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Syrie: Obama a une semaine pour convaincre

Barack Obama au téléphone avec le président de la Chambre des Représentants, John Boehner, le 31 août. A ses côtés, le vice-président Joe Biden.

Barack Obama au téléphone avec le président de la Chambre des Représentants, John Boehner, le 31 août. A ses côtés, le vice-président Joe Biden. - -

Le président américain a surpris tout le monde, samedi, en annonçant attendre l'aval du Congrès pour lancer une éventuelle intervention en Syrie. Une semaine de lobbying auprès des représentants et des sénateurs s'est ouverte ce lundi, pour faire valoir la légitimité de cette action avant le vote, prévu le 9 septembre.

Une semaine pour convaincre. Avec l'annonce, par Barack Obama, samedi, de la tenue d'un vote au Congrès sur une éventuelle intervention militaire des Etats-Unis en Syrie, s'est ouverte une semaine d'intense lobbying de la Maison Blanche auprès des parlementaires, alors que le vote ne doit pas se tenir avant le 9 septembre. Comment Barack Obama, absent en fin de semaine pour cause de G20, va-t-il tenter de s'attirer l'approbation du Congrès en si peu de temps? BFMTV.com fait le point.

> Coups de téléphone et réunions

Pour mettre le Congrès de son côté et convaincre un maximum d'élus encore sceptiques, la Maison Blanche est entrée dans une campagne de lobbying intense. Une campagne qui, dans les faits, se traduit par des appels téléphoniques et des réunions d'informations à destination des représentants et des sénateurs.

"Il s'agit d'un travail législatif classique", explique à BFMTV.com Thomas Snegaroff, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques, spécialiste des Etats-Unis. "Barack Obama se chargera lui-même d'appeler les leaders des partis", poursuit l'expert, qui explique que les autres membres du Congrès seront contactés par les conseillers spéciaux du président mais aussi par le secrétariat d'Etat. Parallèlement, des réunions vont être organisées autour des services diplomatiques de la Maison Blanche. "Barack Obama pourrait y participer, pour marquer le coup", note Thomas Snegaroff.

> Sécuriser le vote

Cette phase de lobbying est conditionnée à une date butoir: le 9 septembre, jour de rentrée des membres de la Chambre des Représentants et jour du vote. Entre temps, Barack Obama se sera envolé pour Saint-Pétersbourg. "Il faut que le vote soit sécurisé avant le départ de Barack Obama pour le G20, qui débute le 5 septembre. Quand un vote n'est pas sécurisé à quatre jours du vote, c'est plutôt mauvais signe", fait valoir Thomas Snegaroff, pour qui Barack Obama a forcément assuré ses arrières avant même de faire son annonce, samedi.

"Je suis persuadé que le président n'aurait jamais décidé de passer par le Congrès sans avoir pris, au préalable, des informations concernant le choix des parlementaires. C'est impossible pour lui de jouer un coup de poker pareil", juge l'expert, avant de rappeler qu'il n'existe pas, aux Etats-Unis, de véritable discipline de parti, et que le vote y est très individuel.

> Affiner les axes de conviction

Préciser le plan d'action. Dans un premier temps, l'administration Obama va devoir tenter de prouver encore une fois que l'usage d'armes chimiques par le régime de Bachar al-Assad est, selon elle, avéré. Un point qui devrait être rapidement expédié car, comme le rappelle Thomas Snegaroff, l'immense majorité des membres du Congrès en est convaincue.

En revanche, le président va devoir présenter un plan d'action militaire très précis, afin que le Congrès ne vote pas un texte différent. "Maintenant que le président a donné le pouvoir au Congrès, celui-ci peut changer le texte définissant les contours de l'intervention, y compris les objectifs, la puissance", explique Thomas Snegaroff. "Le vrai risque pour Barack Obama est donc de perdre la main sur le texte final, ce qui l'obligerait à l'accepter ou à poser son veto".

Un vrai risque donc, d'autant plus qu'un certain nombre de républicains considèrent que le texte originel ne va pas assez loin. Le sénateur républicain John McCain est ainsi favorable à des frappes plus lourdes, et préconise un renversement du régime de Bachar al-Assad. Un point non-abordé par Barack Obama.

Jouer la carte de la sécurité nationale. Selon Thomas Snegaroff, la Maison Blanche va également tenter de prouver aux élus, mais aussi à l'opinion publique, que la sécurité intérieure des Etats-Unis est directement concernée. "La présidence va démontrer l'urgence d'une action, justifiée par le fait que la sécurité intérieure est menacée, en déclassifiant des renseignements par exemple. Il s'agit donc de tirer un trait entre les Etats-Unis et la Syrie", analyse l'expert.

Convaincre l'opinion publique. "Quand il y a un vote au Congrès et que la Maison Blanche souhaite un résultat précis, le président s'adresse directement aux Américains, pour qu'ils fassent pression", rappelle Thomas Snegaroff. Un mécanisme qui peut passer par la diffusion de sondages, mais aussi d'images du conflit syrien, fournies par l'administration présidentielle. Enfin, les shows télévisés vont être pris d'assaut par l'entourage du président. Le secrétaire d'Etat John Kerry a ainsi participé à cinq émissions politiques durant la seule journée de dimanche.

Adrienne Sigel