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Présidentielle 2020 aux États-Unis: pourquoi Trump conserve ses chances d'être réélu

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- - SAUL LOEB / AFP

Le président américain doit officiellement lancer sa campagne de réélection ce mardi, à l'occasion d'un immense meeting à Orlando, en Floride. Faisant récemment l'objet de sondages décevants, Donald Trump peut malgré tout compter sur un important vivier d'électeurs.

L'équation n'est pas évidente. En 2015, Donald Trump était le bouillonnant challenger qui bousculait ses adversaires, faisant fi des codes de la bienséance politique. Quatre ans plus tard, ce mardi soir, il doit officiellement lancer la campagne pour sa réélection à la présidence des États-Unis. Désormais, le trublion est le sortant, le détenteur d'un bilan.

Cette mue oblige le milliardaire à un changement de pied stratégique radical: celui consistant à avoir, derrière lui, une machine politique diablement rodée, à l'instar d'un Barack Obama en 2012. Son directeur de la communication, Tim Murtaugh, a récemment déclaré à Politico que durant la campagne de 2016, l'équipe Trump avait le sentiment de "construire un avion qui était en plein vol". 

Sondages peu flatteurs

Cet aspect un peu "bricolage" n'a pas empêché l'intéressé d'être élu président des Etats-Unis. Et ce, face à la démocrate Hillary Clinton, qui malgré ses impairs de campagne, ses problèmes d'image et les limites de son positionnement, est restée la favorite des sondages jusqu'au bout. 

La situation a changé, qui plus est. Donald Trump dispose maintenant d'une machine redoutable, celle du Parti républicain et sa collecte de fonds. Comme l'indique France Inter, le candidat sortant a recueilli à ce jour plus de 100 millions de dollars. Sa cote de popularité n'est pas resplendissante mais demeure stable, tournant autour des 42% d'opinions positives. Le relatif tassement de l'enquête du procureur Mueller, sur l'ingérence russe dans la dernière présidentielle, a procuré un bol d'air frais au locataire de la Maison blanche.

Une enquête nationale indépendante, publiée par la Quinnipiac University le 11 juin, accordait toutefois une avance à six des 23 postulants à la primaire démocrate sur le président sortant. Selon un autre baromètre provenant de la même source, l'ancien magnat de l'immobilier serait battu au Texas - fief républicain s'il en est - par Joe Biden, l'ex-vice-président de Barack Obama et favori du moment pour l'investiture démocrate. 

S'ajoutent à cela les frasques imprévisibles du chef de l'État. Plusieurs médias américains révélaient lundi le limogeage, par Donald Trump, de sondeurs travaillant au sein de sa propre équipe. Il leur reprochait la fuite de chiffres peu flatteurs pour sa candidature dans des États clés comme l'Iowa, le Michigan ou le Wisconsin. Des régions dont l'électorat populaire blanc, frappé par la désindustrialisation, avait fait le succès originel du milliardaire new-yorkais.

Indicateurs économiques encourageants

L'élection est très lointaine, néanmoins. La popularité flottante de Donald Trump a le temps, d'ici novembre 2020, de s'améliorer (ou de s'effondrer) en fonction de la conjoncture économique. Pour l'heure, les chiffres sont très encourageants: en juillet, les États-Unis connaîtront leur plus longue période ininterrompue de croissance d'emploi depuis les années 1990. Fin avril, la croissance économique s'est établie à 3,2% du PIB, soit 0,7 point de plus que ce que prévoyaient les experts du Wall Street Journal

Si l'embellie se poursuit, Donald Trump fera tout pour s'en octroyer la paternité. Problème, les retombées de la croissance ne se sont pas traduites par des hausses correspondantes en termes de salaires, notamment au sein des classes laborieuses. Au contraire. Depuis la crise financière de 2008, cette courbe-là croît de manière très timide, comme l'a récemment mis en lumière le site Bloomberg. La baisse des impôts décidée par le président a, de surcroît, essentiellement favorisé les segments de population les plus aisés. 

Malgré tout, le socle trumpiste demeure fidèle à son champion, notamment sur la question migratoire, l'un de ses thèmes phares. Le milliardaire tentera par ailleurs de rééditer son succès de 2016 auprès des électeurs indécis. Si la cote actuelle de Donald Trump ne peut lui permettre de revendiquer un soutien majoritaire, son discours populiste peut toujours déjouer les pronostics, qu'il faut toujours prendre avec des pincettes aux États-Unis. Comme le rappelait lundi le Washington Post, la marge d'erreur des enquêtes d'opinion au niveau des États est notoirement importante. 

Quel adversaire?

Enfin, beaucoup dépendra de l'adversaire qui se trouvera face à l'intéressé à l'issue des primaires démocrates. À l'heure actuelle, c'est Joe Biden qui bénéficie de la plus large avance. Héritier des années Obama, l'ex-"Veep" investit un créneau plutôt modéré, qui ne soulève pas les foules mais qui a le mérite de rassurer un électorat qui ne s'est toujours pas remis de la défaite de Hillary Clinton. Et qui veut se donner toutes les chances de réinvestir la Maison Blanche.

D'ici le caucus de l'Iowa, prévu le 3 février 2020, l'avance de Joe Biden a le temps de se réduire. Depuis le duel qui a opposé Hillary Clinton à Bernie Sanders lors des dernières primaires, la gauche américaine est traversée par un courant radical de plus en plus puissant.

Si le sénateur du Vermont est à nouveau dans la course, il est talonné de près par Elizabeth Warren, sénatrice du Massachussetts qui vise le même électorat populaire que Donald Trump, celui des perdants de la mondialisation. Elle propose notamment de taxer substantiellement les plus fortunés, de faire financer par l'État fédéral une couverture sociale universelle destinée aux mineurs, de nettoyer quasi entièrement l'ardoise de la dette étudiante et d'augmenter le budget du logement social.

Jason Miller, proche conseiller du président sortant, a décrypté pour Politico l'alternative face à laquelle celui-ci se trouve:

"Si c'est Sanders ou Warren, ils seront immédiatement dépeints comme porteurs d'un changement radical, trop excessif pour la plupart des électeurs, et dans ce cas-là, Trump sera le candidat centriste. Mais contre Joe Biden, la dynamique sera davantage celle d'une course entre le changement et le statu quo." 
Jules Pecnard