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Spotlight: le scandale de la pédophilie dans l'église américaine

Le cardinal Law avait été contraint de démissionner après la révélation de ce scandale.

Le cardinal Law avait été contraint de démissionner après la révélation de ce scandale. - AFP

Ce mercredi sort au cinéma Spotlight. Ce long-métrage de l'américain Tom McCarthy revient sur l'affaire de pédophilie, révélée aux débuts des années 2000 par le travail de journalistes, et qui a impliqué la hiérarchie catholique à Boston.

A quatre, ils vont ébranler toute l'église catholique. Le 6 janvier 2002, le Boston Globe, le quotidien de la plus grande ville de l'Etat du Massachussets, s'apprête à révéler le plus grand scandale de pédophilie aux Etats-Unis. Mois après mois - jusqu'en janvier 2003 - les révélations vont s'enchaîner. Ce mercredi, cette affaire assourdissante arrive sur grand écran.

Dans Spotlight, le réalisateur américain Tom McCarthy revient sur cette histoire vraie de Marty Baron, jeune rédacteur en chef qui va pousser quatre de ses journalistes d'investigation, à enquêter sur une suspicion d'abus sexuels commis par un ancien prêtre John Geoghan. La machine est enclenchée, l'affaire va éclabousser cette institution, l'une des plus respectées au monde. 

L'Eglise protégée par la Constitution

Témoignages après témoignages, les journalistes du Boston Globe, regroupés au sein de la cellule d'investigation "Spotlight", révèlent que plus de 130 enfants, dont l'un d'eux était âgé de seulement 4 ans, auraient été violés par cet homme d'église. Des crimes commis pendant près de trois décennies. Pis, le diocèse du père Geoghan, et sa hiérarchie en générale à Boston, aurait caché pendant des années ces abus sexuels.

Pour arriver à ce résultat, l'unité Spotlight s'est acharnée. "L'Eglise est protégée par le Ier amendement et n'a pas à dévoiler ce document, rappelle aujourd'hui sur BFMTV Walter Robinson, l'un des journalistes du Boston Globe. C'était difficile pour nous d'avoir des informations. L'Eglise ne voulait même pas connaître nos questions."

Démission et réunion de crise

Les premières révélations du quotidien vont pourtant offrir l'opportunité à des milliers de victimes de témoigner. Ce sont au moins 70 prêtres qui sont rattrapés par le scandale en 2002, éclaboussant le Vatican. Pour tenter de se racheter une conduite, en juin, l'Eglise catholique américaine publie une Charte pour la protection des enfants et des jeunes qui prévoit notamment une suspension systématique de ses membres en cas d'accusation de pédophilie et la saisie automatique de la justice civile, par exemple.

L'affaire dépasse toutefois les océans. Une réunion d'urgence est d'ailleurs organisée en avril 2002 par la papauté où sont convoqués 12 cardinaux américains. "Comme vous, je suis profondément peiné du fait que des prêtres et des religieux, dont la vocation est d’aider les gens à vivre saintement devant Dieu, aient causé souffrance et scandales à des jeunes", déclarait à l'époque Jean-Paul II. Quelques mois plus tard, Monseigneur Law, le cardinal de Boston, démissionnait.

4.400 prêtres mis en cause

Mais l'ampleur du scandale ne se limite pas à Boston. En 2004, une étude indépendante du John Jay College of Criminal Justice of New York recense 4.400 prêtres accusés d'abus sexuels entre 1950 et 2002, sur 100.000 en fonction aux Etats-Unis pendant cette période. Le nombre de victimes mineures est évalué à 11.000. 

Plus largement, cette affaire de pédophilie à Boston a permis, en partie, au Vatican de faire face à ses démons: en 2011, le Saint-Siège a ordonné aux évêques de déférer à la justice les membres du clergé soupçonnés d'abus sexuels. En juin dernier, le pape François décide de créer une instance judiciaire à l’intérieur de la Congrégation pour la doctrine de la foi chargée de juger les évêques dans le cas où ils auraient couvert des abus sexuels commis par des prêtres dans leur diocèse.

Et à Boston? "Beaucoup de personnes s'intéressent à cette affaire vraiment importante pour la ville mais aussi pour les Catholiques, détaille Walter Robinson. Ils ont vraiment appréciés ce que nous avons fait en 2002 et en 2003 et aujourd’hui l’accueil du film est vraiment positif."

Justine Chevalier