BFMTV

Le Texas a le pire taux de mortalité maternelle parmi tous les pays développés

Une femme enceinte à McAllen, au Texas, le 15 août 2016.

Une femme enceinte à McAllen, au Texas, le 15 août 2016. - JOHN MOORE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Alors qu'à l'échelle mondiale le taux de mortalité lié à la grossesse a diminué de moitié sur vingt-cinq ans, il a augmenté ces dernières années aux Etats-Unis. Au Texas, il a été multiplié par deux en deux ans. Parmi tous les pays développés, c'est désormais dans cet état américain que le le taux de mortalité maternelle est le plus élevé.

Des chiffres "qui laissent perplexe". Une étude publiée dans le numéro de septembre de Obstetrics and Gynecology, un magazine américain spécialisé, révèle que le Texas est l'endroit où le taux de mortalité maternelle est le plus élevé, parmi tous les pays développés. Dans cet état américain, le nombre de femmes mortes des suites d'une grossesse ou d'un accouchement a été multiplié par deux, en l'espace de deux ans seulement. De l'aveu même des auteurs de l'étude, cette information surprend.

"En l'absence de guerre, de catastrophe naturelle ou de bouleversement économique majeur, le doublement du taux de mortalité en l'espace de deux ans dans un état qui compte près de 400.000 naissances annuelles semble improbable", écrivent les auteurs en conclusion de leur travail. 

Des chiffres en hausse à l'échelle nationale

En d'autres termes, d'après l'étude, en 2010, 72 femmes sont mortes des suites de complications liées à la grossesse ou à l'accouchement au Texas. En 2012, elles étaient 148. La dernière année couverte par l'étude, le taux de mortalité texan était de 35.8 morts pour 100.000 naissances. 

Une hausse fulgurante d'autant plus inquiétante qu'elle s'inscrit dans un contexte lui aussi alarmant: le taux de mortalité maternelle a plus que doublé à l'échelle des Etats-Unis entre 2000 et 2014, allant à l'encontre de tous les objectifs de l'Organisation mondiale de la Santé, qui prévoyait de réduire le taux de 75% à l'échelle planétaire, entre 1990 et 2015.

Les USA à la 30ème place dans l'OCDE

D'après les chercheurs, cette augmentation s'explique par les progrès accomplis dans la reconnaissance des décès liés à la grossesse ou à l'accouchement, mieux reconnus et mieux signalés. Malgré cette nuance, la tendance reste à la hausse dans 49 états, puisque le taux est passé de 18.8 morts pour 100.000 naissances en 2000 à 23.8 en 2014, soit une augmentation de 26,6%. La Californie fait figure d'exception, car le taux de mortalité maternelle y a chuté entre 2003 et 2014. 

Parmi les pays développés, où le taux moyen est de 12 morts pour 100.000 naissances, les Etats-Unis affichent donc le pire taux. Et parmi 31 pays membres de l'OCDE, ils se placent à la 30ème place, devançant seulement le Mexique. Comme le rappelle l'OMS sur son site, "99% de tous les décès maternels surviennent dans des pays en développement", et la mortalité maternelle a "pratiquement diminué de 44% à l’échelle mondiale" entre 1990 et 2015.

Fermetures de cliniques, ces "portes d'accès aux soins"

Pour expliquer le cas extrême du Texas, l'étude met en avant le rôle de la politique sociale menée dans cet état républicain et très anti-avortement. "Il y a eu quelques changements dans l'offre de soins destinée aux femmes", entre 2011 et 2015, peut-on lire dans le document. Parmi lesquels "la fermeture de plusieurs cliniques spécialisées" dans la santé des femmes, précise l'étude.

En 2011, le Texas a par ailleurs décidé de réduire des deux tiers le budget alloué aux plannings familiaux, précise Slate.com, l'un des nombreux médias anglophones à citer cette étude. Espérant atteindre par ce biais les établissements pratiquant l'avortement, il a provoqué la fermeture de 82 cliniques. Comme l'explique The Independant, parmi les cliniques qui ont fermé, beaucoup étaient utilisées par des femmes démunies. Ces établissements étaient pour ces femmes des "portes d'entrée dans le système de soins". 

Dans leurs conclusions, les chercheurs appellent sans surprise à redoubler d'efforts pour prévenir la mortalité maternelle et améliorer les soins médicaux accordés aux femmes enceintes. Chaque année, aux Etats-Unis, 4 millions de femmes donnent naissance à un enfant.

Charlie Vandekerkhove