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Présidentielle américaine: Donald Trump bouscule le jeu

En s'imposant sur des thèmes à la droite de la droite, le magnat de l'immobilier bouleverse le jeu de la politique américaine.

En s'imposant sur des thèmes à la droite de la droite, le magnat de l'immobilier bouleverse le jeu de la politique américaine. - Scott Olson - AFP

Le candidat dominant impose une troisième primaire, la sienne.

Donald Trump a-t-il accéléré le mouvement ou l'a-t-il habilement accompagné? Depuis toujours, il y avait deux primaires dans la course à la Maison Blanche, une par parti. Cette semaine a montré qu'il y en a désormais une troisième et que le paysage politique américain est en train de virer au tripartisme. Non sans rappeler le paysage français et sa division bien établie entre une gauche socialiste, une droite modérée et une droite extrême.

Aux Etats-Unis, contrairement à chez nous, les deux droites cohabitent dans le même parti. L'aile extrême est représentée par Donald Trump, le populiste charismatique et Ted Cruz, l'ultra-conservateur plus classique. Chez les républicains, au niveau national, Trump est en tête avec 34% des intentions de vote, Cruz le suit avec 19%. Ces deux-là sont d'accord à peu près sur tout sauf sur le nom de celui qui doit porter leurs idées violemment anti-immigration.

Lutte d'influence entre modérés et extrêmes

Trump et Cruz ont entièrement dominé le sixième débat télévisé ce jeudi. Dernier débat avant le caucus de l'Iowa qui lancera officiellement la saison des primaires le 1er février. Trump contre Cruz, c'est la première primaire républicaine, la primaire extrême. Ted Cruz est particulièrement populaire dans l'Iowa. Réussira-t-il à mobiliser les austères évangélistes du Midwest pour dépasser le bateleur new yorkais? Trump espère compenser son absence d'organisation sur le terrain par la formidable couverture médiatique que lui assurent ses talents de showman.

Ensuite viendra la seconde primaire. Celle qui opposera le candidat de la droite modérée au vainqueur de la primaire extrême. Nul ne sait à ce stade qui sera le candidat modéré. Les prétendants font pour l'instant pâle figure dans les débats, le discours raisonnable passe moins bien à la télévision. Les commentateurs semblent privilégier Marco Rubio, le brillant sénateur de Floride. Ou alors le très roublard Chris Christie, gouverneur du New Jersey. Alors que Jeb Bush, le frère de l'autre, n'arrive toujours pas à décoller. L'un d'eux finira par émerger et recevra instantanément le soutien des autres et surtout de l'appareil du parti républicain pour affronter le candidat de la droite extrême.

L'establishment du parti, la direction, les relais locaux, les finances, restent très largement aux mains des modérés. On l'a vu cette semaine quand le parti a choisi Nikki Haley pour répondre sur toutes les chaînes au dernier discours sur l'état de l'Union de Barack Obama. Nikki Haley, la gouverneure de Caroline du Sud, fille d'immigrants indiens, s'est livrée à une attaque impitoyable, bien que sans le nommer, contre Donald Trump et sa tentation du repli. Un discours que n'aurait pas renié chez nous une Nathalie Kosciusko-Morizet.

Un candidat extrême est plus facile à battre

A la fin, qui remportera la nomination républicaine? Les politologues américains continuent de privilégier les modérés, plus aptes à gagner cette course de haies longue et complexe que sont les primaires. Mais aujourd'hui 65% des électeurs républicains disent qu'ils pourraient soutenir Donald Trump s'il était le vainqueur. En mars ils n'étaient que 23%.

Et qui préférerait Hillary Clinton? Sa primaire à elle, la troisième donc, se présente un peu moins bien que prévu. Le socialiste Bernie Sanders l'a rattrapée dans la marge d'erreur des sondages dans l'Iowa et devrait la dominer dans le New Hampshire. Ensuite, et sauf accident, Hillary devrait prendre clairement le dessus pour se préparer à la grande explication finale.

Face à qui? Si possible un candidat extrême. C'est la réponse logique. Un candidat extrême est plus facile à battre, c'est ce qu'indiquent encore les sondages. Sauf que s'il est une constante dans cette campagne depuis le début, et en attendant que les premiers électeurs s'expriment effectivement le 1er février, c'est que le poids des extrêmes et de Donald Trump en particulier a été systématiquement sous-estimé.

Jean-Bernard Cadier, correspondant à New York