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Aux Philippines, le budget annuel des droits de l'Homme fixé à 16 euros

Des Philippins manifestent à Manille contre la "guerre" controversée menée par le président Duterte

Des Philippins manifestent à Manille contre la "guerre" controversée menée par le président Duterte - Noel CELIS / AFP

Cette décision de la Chambre des représentants des Philippines s'inscrit, selon les détracteurs du gouvernement, dans une campagne pour museler toute opposition à la "guerre" philippine contre les stupéfiants.

Les parlementaires philippins n'apprécient pas ceux qui critiquent la "guerre" contre la drogue menée par le président Rodrigo Duterte, et ils le font savoir. Ce mardi, ils ont voté une réduction drastique du budget de la Commission des droits de l'Homme. Or, cette institution enquête sur la compagne controversée contre les stupéfiants, qui s'est déjà traduite par la mort de milliers de personnes.

La Chambre des représentants a décidé de ramener les fonds alloués à la Commission des droits de l'Homme à 1.000 pesos, soit 16 euros, dans le projet de budget 2018. "Cela nous place sur une trajectoire directe vers la dictature", a dénoncé le sénateur Francis Pangilinan, chef du Parti libéral, principal mouvement de l'opposition.

La Commission des droits de l'Homme est l'un des organes indépendants inscrits dans la Constitution pour surveiller le travail de l'exécutif. Elle enquête notamment sur quelques-uns des 3.800 décès de toxicomanes ou trafiquants de drogue présumés abattus par la police et les forces de sécurité dans des opérations "légitimes" selon ces dernières.

"Nous ne permettrons pas que cela passe au Sénat"

Le budget doit encore être voté par le Sénat, et Francis Pangilinan a promis une très forte opposition à cette loi à la chambre haute. "Nous ne permettrons pas que cela passe au Sénat, même si cela signifie que le budget 2018 n'est pas voté", a-t-il affirmé.

Le sénateur indépendant Panfilo Lacson, un ancien commandant de police, a indiqué dans une interview à la radio DZMM que la version préliminaire du budget préparée par le Sénat préconisait une allocation de 678 millions de pesos à la Commission des droits de l'Homme.

Si les deux chambres diffèrent sur leurs versions du budget, elles doivent se réunir pour rédiger une version commune qui est ensuite soumise au vote des deux chambres, avant d'être signée ou censurée par le président.

Arrestation d'une opposante

La "guerre contre la drogue" de Rodrigo Duterte a déclenché une importante vague de violences dans le pays, qui a été marquée par la mort dans des circonstances inexpliquées de milliers d'autres personnes.

Les organisations de défense des droits de l'Homme accusent les autorités de laisser des milices faire leur basse besogne, ce que le gouvernement dément.

Une des principales opposantes du président, la sénatrice Leïla de Lima, a été arrêtée en février pour des raisons qualifiées de "politiques" par une résolution du Parlement européen. Cette ancienne ministre considérée par l'ONG Amnesty International comme une prisonnière d'opinion était auparavant présidente de la Commission des droits de l'Homme. 

J.P. avec AFP