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Tensions États-Unis-Iran: les guerres rendent-elles populaires les présidents américains?

Donald Trump sur une base militaire américaine à Tokyo, en novembre 2017.

Donald Trump sur une base militaire américaine à Tokyo, en novembre 2017. - JIM WATSON / AFP

INFOGRAPHIES. Par le passé, certaines guerres ont rendu très populaires des dirigeants américains. En plein conflit entre l'Iran et les États-Unis, certains opposants à Donald Trump évoquent une manoeuvre politique du président pour améliorer sa popularité.

Depuis l'assassinat vendredi 3 janvier par les Etats-Unis du général iranien Qassem Soleimani, les tensions sont vives entre les deux pays.

Dernier épisode de cette dangereuse escalade diplomatique: la réponse de Donald Trump à la riposte iranienne - l'attaque de deux bases américaines situées en Irak mardi soir. Le président a déclaré mercredi 8 janvier que les Etats-Unis allaient, entre autres, imposer de nouvelles sanctions économiques envers l'Iran jusqu'à ce que le pays "change de comportement".

Un ton certes moins belliqueux que lors des jours précédents mais qui ne rassure pas pour autant les opposants à Trump, qui dénoncent une frappe militaire "disproportionnée et provocatrice". 

Derrière l'opération militaire extérieure, une manoeuvre politique intérieure

Pour le correspondant aux Etats-Unis de Libération, le président américain, "déstabilisé par l’impeachment aurait voulu dissiper les doutes sur son autorité".

Une vision plus ou moins partagée par Jean-Eric Branaa, chercheur à l'Iris et spécialiste des Etats-Unis, qui expliquait vendredi dernier sur le plateau de BFM Business que cette escalade avec l'Iran pourrait servir Donald Trump dans sa course à l'élection présidentielle, qui aura lieu en novembre prochain:

"En situation de guerre, on sait bien que les présidents agrègent (ndlr: de la popularité). Souvenons-nous de George W. Bush qui avait atteint une cote de popularité de 90% derrière lui au début de cette guerre avec l'Irak".

Le président qui dirigeait le pays pendant les attentats du 11 septembre 2001 était en effet devenu le dirigeant américain le plus populaire de tous les temps (90% de taux d'approbation) au moment où il a annoncé son intention de mener une "guerre contre la terreur"

Du Vietnam à la Syrie: la popularité des présidents américains lors des grands conflits

Tous les présidents des Etats-Unis n'ont cependant pas connu une telle popularité à chaque intervention militaire à l'étranger, comme le montre l'infographie ci-dessous.

On note une tendance globale à la hausse dans la plupart des sondages ci-dessous lorsque les guerres débutent. Cependant, on s'aperçoit aussi que cet essor de popularité profite davantage aux présidents républicains (en rouge) qu'aux démocrates (en bleu)

Les Bush au sommet de leur popularité lors de leurs interventions militaires, contrairement à Clinton

George W. Bush atteint par exemple le sommet des sondages après avoir engagé les Etats-Unis au Moyen-Orient à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Tout comme son père George H.W. Bush, très populaire lorsqu'il décide de soutenir le Koweït lors de la première guerre du Golfe, dix ans plus tôt.

Barack Obama, intervenu en Libye aux côtés de la France en 2011, puis en 2014 pour combattre Daesh, va ainsi stagner dans les sondages au moment des interventions. Cette stabilité est encore plus visible lors de l'intervention au Vietnam de Lyndon B. Johnson en 1964. Bill Clinton voit lui son taux d'approbation carrément reculer lorsqu'il intervient au Kosovo en 1999

Pourquoi les Républicains tirent davantage de popularité des guerres ?

Sur le plateau de BFM Business, le chercheur Jean-Eric Branaa explique pourquoi les conflits profitent davantage à la droite américaine qu'à la gauche.

En temps de guerre, les présidents appellent généralement au "patriotisme". Plus sensibles à l'idée de nation, l'immense majorité des Républicains ont donc tendance à se "hisser derrière leur président à travers cette idée". Ce concept peut cependant également séduire une partie de la gauche américaine "puisque parmi les Démocrates, il y a beaucoup de patriotes". 

Une mobilisation transpartisane qui fonctionne donc visiblement moins dans le sens inverse, lorsqu'un démocrate dirige le pays.

Louis Tanca