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Cyclotouristes tués au Tadjikistan: le principal suspect condamné à la perpétuité

Hussein Abdoussamadov a été condamné à la prison à perpétuité.

Hussein Abdoussamadov a été condamné à la prison à perpétuité. - LOIC VENANCE / AFP

Mercredi au Tadjikistan, le principal suspect de l'assassinat des quatre cyclotouristes a été condamné à la perpétuité.

La justice tadjike a condamné mercredi à la prison à perpétuité un homme ayant prêté allégeance au groupe jihadiste Etat islamique (EI) considéré comme le meneur du gang armé qui avait assassiné en juillet quatre cyclotouristes occidentaux dans ce pays d'Asie centrale.

Cette attaque avait constitué un coup dur pour les autorités du Tadjikistan, un pays laïc dont la population est en majorité sunnite, qui ont fait de la lutte contre l'intégrisme religieux une priorité et cherchent à promouvoir ses paysages désertiques et montagneux spectaculaires pour développer le tourisme.

"Je ne suis pas satisfaite du jugement "

Hussein Abdoussamadov, 33 ans, "a été condamné à la prison à perpétuité", a dit une source à la Cour suprême, confirmant des propos d'un avocat à la sortie de l'audience. Il a été reconnu coupable de neuf chefs d'accusation, dont celui de terrorisme.

Son procès s'était ouvert le 23 octobre dans le centre de détention de haute sécurité où il est emprisonné.

Goultchekhra Chodmonova, la mère de l'accusé présente à la sortie de la prison, a aussitôt annoncé vouloir interjeter appel : "Je ne suis pas satisfaite du jugement du tribunal", a-t-elle déclaré.

Coup dur pour les ambitions touristiques du Tadjikistan

Après son arrestation, Hussein Abdoussamadov avait avoué avoir tué, avec d'autres hommes armés, les Américains Jay Austin et Lauren Geoghegan, le Néerlandais René Wokke et le Suisse Markus Hummel, qui parcouraient au Tadjikistan la célèbre route du Pamir dans les montagnes d'Asie centrale.

Les touristes avaient été fauchés fin juillet par une voiture et attaqués par des hommes armés dans la région de Danghara, à 150 kilomètres au sud de la capitale Douchanbé. Une Suissesse et un Néerlandais avaient quant à eux été blessés, tandis qu'un touriste français s'en était sorti indemne.

L'attaque avait porté un dur coup aux ambitions touristiques du Tadjikistan, un pays pauvre et privé de ressources naturelles qui avait simplifié les procédures de délivrance des visas pour les Occidentaux et même déclaré 2018 "année du tourisme" afin de tenter de développer ce secteur encore embryonnaire.

13 autres condamnés 

Outre Hussein Abdoussamadov, deux accusés ont été condamnés à des peines de 16 ans de prison pour participation à une groupe criminel et extrémiste. Onze autres ont été condamnés à des peines atteignant un an et demi de prison pour ne pas avoir fourni des informations qui auraient pu empêcher l'attaque tandis qu'une femme, enceinte, a vu son procès reporté.

Quatre complices présumés d'Hussein Abdoussamadov avaient été tués au cours d'une opération de police.

Renaissance islamique

L'EI a revendiqué cette attaque et diffusé une vidéo dans laquelle Hussein Abdoussamadov et ses quatre complices présumés prêtent allégeance à l'organisation jihadiste.

Les autorités tadjikes mettent pour leur part en cause le parti d'opposition de la Renaissance islamique, interdit depuis 2015, qui avait de son côté rejeté toute implication.

Selon la source à la Cour Suprême interrogée mercredi après le procès, Hussein Abdoussamadov était bien un membre du parti de la Renaissance islamique mais a combattu "du côté de l'Etat islamique" en Irak et Syrie. Elle n'a pas fourni d'autres détails.

Mesures radicales

Les autorités du Tadjikistan, un pays voisin de l'Afghanistan, estiment que près de 1.900 Tadjiks ont rejoint les jihadistes en Irak et en Syrie.

Elles ont pris en 2015 des mesures radicales pour contrer l'influence des extrémistes religieux, parmi lesquelles le rasage forcé des barbes et une campagne contre le port du hijab.

Les autorités ont aussi interdit le parti de la Renaissance islamique, alors le seul parti islamique légal au Tadjikistan, l'accusant d'avoir cherché à y instaurer un "Etat islamique".

Début novembre, une émeute dans une prison où été enfermés des combattants de l'EI, "déclenchée" selon des sources sécuritaires par un "ancien membre" de cette organisation jihadiste, a fait au moins 26 morts.

Depuis l'attaque de juillet, un petit mémorial a été érigé à l'endroit où les quatre touristes ont été tués. Ils circulaient alors sur la route qui relie le Kirghizstan voisin au nord à la frontière afghane au sud, un itinéraire apprécié des voyageurs pour sa difficulté et ses paysages spectaculaires.

B.L. avec AFP