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Visite médicale de Trump: 5 questions pour comprendre 

Donald Trump

Donald Trump - Saul Loeb - AFP

Alors que son état physique et mental inquiète de plus en plus, Donald Trump est attendu le 12 janvier prochain pour une visite médicale. Pour François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis et consultant pour BFMTV, on devra prendre avec des pincettes l'expertise livrée.

Quel est l’état physique et mental du président des Etats-Unis? La question inquiète une partie du monde. Ce 12 janvier, Donald Trump va devoir se soumettre à un examen médical. Mais selon François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis et consultant pour BFMTV, ce bilan de santé ne devrait pas lever les ambiguïtés. 

BFMTV.com revient en cinq questions sur ce premier examen de santé officiel du président Trump. 

> La visite médicale des présidents américains est-elle un rituel classique?

"C’est une pratique qui a été médiatisée au fil du 20e siècle. Il faut savoir que les débats français sur la santé des présidents ont eu lieu bien avant aux Etats-Unis. Un président comme Roosevelt était atteint de maladie grave, en plein conflit mondial. A l’époque, il n’y avait pas de bulletin de santé des présidents, c’était soigneusement caché. Un président comme John Fitzgerald Kennedy incarnait la santé, sauf que l’histoire a rectifié cette image d’un président qui avait une santé de fer. C’était un homme qui souffrait de douleurs au dos très dures. Il avait même déjà reçu l’extrême onction au cours de sa vie, avant d’être président. Au cours des années 60 et 70, ces bulletins de santé ont commencé à être médiatisés. Ils ont fait l’objet de la part de la presse américaine de plus d’attention. Et l’opinion publique américaine a commencé à s’intéresser à la santé du président." 

> Sa santé mentale peut-elle être examinée? 

"Lorsqu’un bulletin de santé est validé par la Maison Blanche, effectivement, on peut prendre avec des pincettes l’expertise qui est livrée. On imagine bien par exemple que le 12 janvier, l’expertise ne va pas rendre compte d’un président américain qui serait déséquilibré sur le plan psychiatrique. Beaucoup d’Américains seraient intéressés à ce que le président américain passe entre les mains d’un psychiatre indépendant pour pouvoir livrer son diagnostic sur le cas Donald Trump. Pour l’instant, cette expertise n’est livrée qu’à distance. Donc on imagine bien que ce sera un bulletin de santé assez classique." 

> Quelle est la valeur de ces visites médicales?

"Aux Etats-Unis, il y a de plus en plus de débats aujourd’hui autour du 25e amendement de la Constitution. Il a été ratifié en 1967. Il prévoit que le président peut être remplacé par son vice-président. La démarche est quand même assez complexe. Les juristes américains qui se sont penchés sur ce cas sont d’accord pour dire que ce sera extrêmement compliqué. Il faut que le vice-président, Mike Pence, et plus de la moitié du cabinet, c’est-à-dire le gouvernement, se prononcent pour le remplacement du président. A ce moment-là, il est remplacé par le vice-président. Mais le président peut contester. Dans ce cas, c’est le Congrès, qui par une majorité des deux tiers, doit valider le remplacement du président par son vice-président, pour des raisons notamment de santé. C’est un processus long, complexe, qui n’est guère plus facile que la procédure d’impeachment dont beaucoup parlent." 

> Que peut faire Trump de ce bilan de santé?

Ce sera un élément de communication de la Maison Blanche. Elle va pouvoir communiquer sur le fait que le président est en bonne santé. C’est un trait de communication qui ne date pas du Trump président, mais du Trump candidat. Pendant la campagne, il faisait déjà de sa santé un élément de son succès. Il s’était appuyé sur un certain nombre d’informations ou de fausses informations sur la santé d’Hillary Clinton. Ce différentiel de santé devait jouer en faveur de Donald Trump, alors même que l’écart d’âge entre les deux ne justifiait pas qu’il se mette en avant comme étant en bien meilleure santé. On l’a même vu en très grande fatigue lors du deuxième débat télévisé. Mais pendant toute sa campagne, il a fait de sa santé un élément très fort. Donc on peut déjà presque anticiper les tweets post-12 janvier, où on aura un président non seulement 'génial', non seulement 'équilibré', mais en plus qui aura 'la santé la plus éclatante que tous les présidents américains ont pu avoir depuis l’origine du pays'".

> Le débat sur l’état de santé de Trump est-il une épine dans le pied du président?

"Le débat va continuer à avoir lieu. La question, c’est la réaction de Trump. Jusqu’à maintenant, il n’avait pas réagi. C’était même presque un élément de sa communication politique: 'On me traite de fou, c’est bien que je suis différent des autres'. Maintenant, il ne veut plus qu’on le traite de fou. Le Trump de la deuxième année, c’est celui qui va tenter de se rapprocher de l’establishment républicain du Congrès. Il a gagné avec lui le mois dernier la réforme fiscale. Donc Trump essaie de se normaliser. En tout cas, de ne pas laisser passer ces accusations de folie. On est peut-être dans le premier virage de sa présidence. C’est peut-être ce qui se joue derrière ces questions autour de la personnalité et de la santé du président. Pourquoi cherche-t-il à montrer à tout le monde qu’il est normal? D’ailleurs, il a fait remarquer qu’on avait en son temps aussi accusé Ronald Reagan. Au lieu de dire 'on me prend pour un fou parce que je ne suis pas un homme politique comme un autre', il dit 'd’autres hommes politiques et les plus importants d’entre eux chez les Républicains ont été accusés d’être fous'." 

Propos recueillis par Antoine Maes