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La Chine veut noter ses citoyens avec un indice de "confiance"

Alibaba, géant de l'internet chinois, possède des titres de presse comme le South China Morning Post.

Alibaba, géant de l'internet chinois, possède des titres de presse comme le South China Morning Post. - ANTHONY WALLACE / AFP

Que la vie en société repose sur la confiance est une chose. Mais qu'un Etat distribue ou retire des "crédits sociaux" comme il en va chez nous du permis de conduire à points, en est une autre.

Comment parvenir à la "société socialiste harmonieuse"? Le Parti communiste chinois avance une réponse. Il veut restaurer la "sincérité" dans la société. Les autorités du pays, affirme le journal britannique The Independent, pourraient mettre en place pour chaque citoyen, mais aussi pour les personnes morales comme les sociétés, un indice mesurant la "confiance" que l'Etat place en elles.

Pour réformer la société civile, serait-ce à marche forcée, la mise en place du système ne va pas sans son échelle de sanctions. Si des récompenses existent pour les citoyens au bon comportement, il n'est pas seulement question d'une mesure incitative fondée sur la participation de tous au bien commun, mais surtout d'un procédé de restriction graduée des libertés fondamentales. Il pourrait voir le jour très vite, dès 2020.

Vous voulez voyager, contracter un crédit?

La dystropie (utopie qui tourne mal), que laisse entrevoir la mise en place de cette évaluation permanente, semble échappée des pires cauchemars de la science-fiction. Impossible de ne pas penser à 1984, de George Orwell et à son "Big brother", personnification d'un Etat totalitaire qui surveille tout le monde, tout le temps.

Sans aller jusque-là, un document politique de haut niveau datant de septembre liste déjà les sanctions auxquelles pourraient s'exposer le personnalités "antisociales". Contracter un crédit, voyager ou inscrire ses enfants à l'école pourraient devenir compliqué pour les gens en déficit de "crédits sociaux".

Un calcul de crédits encore à l'essai

Pour calculer l'indice individuel de conformité sociale des citoyens, diverses bases de données seront croisées. Les renseignements fiscaux, les informations d'état civil, les infractions même mineures, seront compilées au sein d'un fichage centralisé.

La façon dont sera calculé le score de chacun reste un secret d'Etat, à base d'algorithmes complexes. Déjà, des expériences sont menées auprès de plusieurs sociétés privées. Sesame Credit, la branche financière du géant du web Alibaba, en est le plus saillant exemple, explique BBC News. Le "big data" issu de la surveillance des habitudes de consommation de 400 millions d'utilisateurs sera mis à contribution.

Mieux, les utilisateurs du site marchand sont invités à se vanter de leur bon score auprès de leurs amis, voire de leurs partenaires. Déjà, les "Sesame Credits" peuvent être utilisés pour réserver un hôtel sans avoir à laisser des arrhes, témoigne une consommatrice chinoise séduite par le procédé. Sur la base du volontariat, précise la compagnie, des réservations VIP sont accessibles pour une chambre d'hôtel ou la location d'une voiture. Pour l'instant, les détracteurs d'un système basé sur l'idée de réputation, avec tout les risques de dérive que cela comporte, ne sont guère entendus.

Dans le long document consulté par les médias britanniques, soit un plan détaillé de généralisation de ce système, certaines professions sont aussi mentionnées comme particulièrement sensibles. Ainsi, les enseignants, comptables, journalistes, médecins, vétérinaires ou guides touristiques seront-ils particulièrement observés.

David Namias