a appelé mardi dans un message diffusé par la télévision libyenne la population de Tripoli à le rejoindre.

Un responsable a précisé à la presse regroupée sous haute surveillance dans un hôtel de la capitale que les cantonnements des gardes révolutionnaire et populaire avaient été touchés, mais il n'a fourni aucun bilan.

A Naples, QG de l'opération de l'Otan en Libye, un responsable a confirmé que les bombardements actuels étaient les plus intenses lancés jusqu'à présent contre la capitale.

"Il s'agit juste d'accroître la pression sur le régime de Kadhafi", a-t-il dit en précisant que les cibles restaient les mêmes: centres de commandement ou de contrôle, dépôts de véhicules et de munitions - tout "ce que le régime de Kadhafi peut utiliser pour attaquer les civils".

Dans l'Est contrôlé par les rebelles, l'impasse persiste entre insurgés et loyalistes, aucun camp ne s'avérant en mesure de tenir la route entre Ajdabiah, que tiennent les premiers, et le port pétrolier de Brega, aux mains des kadhafistes.

MOSCOU VEUT S'INTERPOSER

Surmontant leurs traditionnelles préventions contre toute ingérence dans les affaires intérieures d'un pays, Russie et Chine ont entrepris d'établir des ponts avec le Conseil national de transition (CNT) des rebelles à Benghazi, d'où est partie la révolte contre Kadhafi, au pouvoir depuis plus de 41 ans.

S'estimant bien placée pour exercer une médiation dans la guerre civile en Libye, où elle possède de gros intérêts, la Russie a dépêché dans la capitale de la Cyrénaïque Mikhaïl Margelov, représentant spécial du président russe Dmitri Medvedev en Afrique. .

"La Russie jouit actuellement d'une position unique en Libye: nous n'avons pas rompu nos relations avec Tripoli, nous avons établi des relations avec Benghazi", a-t-il dit à son arrivée. "Nous sommes prêts, si c'est possible, à jouer les médiateurs pour nouer une dialogue politique interne à la Libye".

Lors du récent sommet du G8 à Deauville, Dmitri Medvedev s'était joint à ses homologues occidentaux pour réclamer le départ de Mouammar Kadhafi et s'est posé en médiateur. Selon Margelov, Kadhafi a "perdu sa légitimité dès la première balle tirée contre le peuple libyen".

La Russie, qui avait soutenu une première résolution du Conseil de sécurité de l'Onu sanctionnant le régime de Kadhafi, s'était abstenue lors du vote sur une seconde résolution autorisant une intervention militaire pour protéger le peuple libyen et estime que l'Otan va au-delà de son mandat.

De son côté, le ministre libyen des Affaires étrangères, Abdelati Obeidi, est en visite à Pékin au moment où la Chine entend jouer un rôle plus actif en vue de trouver une solution à la guerre civile en Libye.

Selon Hong Lei, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, l"émissaire spécial" de Kadhafi doit rencontrer son homologue chinois, Yang Jiechi, pour "échanger des points de vue sur la situation en Libye et sur une solution politique à la crise libyenne".

KADHAFI PRÉFÈRE LE MARTYRE

Cette visite avait été précédée par une rencontre entre un diplomate chinois en poste en Egypte et des membres du CNT basés à Benghazi. Auparavant, l'ambassadeur de Chine au Qatar a rencontré Moustafa Abdeldjeïl.

"La Chine oeuvre avec toute la communauté internationale à trouver une solution politique à la crise libyenne", a expliqué Hong, semblant sous-entendre que les jours de Kadhafi à la tête de la Libye sont comptés et que le temps de négocier un arrêt des combats s'épuise.

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a déclaré que Paris, première capitale occidentale à avoir reconnu la rébellion, considérait le CNT comme représentatif du peuple libyen. Le CNT a été encouragé par le secrétaire au Foreign Office, William Hague, qui s'est rendu samedi à Benghazi, à préparer sérieusement l'après-Kadhafi.

La ministre espagnole des Affaires étrangères, Trinidad Jimenez, est attendue dans la ville rebelle mercredi pour y rencontrer Abdeldjeïl et d'autres membres du CNT, avant de prendre part jeudi à Abou Dhabi à la troisième réunion des membres de la coalition anti-kadhafiste.

Les gouvernements occidentaux et les rebelles considèrent que l'addition de l'isolement diplomatique de Tripoli, du soulèvement populaire contre Kadhafi et des raids de l'Otan hâteront la chute du colonel, qui a juré de rester au pouvoir et de ne pas quitter son pays.

Le colonel, qui n'est pas apparu en public depuis une semaine, a confirmé dans un enregistrement audio diffusé mardi par la télévision libyenne qu'il entendait rester à Tripoli "mort ou vif". "Nous ne nous rendrons pas. Le martyre est un million de fois préférable."

Selon l'International Crisis Group (ICG), l'exigence des rebelles et de l'Otan que Kadhafi quitte le pouvoir et les menaces de le traduire devant la justice internationale pour crimes de guerre ne peut que l'encourager à s'accrocher au pouvoir jusqu'au bout.

Avec Cherine el Madany à Benghazi, Justyna Pawlak à Bruxelles Steve Gutterman à Moscou et Chris Buckley à Pékin, Marc Delteil pour le service français, édité par Gilles Trequesser