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Présidentielle américaine: où les candidats trouvent-ils des milliards de dollars?

Donald Trump et Hillary Clinton, deux programmes radicalement opposés.

Donald Trump et Hillary Clinton, deux programmes radicalement opposés. - Paul J. Richards - AFP

C'est la plus médiatisée et la plus coûteuse campagne au monde. Des milliards de dollars sont dépensés par les camp Clinton et Trump pour atteindre la Maison Blanche. La non-limitation des dons privés est avantage pour candidats mais gare à bien connaître ses généreux donateurs.

Combien coûte une campagne politique américaine? C'est une question à plusieurs milliards alors que Donald Trump et Hillary Clinton sont au coude à coude dans les sondages. "En 2012, l'ensemble des élections du mois de novembre, qui consiste à renouveler les représentants, un tiers des sénateurs et des responsables locaux, en plus du président, avait coûté 6 milliards de dollars. En 2016, on serait plus proche des 7 milliards de dollars", explique André Kapsi, historien spécialiste des Etats-Unis.

"Les déplacements dans un pays très vaste, la communication, la publicité qui est très souvent négative et vise à démolir l'autre candidat... tout ça coûte très cher", détaille-t-il.

Pour leur campagne présidentielle, les candidats ont donc besoin d'énormément d'argent. Le Washington Post avait arrêté les comptes le 19 octobre. Résultat, Donald Trump avait dépensé beaucoup moins que Hillary Clinton, soit respectivement 795 millions de dollars pour le républicain contre 1,3 milliard de dollars pour la démocrate.

Les sommes dépensées sont tout à fait comparables à celles dépensées en 2012, soit 2,2 milliards de dollars, lors de la réélection de Barack Obama à l'époque en lice contre Mitt Romney. Mais contrairement à 2012, les sommes collectées ne sont cette fois pas du tout équilibrées. Pour les dons directs qui sont plafonnés, on passe du simple (Trump) au double (Clinton).

Donald Trump fait valoir qu'il a consacré 100 millions de dollars de son argent propre. D'après le Washington Post, on serait en réalité plus proche des 66 millions.

Un système de financement direct et indirect

Hillary Clinton a levé davantage de fonds. Surtout elle a eu trois plus recours au mécanisme des Super PACs que son adversaire. De quoi s'agit-il? Un PAC est un Comité d'Action Politique (Political Action Committee, en anglais). Ce groupes ont pour but d'aider, mais aussi de gêner les élus en rassemblant des fonds pour ou contre une cause.

Avant 2010, il existait un plafond pour les dons versés à ces PACs. Ainsi, les particuliers ne pouvaient dépenser plus de 5.000 dollars (par candidat et par élection) pour financer un cause ou un intérêt d'envergure fédérale.

Mais, "un arrêt (Citizens United vs Federal Election Commission du 21 janvier 2010, NDLR) de la Cour suprême a mis fin à ces limitations. Davantage d'argent peut être versé (d'où l'ajout du préfixe "super", NDLR) à condition qu'il ne le soit pas directement au candidat. La Cour suprême a considérablement libéralisé le financement des campagnes électorales", explique André Kaspi.

Les "groupes 527", nom tiré du numéro d'article du Code des impôts américain qui leur fournit une exemption, ne sont pas limités dans leurs dons, car il n'appelle pas "expressément à voter pour tel ou tel candidat". En pratique, personne n'est dupe.

"Chaque candidat promet de réformer le système de financement. Barack Obama l'envisageait, avant de commencer à récolter une multitude de fonds privés", rappelle André Kaspi.

L'art de choisir auprès de qui on est redevable

Si les candidats savent à qui ils "doivent" leur élection, la parade consiste à bien choisir en amont ses donateurs, explique l'historien. " Si vous voulez réformer le système de santé, vous évitez de demander des fonds à l'industrie pharmaceutique ou aux assurances de santé", commente-t-il.

Certains donateurs sont connus pour leur générosité. Ainsi Shelton Adelson ou les frères Koch, dans le camp républicain. Mais qu'obtiennent les contributeurs en échange de leurs bienfaits? 

"Il peut être question d'obtenir une fonction. Il existe ainsi un marché des ambassades. Londres et Paris sont vues comme des récompenses, puisqu'il s'agit essentiellement d'un rôle de représentation. Mais le but peut aussi être d'obtenir une loi favorable à son domaine. Ou faire en sorte que l'administration regarde d'un œil favorable son entreprise. Par stratégie, les hommes d'affaires soutiennent les deux camps, tout en gardant leur préférence, conclut André Kaspi. C'est ainsi que Trump avait financé les Clinton, il y a longtemps".