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Pollution en Chine: des collégiens obligés de passer leurs examens dans un nuage toxique

Une petite fille à Shijiazhuang, dans le nord de la Chine, le 21 décembre (photo d'illustration)

Une petite fille à Shijiazhuang, dans le nord de la Chine, le 21 décembre (photo d'illustration) - Greg Baker-AFP

Alors que la Chine a connu un pic de pollution pendant six jours, que des mesures d'urgence ont été prises et que les écoles étaient censées fermer, le principal d'un collège a jugé bon de maintenir les examens de ses élèves. Ils ont dû plancher toute la journée dehors dans le froid et le brouillard toxique.

Le ciel est redevenu bleu ce jeudi à Pékin, accablée pendant six jours par un pic de pollution grisâtre qui a touché un tiers des 1,37 milliard de Chinois et déclenché l'alerte rouge dans les grandes villes du nord du pays. L'arrivée de vents froids a permis de dissiper le nuage toxique. Cet épisode de pollution a suscité plusieurs polémiques.

Agenouillés sur le sol

Comme dans la province voisine du Henan. Des photos ont montré plus de 400 élèves participant lundi dans un épais brouillard pollué à un examen sur le terrain de foot de leur collège pourtant fermé - il est habituel en Chine de faire passer les examens à l'extérieur afin d'éviter toute tricherie. Selon l'agence Chine nouvelle, les élèves ont dû plancher malgré le froid pendant une journée entière.

Sur les images, les silhouettes des enfants, agenouillés et portant des gants, se distinguent à peine. Un simple tabouret fait office de table. Certains portent un masque, mais trop fin pour les protéger véritablement de la pollution. "Nous avons pensé que comme tout était déjà organisé, il aurait été dommage de ne pas aller jusqu'au bout", a confié le principal à Dahe News, un journal local. Il a depuis été suspendu, a annoncé l'agence.

460 millions de personnes touchées

Depuis le 16 décembre, la capitale, comme 27 autres grandes villes du nord de la Chine, avait décrété une alerte rouge qui a permis de déclencher des mesures d'urgence: fermeture d'écoles, arrêt ou réduction de la production dans les usines, circulation alternée, renfort de bus électriques ou encore interruption des chantiers. Des centaines des vols ont également été annulés en raison du manque de visibilité.

L'alerte a finalement été levée mercredi soir à Pékin, qui avait décrété sa première alerte rouge en décembre 2015, en pleine conférence de Paris sur le réchauffement climatique. Le nuage toxique de pollution s'est étendu sur une surface totale de 1,88 million de km2, soit plus de trois fois la superficie de la France. Quelque 460 millions de personnes ont été affectées au total, selon Greenpeace, soit presque la population de l'Union européenne.

Les mesures d'urgence pas toujours respectées

Mais les mesures d'urgence n'ont pas toujours été respectées. Dans le Hebei, province industrielle du nord-est qui entoure Pékin, plusieurs aciéries et cimenteries n'ont pas respecté les interdictions de production. À Pékin, sur la seule journée de mardi, plus de 80.000 véhicules ont enfreint la circulation alternée. Autre polémique: alors que le pic de pollution asphyxiait depuis six jours une grande partie du nord de la Chine, certaines autorités ont tardé pour fermer les écoles.

Shijiazhuang, capitale de la province du Hebei, était en alerte rouge. Mais les autorités ont attendu mardi soir avant d'ordonner la fermeture des écoles maternelles et primaires, une mesure pourtant prise dans les métropoles voisines de Pékin et Tianjin. Les collèges et lycées n'ont quant à eux pas été contraints de fermer.

Le nuage toxique pourrait paradoxalement être la conséquence de mesures anti-pollution, selon le quotidien officiel China Daily. Le gouvernement central a fait fermer de nombreuses aciéries ces derniers mois, entraînant une hausse des prix de l'acier. Celle-ci aurait poussé les sidérurgistes restants... à augmenter leur production pour bénéficier de la remontée des cours, s'alarme un expert interrogé par le journal.

Céline Hussonnois-Alaya avec AFP