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Les détenus de Guantanamo ne seront plus propriétaires de leurs oeuvres 

Une peinture réalisée par un détenu de Guantanamo, exposée sur un mur de la bibliothèque de la prison.

Une peinture réalisée par un détenu de Guantanamo, exposée sur un mur de la bibliothèque de la prison. - MLADEN ANTONOV - AFP

Les prisonniers de Guantanamo, qui ont le droit de suivre des cours d'art depuis 2008, ne seront plus propriétaires de leurs oeuvres. Le Pentagone vient en effet de s'emparer des droits.

Depuis 2008, les 41 derniers prisonniers du camp de Guantanamo, cette prison américaine située sur une base militaire américaine, à Cuba, ont la possibilité de suivre des cours d'art. L'initiative était venue des autorités de la prison, qui avaient choisi de proposer ces cours dans le but d'améliorer les conditions de détention des prisonniers.

De l'art comme échappatoire 

Des cours pendant lesquels les détenus produisaient leurs propres oeuvres. Régis par des mesures de sécurité drastiques, comme l'explique Slate, ils sont devenus de plus en plus populaires auprès des prisonniers, leur offrant un échappatoire, et une thérapie, au coeur d'un quotidien morose. Parmi les sujets les plus représentés, les thèmes d'actualité, mais surtout la mer, et son immensité infinie.

Certaines de leurs oeuvres ont même été montrées à New York, lors d'une exposition spéciale intitulée "Ode à la mer", organisé jusqu'en janvier prochain dans les murs du John Jay College of Criminal Justice.

D'autres productions sont sorties de la prison pour être confiées aux familles des détenus, soit comme cadeaux, soit pour être préservées. La pratique suivait un protocole très strict, et officiel: les oeuvres sortait de la prison par le biais de la Croix-Rouge, qui se chargeait de les faire parvenir aux familles. Tout le processus fait l'objet d'un suivi minutieux, et le personnel de la prison avait mis à disposition des avocats des prisonniers un formulaire spécifique, pour attribuer un numéro à chaque oeuvre. 

Le Pentagone récupère les droits 

Mais de tout ça, il n'est plus rien, et plus aucune oeuvre ne sortira désormais de l'enceinte de Guantanamo. Comme le rapporte le journal Miami Herald, le Pentagone a décidé que les prisonniers ne seraient plus propriétaires de leurs créations, et que le transfert de ces dernières est suspendu. La Croix-Rouge ne sera plus habilitée à s'en charger. 

Les prisonniers ont ainsi perdu les droits sur leurs oeuvres, quelle que soit leur nature, peintures, dessins ou sculptures. Le porte-parole du Pentagone, Ben Sakrisson, a affirmé que ces oeuvres sont devenues "la propriété du gouvernement des Etats-Unis d'Amérique", et ceux-ci peuvent désormais en disposer comme bon leur semble. 

Selon Erin Thompson, professeur d'histoire de l'art et organisatrice de l'exposition new-yorkaise, les prisonniers se sont vus notifier par l'administration pénitentiaire que leurs oeuvres seraient brûlées le jour où ils seront libérés. 

Adrienne Sigel